Incroyable : Moustapha Cissé Lô défie Macky Sall et met en place Horizon 2020

Moustapha Cissé Lô défie Macky. C’est tout le sens que l’on peut donner aux propos rapportés hier dans l’émission ‘’Objection’’ de Sud Fm où le député, Président du Parlement de la Cedeao, n’a pas caché son indignation sur la manière dont son parti, l’Alliance pour la République, est géré par Macky Sall.

Moustapha Cissé Lô se dit écarté des instances de décision et dénonce une parfaite opacité alors que le parti a tous les pouvoirs et les moyens. L’homme dit dénoncer un état de fait que rien ne justifie, mais promet de rester dans le parti sauf si le coordonnateur décide justement de se débarrasser de lui. ‘’S’il n’est pas satisfait, qu’il se débarrasse de moi’’.

L’homme reste manifestement logique avec lui-même, lui qui avait décidé, il y a de cela quelques jours, de démissionner de toutes les instances du parti. On avait senti la frustration, mais il ne s’en était pas du tout expliqué.

Aujourd’hui qu’il en donne les raisons, beaucoup de Sénégalais sont peu surpris. Car, Alioune Badara Cissé, Abdou Abel Thiam et dans une moindre mesure Aminata Touré et bien d’autres, sont apparemment dans le même cas. Certainement, il a attendu la médiation de certaines bonnes volontés après avoir posé un premier acte, ce qui, apparemment, n’a pas eu lieu. Macky en a-t-il assez d’El Pistolero ?

Une situation qui mérite que l’on s’y arrête pour constater que l’Apr ne se porte pas mieux que les autres partis politiques. Comme l’Afp, le Ps et bien d’autres formations politiques, tout indique que le leader partage rarement avec ses collaborateurs. Pour Moustapha Cissé Lô, il n’y a pas de démocratie interne dans les partis politiques au Sénégal. Une fois le coordonnateur élu, il règne de main de maître, sans qu’il y ait possibilité pour les autres ; fussent-ils membres fondateurs, de contester ses décisions et orientations.

El Pistolero qui a participé à tous les combats du ‘’Macky’’ avec la passion et parfois l’extravagance qu’on lui connait, est entré dans une forme de disgrâce depuis qu’il a quitté Touba, obligé qu’il y a été par certains talibés qui ne partagent pas ses méthodes.

Certes, il n’a jamais été un exemple de militant discipliné, mais son attitude actuelle envers Macky est symptomatique d’un tournant dans le parti : Ici, règne désormais le ‘’mouth ba moth’’ (se taire ou partir), comme c’est le cas du reste dans la coalition au pouvoir.

Or, tant que nos leaders de partis se comporteront ainsi aux seins de leurs formations politiques, il ne faudra rien d’attendre d’eux une fois sur le fauteuil présidentiel, car ils vont perpétuer les mêmes réflexes. Tous ceux qui se disent démocrates ne le sont pas du tout à l’intérieur de leur parti. Et Macky est loin d’être le seul.

Or, les partis sont un cadre de formation des militants, mais aussi des cadres qui les dirigent. Si ces derniers sont incapables de respecter ceux avec qui ils militent, ils ne le seront pas avec ceux avec qui ils travailleront. C’est aussi simple que cela.

C’est pour ces raisons qu’il y a des remous dans pratiquement tous les partis politiques dignes de ce nom. Les réflexes autocratiques des dirigeants ont fini d’installer le malaise et, parfois, la division et la scission. Ces apprentis-dictateurs le deviennent une fois au pouvoir parce que n’étant pas habitués à partager et à discuter leurs décisions.

Conséquence, il y aura toujours un Khalifa Sall, Malick Gackou ou Moustapha Cissé Lô pour oser dire non !

Ce que ce dernier vient de faire est un acte de courage car, comme on le sait, quand le parti arrive au pouvoir, ceux qui ne sont pas d’accord préfèrent souvent se taire pour ne pas perdre leurs privilèges et avantages.

L’acte qu’il vient de poser a été souvent interprété comme d’auto-exclusion. Il ne serait pas alors étonnant que, dans les prochains jours, des apéristes élèvent leurs voix pour le pousser à la sortie.

Il ne faudra pas surtout compter sur sa démission car, ce faisant, il perdrait son poste de député. On peut dans tous les cas dire qu’entre Macky et Moustapha Cissé Lô, c’est le divorce consommé.

«Pourquoi, donc, venir cautionner, ou de répondre à une réunion pour voir les beaux yeux du Président Macky Sall, je dis non», conclut-il.

Assane Samb


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