Inondations au Sénégal : les comptes et mécomptes 

L’ adage qui dit après la pluie c’est le beau temps ne s’applique guère à beaucoup  de localités du Sénégal, car confrontées depuis pratiquement l’année 2005 au phénomène des inondations. Et devant l’ampleur dudit phénomène, les autorités de l’époque avaient déclaré avoir investi plusieurs dizaines de milliards dans la résolution des inondations. Non sans en faire une crise nationale. En effet, Me Wade en sa qualité de « grand stratège » n’hésita guère à rappeller ses ministres alors en vacances pour réfléchir sur la situation des sinistrés. Mieux, un plan d’Organisation des secours (ORSEC) est établi. Et le prétexte était tout trouvé pour reporter les élections législatives prévues cette année-là. L’argent qui devait servir à leur organisation serait consacré au plan dit Jaxaay (métaphore renvoyant à l’aigle qui prend son envol), incluant évacuation d’eau (motopompe, produits phytosanitaires), construction de bassins de rétention et de logements sociaux destinés à des sinistrés délogés. Un premier chiffre de 52 milliards F Cfa est même annoncé pour y remédier. Mais, ces investissements faramineux et autres grosses annonces spectaculaires sont mis à rude épreuve par les vérificateurs de la fameuse Cour des Comptes. En effet, c’est au terme d’une mission de vérification du projet par la Cour des comptes en décembre 2010, que celle-ci débusqua des cafards c’est le scandale de Jaxaay. Lequel plan s’est trouvé plombé par des malversations et autres fautes de gestion à grande échelle. Les Sénégalais découvraient ahuris que les 52 milliards déclarés n’ont servi à réaliser que 2 000 logements sociaux sur les 3 000.  »Et sur les 2 000 logements livrés par les différentes entreprises, seuls 1 917 ont été effectivement attribués », précisait le rapport d’audit, tout en soulignant du reste des magouilles dans l’attribution des logis. Par exemple, certains qui n’étaient pas des sinistrés et qui en ont bénéficié au détriment des ayants droit. Ainsi, on peut dire sans risque que sous Wade les milliards investis pour mettre un terme aux inondations servaient plus en enrichir des gens d’après le rapport de la Cour des comptes. C’est la raison pour laquelle les inondations continuèrent de faire leur bonhomme de chemin et en avril 2012, le problème reste entier avec l’arrivée au pouvoir de Macky Sall. Dans la mesure où,

Dakar et les autres régions du Sénégal continuaient à subir les contrecoups des mauvaises politiques d’assainissement, malgré les milliards engloutis. En effet, sous le magistère de Macky on dirait que c’est la même rhétorique. Puisque son gouvernement n’a eu de cesse d’organiser  des conseils interministériels et autres rencontres visant à endiguer le phénomène des inondations. Mais, en 2013 rien ne changea, car Dakar et sa banlieue d’une part et le reste du pays continuaient à patauger dans les eaux au grand dam des populations qui ne savent où donner de la tête. Toutefois, le plan Jaxaay sera »revu » amélioré et renforcé par le régime de Macky Sall, avec notamment un autre volet construction de 2 000 logements sociaux aux sites de Tivaouane Peulh, Niakhirate et Keur Massar. Un an après, c’est à peine 500 habitations qui devraient être livrés – sous peu, s’avance le gouvernement. Un véritable fiasco, dans la mesure où la Cour des comptes évalue le besoin à  »près de 20 000 familles, donc 20 000 logements à construire ». Ces 500 logements et les ouvrages de drainage des eaux auraient coûté la bagatelle de 61 milliards F Cfa. Qu’en est-il de ce projet titanesque et des 19500 logements. Mystère et boule de gomme. Puis, Macky, face à la recrudescence des inondations de 2013/2014 engageait le Plan décennal de 766 milliards et pour parer au plus pressé, il remobilisa 4 milliards 708 millions F Cfa pour le pompage, le relogement temporaire, les médicaments pour les sinistrés, etc. Non sans en outre annoncer des solutions durables, créer un ministère chargé de la Restructuration et de l’Aménagement des zones inondables. La phase d’urgence qui devrait être déclenchée cette année là  nécessiterait un peu plus de 66 milliards. Un montant que l’État du Sénégal a pu rassembler avec l’aide de bailleurs étrangers. Dans une interview accordée au quotidien national  »Le Soleil », à l’époque, le ministre de tutelle Khadim Diop informait que pour des  »travaux durables », 5 milliards seraient mobilisés pour les localités de Guinaw Rail, Benn Barack, Darou Rahman et Yeumbeul.  »Ils permettront, par un système gravitaire, de faire sortir les eaux des quartiers sans utiliser le pompage. Ce système va disparaître au fur à mesure que les ouvrages seront réalisés ».
Ensuite, c’est au tour de l’Agence Française de Développement  (AFD) de mettre la main à la poche pour  accompagner l’ État du Sénégal dans la lutte contre les inondations à l’ échelle nationale en mobilisant un financement du Fonds Vert Climat. Cet appui de l’AFD est venu dans un contexte où le Sénégal, est confronté à des séries d’inondations à chaque saison des pluies avec des dégâts considérables sur les populations surtout les plus vulnérables. Par exemple, Dakar l’ une des villes où les enjeux sont les plus importants avec sa périphérie touchée annuellement par des inondations sur une base quasi- annuelle, présente une situation alarmante à chaque fois que le ciel ouvre ses vannes. Mais d ’autres centres urbains comme Kaolack , Saint Louis, Kaffrine, Thiės, Diourbel, Touba, ou Bakel, Casamance ne sont pas en reste et sont également affectés par des inondations de nature variable. Enfin, pour lutter contre les inondations, d’après le pouvoir de Macky les investissements nécessaires sont estimés à plus de 2 milliards de dollars sur la période 2016- 2035 pour renforcer les infrastructures de drainage et planifier les écosystèmes urbains au Sénégal. 
Ah je suis vraiment déçu de nos dirigeants et de leurs méthodes à investir des milliards pour avoir en retour aucun résultat probant. Faites le calcul des milliards investis depuis 2005 pour endiguer les inondations. Vous verrez que  le Sénégal n’a pas jusqu’à présent encore de dirigeants dignes de ce nom tant la tromperie, la roublardise, l’incompétence  et le saupoudrage érigés en mode gestion et de gouvernance, font légion. Pensez-vous que dans un pays sérieux on peut investir autant de milliards sans avoir de résultats escomptés. Donc un laxisme sans commune mesure qui montre à suffisance le manque de sérieux de nos dirigeants en termes de bonne gouvernance et de gestion des catastrophes. En matière de politique d’assainissement j’ai honte pour les gouvernements qui se sont succédés depuis 1960. Ils prétendent travailler alors  qu’il n’en est rien. Et il est temps de faire l’audit des investissements pour lutter contre les inondations qui frappent le pays depuis bientôt deux décennies. Que Macky suive les traces de Wade en matière de transparence en actionnant par exemple l’Ige pour y voir un peu plus clair sur ses énormes investissements. Car on ne peut continuer à investir autant de milliards sans mettre fin aux inondations qui concernent maintenant presque toutes les localités du pays.
Copyright Ndiana Diallo
PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom