La vie des étudiants sénégalais pendant la période estivale (Par Kab Niang)

Forum X-Afrique à l'Ecole polytechnique - France

Beaucoup d’étudiants sénégalais renoncent à prendre des vacances pendant l’été pour travailler. Pour la plupart, qu’ils disposent de papiers en règle ou pas, il s’agit d’une nécessité : en effet, ces étudiants rencontrent, au quotidien, de nombreuses difficultés sociales. Selon le syndicat étudiant l’UNEF, l’année scolaire 2019-2020 a vu augmenter le coût de la vie des étudiants de 2.83 % ( loyer, restauration et les frais d’inscriptions).

Les étudiants sénégalais sont nombreux à avoir choisi la France pour poursuivre leurs études supérieures. Mais les conditions dans lesquelles étudient ses étudiants sont autant d’obstacles à leur réussite. Entre le logement, la nourriture, les frais de santé, les frais universitaires… Sachant que parmi eux, aucun ne bénéficie de la  bourse. 

Pendant l’été, ils multiplient les petits jobs. Pour ses étudiants, les petits jobs d’été représentent une réelle nécessité. La situation économique de leurs familles explique également le besoin de travailler durant la période estivale. Fatou Sow* 26 ans, étudiante en L3 lettres à l’université de Paris 8 Saint-Denis  originaire de Pikine dans la banlieue de Dakar au Sénégal est arrivée en France en septembre 2017. Orpheline de père très jeune, elle se dit «Je souhaiterai bien y aller en vacances à côté de ma famille. Mais je suis obligée de rester pour travailler et faire des économies. Pour également financer mes études », dit-elle en poursuivant « j’ai un contrat de CDD en plein temps dans un Mac’Donald dans le  20e arrondissement de Paris. Le travail est dur et je ne gagne pas beaucoup, mais au moins ça peut m’aider à financer une partie de mes études. Entre temps que je trouve autre chose durant l’année scolaire ».

Ces étudiants sénégalais estiment que celle-ci leur permet d’améliorer leur niveau de vie. Cela leur permet d’assurer leur indépendance à l’égard de leurs parents tout en leur permettant d’acquérir une expérience professionnelle.

Derrière ses lunettes rondes et son foulard blanc au-dessus de sa tête, elle nous sert une tasse de café avant d’ aller à son entretien. On la retrouve dans l’appartement de son frère à Villejuif (‎94076) où elle nous a donné rendez-vous. Son frère lui remonte le moral « ça va aller ma belle », dit-il.  Oumou Ly a 21 ans, cette jeune fille a tout juste  décroché son BTS en Assistance Ménager au lycée Technique Édourd Branly, dans la petite ville de Châtellerault. Depuis  le début des vacances, elle multiplie ses chances pour trouver un stage  dans une entreprise. « J’ai fait plus de cinq entretiens à la fois téléphonique et physique. Ils me disent souvent qu’on va me rappeler, mais sans succès », affirme-t-elle. Oumou ly, n’a pas trop focalisé sur le job d’été cette année. Heureusement qu’elle est hébergée par son frère. « Pendant l’année scolaire, j’ai travaillé comme équipière polyvalente à Auchan et baby-sitter. J’ai réservé de l’argent sur mon compte. Et actuellement je veux bien consacrer sur la recherche d’une entreprise  pour débuter bien l’année scolaire. C’est difficile, c’est vraiment un casse-tête. Mais heureusement il y a mon frère qui m’a hébergée sinon ça va être trop compliqué pour moi et m’aide aussi sur mes recherches », clame-t-elle.

Dans quel domaine chercher son job d’été ? Cette question n’a pas trop d’importance pour  les étudiants qu’on a croisés. Ils ne laissent aucun domaine de côté. L’essentiel pour eux : multiplier leurs apprentissages. Ils  n’ont pas froid aux yeux et affirment vouloir bosser n’importe où, que ce soit dans les grandes surfaces, la restauration rapide, les chantiers, ou les nettoyages. Mais certains ont de la suite dans les idées ! Ousmane Fall* par exemple, entame son  Master en 1 à la prochaine rentrée scolaire 2019-2020 en  ingénieur de bâtiment à l’université de Nanterre. Il me donne rendez-vous à 8H précise dans son lieu de travail dans le 19  arrondissement de Paris. Il m’attend dans le hall d’un très grand chantier en pianotant sur son téléphone portable et une tasse de café. Il porte un ensemble de combinaison de couleur bleue et des chaussures de sécurité et un casque à la tête comme tous les autres ouvriers.  Pour lui cette période est propice et il  faut faire les démarches au moins dès le  mois de mars  pour être sure de trouver quelque chose. « Je me suis inscrit dans une boite d’intérim. J’ai choisi de travailler dans le bâtiment pas parce que c’est le  domaine que je souhaite faire dans le futur, mais parce que ça paye plus. Et mon but c’est de mettre un maximum d’argent de côté. Pour payer le loyer, les factures de téléphone et assurer mes dépenses, car je ne suis pas boursier et mes parents non pas les moyens d’assurer tous mes besoins », affirme-t-il.

Rare de trouver des étudiants dans ce  secteur de la construction. Ce travail  relève de la physique et de la force. Il est dur comme comme les murs qu’ils construisent. Mais Ousmane est habitué à faire de la maçonnerie. Il en faisait déjà à l’époque où il était au Sénégal, pendant ses vacances « Mes camarades de classe quand il me demande le métier que j’exerce en dehors de mes études, je réponds souvent ouvrier dans le bâtiment. Et souvent leurs réactions  semblent étranges. Ils me disent que c’est dure, que ce n’est pas un job étudiant, qu’il faudrait aller dans la restauration ou dans le commerce ou même dans les centres d’appels. C’est moins fatigant. Mais je l’ai dit en retour que je suis habitué à ce métier. Mon père est maçon et quand j’étais jeune je le suivais sur ses chantiers. »

Passer du temps avec leur famille et revenir en vacances aux pays, beaucoup en rêvent. Mais la réalité, c’est qu’ils n’en ont tout simplement pas les moyens. Car ils disent tous que le voyage coûte trop cher. Et les familles attendent des cadeaux à leur retour. Il faut souligner que ces travaux estivaux sont aussi une manière de découvrir le monde du travail pour eux.  « Tu sais quand tu es étudiant sans bourse et tu n’as aucun aide possible. Il est difficile de pouvoir s’en sortir. Aujourd’hui, je peux dire que j’’ai pas une vie. Mes journées se résument  en deux parties : l’université et le Domino’s pizza ou je travaille avec un contrat de CDI il y a bientôt deux ans. Mais bon c’est mon choix !» s’exclame Modou Diop* étudiant en histoire en master 2 à l’université de Sorbonne Paris 4.

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