Jésus, Christ. Pourquoi il faut revoir la chronologie des textes dans un contexte juif prophétique

Comment se fait-il qu'après 2000 ans, nos théologiens, exégètes, experts, spécialistes, érudits, philosophes, intellectuels, responsables culturels et politiques, ne voient encore dans le dit "Protévangile de Jacques" qu'un apocryphe du IIème siècle postérieur aux évangiles ? Donc, sans grand intérêt. Alors que les Pères de l'Église hésitaient, comment se fait-il que cela ne fasse, aujourd'hui, même pas l'objet d'un débat et alors que l'auteur du texte dit clairement qu'il l'a écrit à la mort d'Hérode ?... donc vers l'an - 4, bien avant les évangiles.

L’an – 4, c’est l’affaire de l’aigle d’or que rapporte l’historien juif Flavius Josèphe (38-100) : Pour gagner l’immortalité que les maîtres de la parole leur avaient promise, deux jeunes gens abattirent l’aigle d’or de la porte du temple… Alors, Hérode, bien que malade, se rendit devant l’assemblée du peuple, et là, il prononça son dernier discours ; puis il donna l’ordre de brûler vifs les jeunes gens ainsi que les instigateurs de la révolte ; les autres, il les livra au bourreau. (3)

Il s’agit, de toute évidence, de l’affaire qu’évoque Jacques dans son dit Protévangile, mais en langage codé. Marie (colonie galiléenne installée à Jérusalem pour participer à la construction du temple), ayant été prévenue, enveloppa l’enfant (les enfants des jeunes Galiléens mis à mort par Hérode ? Ceux qui ont pu s’échapper ?) et le cacha dans la crèche(Bethléem ? Nazareth/Séphoris ?), tandis qu’Elisabeth (population cousine de Judée), qui avait elle aussi enfanté de Jean (les enfants des maîtres de la Parole, prêtre Zacharie, eux aussi mis à mort ou en fuite), partit vers la montagne de Dieu (Massada) qui s’ouvrit par le milieu pour la recevoir… Hérode fit rechercher Jean. Ses serviteurs se rendirent chez Zacharie et lui demandèrent : « Où est ton fils ? » et Zacharie répondit : « Je me tiens en permanence dans le temple du Seigneur, et mon fils, je ne sais pas où il est. » … A l’aube, Zacharie fut tué. Lorsqu’au matin, les prêtres s’approchèrent du temple, ils virent près de l’autel du sang coagulé, et ils entendirent une voix qui disait : « Zacharie a été tué, et son sang restera figé dans la pierre tant que son vengeur ne sera pas venu. » (4)…

Quelque 30 ans après, précédé d’un Jean, un Jésus arrive dans l’évangile de Jean, agé d’environ 30 ans. Étonnant ?

Origène parle d’un « livre de Jacques » (In Matthaeum, X, 17). Il faut comprendre qu’il s’agit, en réalité, d’un livre à deux volets, notre Protévangile codé, deuxième volet, étant introduit par un texte en clair, premier volet : l’épître de Jacques. l’Église date cet épître après les évangiles. Non, il les précède : « Frères, vous qui vivez dans les épreuves, (victimes que vous êtes des exactions d’Hérode de l’an -4), vous qui avez fait vos preuves (dans les manifestations populaires contre le régime honni), réjouissez-vous dans votre exil ; car celui qui supportera les difficultés et les tourments recevra en récompense de sa foi la couronne de vie.

Or, dans cette épître, véritable évangile avant les quatre évangiles canoniques, Jacques évoque un Jésus, Christ, qui est dans le ciel… un Jésus, Christ, qui s’y trouve de tout temps… Yahvé, oui, mais « Yahvé qui vient »… (et qui va peut-être venir ?).

Quelque 30 ans après, précédé d’un Jean, un Jésus arrive dans l’évangile de Jean, âgé d’environ 30 ans. Étonnant ?

Qu’est-ce qu’une prophétie juive ?

Rien à voir avec les prophéties de Nostradamus. Le meilleur exemple est la prophétie de Daniel. Il s’agit, de toute évidence, d’un appel au soulèvement adressé sous un nom code aux juifs déportés à Babylone contre un Nabuchodonosor devenu Balhazar. Profitant de son affaiblissement militaire face à Cyrus, la prophétie était facile à faire et avait pour but d’activer le souffle révolutionnaire des Juifs en exil.

400 ans plus tard, Daniel évoque la chute du roi séleucide honni comme s’il l’avait prophétisé. Puis, il prophétise une grande guerre ultime, avec toutes ses phases de mobilisation et d’action, qui se termine par la grande victoire du Dieu d’Israël sur l’ensemble des armées païennes gréco-romaines suivie de l’arrivée du Messie (cf. Bible et textes esséniens). Il s’agit, là aussi, d’un projet de guerre qu’un mouvement juif divinement inspiré demandait aux Juifs d’accomplir.

Cette prophétie ne s’est pas réalisée, malgré toutes les interprétations tordues que certains en font, mais elle nous révèle comment ce mouvement juif divinement inspiré cherchait à donner un sens à l’Histoire ; d’abord en le prophétisant, ensuite en demandant aux Juifs d’accomplir la prophétie.

Comment ce mouvement juif a-t-il « accompli » la venue du Jésus qu’il avait prophétisée. That is the fundamental question ?

Reprenons la chronologie des textes. 

1. VIII ème siècle av.J.C : Un rameau sortira de la souche de Jessé / un rejeton jaillira de ses racines. (Isaïe 11.1)
2. Vers – 597 : vision céleste d’Ézéchiel : … Je vis une lueur de saphir en forme de trône, et assis sur le trône, une forme qui avait un aspect d’homme… Alors, je reconnus la forme de la gloire de Yahvé. Je sentis sa main s’appesantir sur ma tête et je tombai sur ma face (Ez 1, 1 à 28).

3. Vers – 195. Mort du grand prêtre Simon, maître de justice, fondateur du mouvement messianique essénien.
4. Vers – 167. Règlement de la guerre de Qumrân et prophétie de Daniel. Problématique des deux messies attendus, sacerdotal et royal.

5. Vers – 88 : crucifixion de 800 esséniens à Bethsaïde. Aucune intervention divine. 8000 Esséniens émigrent en Gaule. Dans le tympan de Mozac : statue de Vierge assise présentant sur les genoux l’enfant divin espéré.

6. Vers – 4 . Épitre de Jacques. Dissociation de Yahvé dans le ciel avec le concept d’un Yahvé des Armées, Yahvé qui vient, Jésus, Christ, présent dans le ciel mais dont on attend la venue (première mention du nom « Jésus, Christ »). Protévangile de Jacques annonçant la naissance du futur sauveur, Jésus.

7. Début Ier siècle : fresques de Gourdon annonçant la naissance du messie entre le boeuf et l’âne. Nommé Cléopas, il se fera reconnaître par le signe de l’offrande des prépuces et des clitoris.

8. Vers + 30. Évangile de Jean. Prophétie en cours d’accomplissement dans le sein de la communauté essénienne de Qumrân ? L’esprit de Jésus qui est descendu dans le corps des martyrs crucifiés est appelé à ressusciter dans la ville cosmopolite de Tibériade. La colonie juive de Bibracte/Gourdon, Marie, mère du Cléopas de la fresque de Gourdon – soeur de la Marie galiléenne, est invitée au pied de la croix (Jn 19, 25). C’est un appel au ralliement lancé à la diaspora gauloise de Bibracte et une récupération du mouvement « Cléopas ».

9. Vers + 34. L’évangile de Marc confirme l’appel au ralliement. Marie est au pied de la croix. Elle est mère de Jacob (Israël) mais aussi de Joset – du Joseph de la fresque de Gourdon. Les femmes regardent de loin (Mc 15, 40).

10. Vers + 38. Sur le chemin d’Emmaüs, l’évangile de Luc invite Cléophas – le Cléopas de Gourdon – à reconnaître le Christ Jésus qui est descendu dans les évangiles précédents. Celui-ci fait le signe essénien de la fraction du pain, et aussitôt, Cléopas, qui se rappelle ses textes de Qumrân, reconnaît le signe (Lc 24, 18).

11. Vers + 48. L’évangile de Mathieu a réussi, enfin, à faire monter sur la croix le conseil de Dieu des Esséniens dans lequel vit Jésus, notamment Simon et Jacques. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XX, chapitre III : « Tibère Alexandre fit crucifier Jacques et Simon, fils de Juda de Galilée, qui du temps que Cyrénius faisait le dénombrement des Juifs, avait sollicité le peuple à se révolter contre les Romains ». Épître aux Hébreux, 13, 7) : « Souvenez-vous de vos chefs qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Méditez sur leur vie et sur leur mort. Prenez exemple sur la foi qui les animait » . Et encore : « Mais celui qui a été abaissé un moment au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons maintenant couronné de gloire et d’honneur (dans le ciel), parce qu’il a souffert la mort : il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort. » (He 2,9). C’est clair : Jésus est descendu du ciel pour « goûter » la mort dans les apôtres crucifiés, puis, il est remonté au ciel pour trôner « en gloire » à côté du Père.

Nous sommes dans le mystère du dernier repas essénien avant la crucifixion. Simon ? Simon et Jacques ? Simon, Jacques, et les autres membres du conseil de Dieu ? dans lequel, dans lesquels, vit Jésus, mettent la main sur le pain consacré et, par ce signe annoncé, deviennent, dès lors, Jésus lui-même avant de monter sur la croix. La preuve contraire n’existe pas.

Le processus est dès lors enclenché. En vérité, je vous le dis, vous n’aurez pas fini de porter la Parole ( de cet évangile) aux villes d’Israël que le fils de l’homme viendra (Mt 10, 23)… il y en a parmi vous qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu venir le fils de l’homme avec son royaume (Mt 16, 28). Lorsque vous verrez l’Abomination et la Désolation annoncée par le prophète Daniel (Mt 24, 15). Si quelqu’un vous dit : “Voici le Christ”, n’y allez pas, car il s’élèvera de faux Christs (Mt 24, 24). Comme l’éclair qui traverse le ciel du Levant jusqu’au Couchant, ainsi viendra le fils de l’homme (Mt 24, 27). Soyez vigilants, car c’est au moment que vous n’y penserez plus que le fils de l’homme viendra (Mt 24, 44). Veillez ! (Mt 25, 13).Lorsque le fils de l’homme viendra en gloire, avec son cortège d’anges, il s’asseoira sur son trône et il jugera les nations (Mt 25, 31)

Dans cet évangile, Mathieu affirme que Jésus est descendu dans le corps et dans l’esprit de la communauté essénienne, mais il laisse au lecteur la possibilité de croire, soit que le mystère a pu s’accomplir jusque dans un membre de la communauté, soit qu’il va s’accomplir par l’apparition apocalyptique d’un Jésus glorieux à forme humaine. N’oublions pas que cet évangile est le fruit d’un concile, donc le résultat d’un compromis. Et l’épître aux Hébreux semble aller dans ce sens. Hélas, l’évangéliste s’est trompé dans son estimation du temps. Cet événement extraordinaire qui devait se produire avant que sa génération ne meure s’est trouvé en effet précédé par tous les signes auxquels on pouvait s’attendre – les premiers troubles, puis la guerre de Jérusalem de 70 – mais il ne s’est pas produit. Jésus n’est pas venu ou revenu “en gloire”. Mais attention ! Tant que le monde est monde, qui peut dire aujourd’hui qu’il ne viendra pas. (extrait de mon Histoire du Christ, tome 2, chapitre 15, publié en 1996 sous le pseudonyme de Jean).

12. III ème siècle. Cathédrale de Chalon, le plus beau temple de l’univers selon le rhéteur Eumène. Dans le chapiteau du choeur, le messie essénien fait le signe de l’offrande du pain par lequel il se fera reconnaître. Bas-relief sculpté dans le temple de Bibracte de Mont-Saint-Vincent. le Christ au centre du repas mystique, Judas à sa droite avec une abondante nourriture, nourriture pauvre à sa gauche, du côté des évangiles (voir image en bas de mon article). (5)

13. IV ème siècle, avant la reconquête de la Gaule par les tétrarques romains. Tympan essénien de Sainte-Foy-de-Combes. Croix des 800 esséniens crucifiés apparaissant dans le ciel. Inscription « ENS REX IUDEORUM », L’ ÉTANT, ROI DES JUFS… roi juge… Au-dessus de sa tête : ce signe de la croix apparaîtra dans le ciel quand… À gauche, inscription SANCTORUM CETUS… l’assemblée des Saints des textes de Qumrân. (6)

14. IV ème siécle, après la reconquête de la Gaule par les tétrarques romains. Tympan de la cathédrale d’Autun. Constance Chlore, César, trône dans la mandorle. Les chapiteaux annoncent le nouveau sauveur en la personne du jeune et futur empereur Constantin. (7)

15. IVème siècle. Église de Saulieu. Empereur Magnence, nouveau sauveur.

16. IV ème siècle. Basilique de Vézelay. Nouveau sauveur, l’empereur Julien arrive sur les nuées. (8)

17. V ème siècle : église Notre-Dame du Port. Protévangile de Jacques. Marie (Gergovie) accepte que le Seigneur descende dans son sein. Elisabeth, Zacharie, l’ange annonciateur. Pas d’évocation des évangiles. Dans le tympan, statue de Vierge assise à l’enfant de Mozac

18. Église d’Issoire. Évangile de Jean. Christ, pieds nus, portant sa croix. Soldats sommeillant près du tombeau ouvert.

Conclusion :

Cela fait 24 ans par livres publiés, 12 ans par articles Agoravox publiés sur l’internet, également par courriers et par interventions, que j’essaie d’alerter théologiens, exégètes, experts, spécialistes, érudits, philosophes, intellectuels, responsables culturels et politiques, élus, médias, sans aucun succès. Réputés jadis pour leur intelligence, à l’avant-garde de la marche du monde, les Français, aujourd’hui, pataugent dans le trou du budget alors que le renouveau touristique que je propose, en remettant à l’honneur notre patrimoine antique, pourrait le combler. (9)

Une nouvelle archéologie a imposé la thèse erronée d’une misérable Bibracte située au mont Beuvray et d’une Gaule en bois qui n’aurait connu la construction en pierre qu’à l’arrivée des Romains. Une thèse à l’opposé de tout ce que j’écris.

Bis repetita, c’est ainsi que tous mes efforts pour valoriser et revaloriser notre très riche patrimoine antique se trouvent réduits à néant ainsi que les ressources touristiques qu’on pouvait en espérer.

Un véritable désastre… dans l’indifférence générale.

Emile Mourey, 7 mars 2018

Emile Mourey

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