La Senelec fait la honte de notre nation (Par Mohamed Dia)

Dans sa lettre du 18 novembre 2019, adressée à Monsieur David Malpass, président de la banque mondiale, le ministre des Finances et du Budget, Abdoulaye Daouda Diallo, sollicite un Crédit d’Appui aux Réformes Structurelles Multisectorielles d’un montant de 180 millions de dollars. Il y présente les orientations sur la période 2019-2023.

Nous allons préalablement faire l’état des lieux du secteur énergétique, avant d’expliquer le même scénario dans le passé qui a échoué, pour enfin dire aux gouvernants qu’il faut privatiser la gestion de la SENELEC, car tout auditeur sérieux vous dira que le problème de la SENELEC vient des gouvernants qui s’immisce dans la gestion de la boite à des fins politiques.

En février 2017, le gouvernement a réduit les tarifs d’électricité de 10 % et depuis cette date, le gouvernement ne paie pas les subventions dues à la SENELEC de manière régulière. Le gouvernement du Sénégal a refusé d’ajuster les tarifs à cause des élections présidentielles, et cela, malgré l’augmentation du prix du baril du pétrole. Ce désalignement est la cause principale du problème de la SENELEC et du déficit budgétaire dont fait face le Sénégal. Conséquemment, le gouvernement était dans l’obligation d’emprunter 125 milliards de FCFA auprès des banques. Le problème est que le gouvernement voulait juste donnait sa parole contre le paiement de 25 milliards par an pendant cinq ans. Malheureusement, les banques ont refusé et ont exigé une garantie officielle. Il a fallu l’autorisation du FMI pour le prêt de 125 milliards de FCFA pour payer la SENELEC en 2019 et cela a causé un déficit de 3,7 % dans la même année. Ce prêt sera qualifié d’exceptionnelle afin de faire en sorte que le déficit ne dépasse pas 3 %.

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La SENELEC est constamment confrontée aux problèmes identiques et le président est toujours pas assez informé ou mal informé. On se rappelle quand Samuel Sarr était directeur de la SENELEC, il a dit et répété que ceux qui accompagnaient le président Wade lui mentaient à propos de l’état critique de la crise énergétique au Sénégal et disait qu’il avait sonné l’alarme bien avant la crise. Il ajoute avoir envoyé des lettres au ministre de l’Énergie durant la hausse du prix du pétrole brut, mais que ce dernier n’avait pas réagi. Ainsi, il en a parlé au Premier ministre du temps, Macky Sall, par voie officielle. Ce ne sera que deux mois plus tard qu’il obtiendra une audience avec le président pour lui parler de ses préoccupations. Le président a alors délégué Macky Sall de concevoir une stratégie pour faire face à la situation énergétique. Ce ne sera que 12 mois plus tard que Macky Sall convoquera une réunion interministérielle sur la situation énergétique. Qu’est-ce qui explique une attente de douze mois pour une situation critique ? Il y a été décidé de rétablir un fonds d’urgence, pour pouvoir conserver les surplus sur le carburant. Rappelons que le fonds avait été abandonné depuis 1998 conformément à l’initiative prise par la Banque mondiale afin de libéraliser le secteur.

Très endettée, la SENELEC a finalement accepté un programme de restructuration. La Banque mondiale et l’Agence française de développement ont respectivement donné 80 millions de dollars et 45 millions de dollars. Le gouvernement a injecté 40 millions de dollars grâce à un prêt de la Compagnie Bancaire de l’Afrique de l’Ouest (CBAO). Comment est-ce acceptable alors qu’à cette époque, le Sénégal affichait l’un des prix les plus élevés en Afrique de l’Ouest, 100 FCFA par KWh ? Quel était le véritable problème ?

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La SENELEC présente une histoire ennuyeuse de difficultés financières et de problèmes de trésorerie. L’ancien gouvernement avait aussi mis fin aux versements de subventions à la SENELEC et malgré cela, les tarifs ont été augmentés de 17 % en moyenne. Malgré cette décision de hausser le prix du courant, la dette était encore de 126 millions de dollars et la SENELEC avait encore reçu de l’argent comme l’a sollicité l’actuel ministre, Abdoulaye Daouda Diallo, dans le but de payer ses dettes et d’entamer des réformes structurelles. C’est ainsi que la France nous a accordé un prêt de 45 millions de dollars et la Banque mondiale nous a octroyé 80 millions de dollars et 40 millions de dollars de la CBAO. Dans le cadre de son programme avec la Banque mondiale et l’AFD, le gouvernement du Sénégal a convenu de scinder les activités de la SENELEC en trois entités principales : une filiale de production, une filiale de distribution et une filiale de transport. Les filiales de production et de distribution doivent être privatisées avec une éventuelle participation locale et étrangère, et peut-être aussi des actions offertes au public et aux salariés de l’entreprise. Le groupe des transports continuera d’être contrôlé par le gouvernement en tant que principal partenaire stratégique avec la participation d’investisseurs privés locaux et étrangers. Des années plus tard, on entend de nouveau cette même chanson. En échange contre ce prêt de 180 millions de dollars, la Banque mondiale nous a imposé des reformes. Parmi ces réformes, la Banque mondiale en contrepartie du prêt, nous dit qu’afin de renforcer la transparence dans le secteur de l’électricité, le ministère de l’Énergie a chargé la SENELEC de se réorganiser, à travers la création de la holding Senelec, des filiales distinctes pour la production, transport et distribution d’électricité ; et une filiale associée à le segment du gaz naturel pour jouer un rôle d’agrégateur de gaz. Ça ressemble à du déjà-vu.

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Le problème de la SENELEC se trouve dans sa gestion, car il est inconcevable que le gouvernement y ait injecté 266 milliards en 2019 et que ce gouvernement ait bénéficié du prix du baril du pétrole très abordable. L’effet de boule neige s’y pratique pendant plus de dix ans, et cela ne semble point gêner nos gouvernants qui se permettent de vendre le Sénégal pour 180 millions de dollars à la Banque mondiale. Nos gouvernants provoquent notre honte et la SENELEC fait la honte de notre nation. Peut-on parler du Port et de la Poste ?

Mohamed Dia


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