INCROYABLE ! Le Vénézuela paralysé par une panne d’électricité sans précèdent depuis jeudi

Si Nicolas Maduro crie au complot, les experts perlent plutôt de sous-investissements chroniques dans les infrastructures, dans un pays en pleine crise économique

Si le Vénézuela est habitué aux coupures d’électricité, c’est la première fois qu’il se trouve dans le noir dans son ensemble et pendant aussi longtemps. La situation des hôpitaux est dramatique. Toutes les activités sont paralysées.

Depuis jeudi 7 mars 17 heures, le Venezuela est touché par une gigantesque panne d’électricité. 22 des 23 Etats sont concernés. La panne s’est déclenchée à la fin de la journée de travail. Le métro a été bloqué obligeant des dizaines de milliers de Caraquenos à parcourir des kilomètres à pied pour rentrer chez eux. L’internet a été coupé, le téléphone également, tout comme la télévision. La monnaie liquide a disparu depuis des mois et tous les paiements, même les plus faibles, se font par carte bancaire. Plus aucune transaction ne peut avoir lieu, les magasins ont donc fermé. Toutes les écoles, toutes les administrations ont fermé ce vendredi, mais les élèves les lycéens et les employés n’ont pas été prévenus, faute d’électricité et donc de radio ou de télévision.

Dans les hôpitaux la situation est dramatique. À l’hôpital pour enfants J.M. de los Rios de Caracas, le générateur n’a pas démarré, comme dans la plupart des établissements hospitaliers, le matériel n’ayant pas bénéficié de l’entretien indispensable. Il s’est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi à 2 heures du matin à l’hôpital de Catia. L’aéroport de Maiquetía, proche de Caracas, est resté dans le noir pendant la nuit selon des témoins. American Airlines, l’une des dernières compagnies à desservir le pays, a annulé tous ses vols.

Des personnes se reposent par terre à la zone d’enregistrement de l’aéroport international Simon Bolivar lors d’une panne de courant à Caracas (Venezuela) le 8 mars 2019. REUTERS / Marco Bello

«Nous avons été l’objet d’une nouvelle attaque de la guerre électrique, a dénoncé le ministre de l’énergie Luis Motta Dominguez. Ils ont attaqué la partie génération et transmission du barage d’El Guri. Une attaque pour créer le chaos et la déstabilisation d’un pays en paix. Nous allons rétablir la situation dans moins de trois heures». El Guri est le deuxième plus grand barrage d’Amérique latine. Trois heures après le début de la panne, le ministre de l’information, Jorge Rodriguez, est intervenu dans une vidéo diffusée sur internet qui n’a pu être vue qu’à l’extérieur du pays. «De façon héroïque, nous avons rétabli l’électricité dans tout l’est du pays». Les quelques témoignages que nous avons pu avoir de la région montrent tout le contraire.

Frontières fermées, hôpitaux surchargés, vols suspendus à l’aéroport international Simon-Bolivar, rues désertes : depuis jeudi 7 mars, le Venezuela est en grande partie paralysé. Suite à une gigantesque panne d’électricité, Nicolas Maduro a suspendu vendredi la journée de travail et les cours, une mesure exceptionnelle dans ce pays plongé dans une grave crise politique et économique.

Le courant a été brusquement coupé jeudi à 16h50, heure locale, et la panne dure toujours le lendemain à Caracas et dans une grande partie du pays. Le métro, les feux de circulation, la distribution d’eau ainsi que les connexions internet et téléphoniques sont à l’arrêt.

Les coupures de courant sont habituelles au Venezuela, confrontée à une grave crise économique, voire chroniques dans l’ouest du pays. Mais elles sont plus rares à Caracas, surtout de cette ampleur.

Nicolas Maduro pointe du doigt « la guerre de l’électricité » 

Sur Twitter, le président Nicolas Maduro a accusé les Etats-Unis. « La guerre de l’électricité annoncée et dirigée par l’impérialisme américain contre notre peuple sera mise en échec. Rien ni personne ne pourra vaincre le peuple de Bolivar et de Chavez. Patriotes, unissez-vous ! », écrit-il sur Twitter.


Le ministre de l’Energie électrique, Motta Dominguez, a lui aussi parlé de « guerre de l’électricité ». « Cette fois, ils ont attaqué la centrale hydroélectrique de Guri », la principale du pays, précise-t-il. Pour sa part, l’opposant Juan Guaido, autoproclamé président par intérim et reconnu par une cinquantaine de pays, a attribué cette coupure de courant à la négligence du gouvernement.

En avril 2013, Jorge Arreaza aujourd’hui ministre des relations extérieurs, à l’époque vice-président, avait lancé un grand plan de protection des installations électriques, qui faisaient déjà l’objet selon le pouvoir de tentatives de sabotages qui expliquaient les coupures de courants de l’époque. «Nous allons militariser toutes les installations électriques qui vont devenir des zones de sécurité pour empêcher tout sabotage. Nous allons aller à la racine du problème.»

Le président intérimaire, Juan Guaido, qui conteste la légitimité du président chaviste Nicolas Maduro, a déploré la gestion du gouvernement qui confirme «l’écroulement d’un système». Après les difficultés liées au pétrole dont pourtant le pays regorge, cette crise de l’électricité confirme, selon Juan Guaido, l’urgence d’un transfert du pouvoir. «Le Venezuela sait que la lumière reviendra avec la fin de l’usurpation (terme dont il qualifie le président Nicolas Maduro). Le blocage du pays prendra fin grâce à la mobilisation du pays samedi».

La journée de travail et les cours suspendus

Nicolas Maduro a décidé de suspendre vendredi la journée de travail et les cours « afin de faciliter la remise en service de (la distribution de) l’électricité dans le pays, victime de la guerre impérialiste sur l’électricité », a écrit sur Twitter la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez.

Cette coupure de courant affecte tous les quartiers de la capitale et les services comme le métro et les feux de circulation. Des milliers de personnes qui quittaient jeudi leur travail ont dû marcher des kilomètres pour regagner leurs domiciles. L’économie du pays, déjà très fragile, est également directement touchée : outre les transactions électroniques suspendues, les Vénézuéliens ne peuvent pas retirer d’argent aux distributeurs et les banques sont restées fermées vendredi.

Des gens font la queue pour charger leur téléphone lors d’une panne de courant à Caracas (Venezuela), le 8 mars 2019. REUTERS / Carlos Jasso

Les pannes d’électricité sont courantes depuis des années dans le pays. Mais le plus souvent, la capitale Caracas est épargnée et ces pannes ne concernent qu’une partie du pays. C’est la première fois qu’une panne touche l’ensemble du pays et pendant aussi longtemps. Après la production pétrolière, c’est maintenant la production électrique qui s’écroule alors que le pays dispose de conditions très favorables, notamment en matière d’hydroélectricité. Si cette panne est dû, comme le dénonce le gouvernement, à des sabotages, c’est encore plus préoccupant pour les autorités en place: cela signifie qu’elles sont incapables, malgré la militarisation des installations, de protéger les infrastructures les plus essentielles du pays.


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