La France de plus en plus pauvre selon une étude de l’INSEE

En utilisant des indicateurs avancés, l’Insee estime que la pauvreté touche désormais 14,7% de la population en France soit 9,3 millions de personnes, et que les inégalités se sont accrues.

La politique économique menée depuis l’arrivée à l’Elysée d’Emmanuel Macron fait-elle augmenter le nombre de pauvres ? Dans une étude publiée mercredi soir, l’Insee estime – au conditionnel – que «les inégalités et le taux de pauvreté» auraient augmenté en 2018. Pour parvenir à ce constat, l’institut a utilisé «une méthode fondée sur la microsimulation» qui permet de produire «des indicateurs avancés». Pour simplifier, il a cherché à savoir quelles étaient les tendances qui se dégageaient en matière d’inégalités et de pauvreté en 2018 en sachant que les chiffres définitifs ne seront publiés qu’en… septembre 2020 ! D’où l’intérêt de tenter de voir dans quelle direction les choses bougent. En ce qui concerne les inégalités les choses vont clairement dans le mauvais sens puisqu’elles «augmenteraient» pointe l’Insee. Si l’on compare «la masse des niveaux de vie détenue par les 20% de personnes les plus aisées et celle détenue par les 20% les plus modestes», on constate que l’écart se creuse en faveur des plus aisés.

Toujours en utilisant «la méthode de microsimulation», l’Insee constate une autre évolution défavorable: «Le taux de pauvreté monétaire [qui utilise donc le biais des revenus pour mesurer la pauvreté, ndlr] augmenterait de 0,6%.» (1) Autrement dit: «14,7% de la population» aurait des revenus inférieurs au seuil de pauvreté en 2018, ce qui correspond à 9,3 millions de personnes, contre 14,1% l’année précédente soit 8,8 millions de personnes concernées

Quelles sont les causes invoquées ?

Le possible creusement des inégalités serait en partie lié, selon l’Insee, à la « forte hausse des revenus des capitaux mobiliers, notamment des dividendes perçus par les ménages en 2018 ». « Ces revenus sont concentrés dans le haut de l’échelle de niveau de vie. Ce sont les 10% de ménages les plus aisés », précise à LCI Emilie Raynaud, de la division Revenus et Patrimoine de l’Insee. Trop tôt, cependant, pour identifier plus précisément le profil des bénéficiaires de cette hausse. 

Ce que l’on sait, c’est que l’augmentation de ces revenus du capital a accompagné la réforme fiscale ayant abouti au prélèvement forfaitaire unique, qui réduit fortement la fiscalité sur les capitaux mobiliers. « Cette étude ne permet pas d’établir de lien causal entre la réforme fiscale et la hausse des revenus constatée en 2018, mais on constate une nette progression des dividendes concomitante à la diminution de la fiscalité », précise Emilie Raynaud. En clair : difficile, pour l’heure, de mesurer les effets de la réforme du gouvernement. L’étude ne tient pas compte, non plus, des possibles effets de la réforme de l’ISF. 

Selon l’Insee, l’embellie n’a pas profité à tous les revenus du patrimoine. Certains revenus de placement à revenu fixe ou encore des produits d’assurance vie, prisés par des ménages situés plus bas sur l’échelle du niveau de vie, ont au contraire connu un repli en 2018.

En bas de l’échelle, les ménages aux revenus les plus faibles ont pu être impactés, d’après l’Insee, par le gel des allocations logement, voire leur baisse pour les locataires du parc HLM sous ce gouvernement. Une évolution contrebalancée toutefois par la baisse des loyers du parc HLM, ou encore la revalorisation de certains minimas sociaux, de la prime d’activité ou du chèque énergie.

Y a-t-il plus de pauvres en France ?

Le taux de pauvreté monétaire (qui désigne la part de la population vivant en-dessous du seuil de pauvreté, soit 60% du revenu médian français) est également en hausse, comme l’indique l’étude, mais cette évolution est à appréhender avec précaution. 

L’augmentation du taux de pauvreté, selon l’Insee, serait lié en partie à « l’accroissement du niveau de vie médian », lié à « des salaires relativement dynamiques », à la hausse des revenus financiers mais aussi à certains mesures « socio-fiscales » prises en 2018 en faveur des ménages, dont la baisse de la taxe d’habitation, le transfert des cotisations sociales vers la CSG ou encore l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi des personnes à domicile. 

La hausse du revenu médian entraîne ainsi mécaniquement la hausse du seuil de pauvreté calculé, et donc la hausse du nombre de personnes vivant en-dessous. « La hausse du taux de pauvreté monétaire n’implique pas qu’il y a eu une baisse du pouvoir d’achat dans cette catégorie de population », relève Emilie Raynaud. « Il y a eu une hausse du niveau de vie médian, qui a entraîné une hausse du seuil de pauvreté et donc du taux de pauvreté. »

Stabilité au long cours

Si la hausse du taux de pauvreté de 0,6% est une tendance claire, l’évaluation de l’Insee ne tient pas compte d’autres mesures affectant le pouvoir d’achat des ménages, comme la réduction des loyers dans le parc social qui a accompagné la baisse des allocations, et qui ramènerait l’augmentation annuelle du taux de pauvreté à 0,2%. 

Au cours de la dernière décennie, le taux de pauvreté a connu, du reste, une relative stabilité, comme le montre cet extrait d’une note de l’Insee publiée en septembre 2019

Un constat partagé par l’Observatoire des inégalités, selon lequel le seuil de pauvreté a doublé entre 1970 et 2009, avant de connaître un repli du fait de la crise financière de la fin des années 2000. Le seuil de pauvreté aurait ainsi perdu 15 euros entre 2009 et 2014, avant de « se redresser » à partir de 2015 pour retrouver le niveau antérieur à la crise. 

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