L’Alabama exécute un détenu musulman par injection létale en lui refusant l’assistance d’un imam

C’était sa dernière volonté, exprimée au seuil de la mort, avant qu’une injection létale ne l’expédie dans l’autre monde, mais elle lui a été refusée par la Cour suprême des Etats-Unis, demeurée inflexible jusqu’au bout : Domineque Hakim Ray, 42 ans, a été exécuté dans l’Alabama jeudi dernier, à 22h12 précisément, sans la présence d’un imam à ses côtés.

Rien n’a pu infléchir le veto institutionnel que l’Etat de l’Alabama et la plus haute autorité judiciaire américaine ont opposé au dernier souhait de ce condamné à mort de confession musulmane, au grand dam de ses avocats qui ont bataillé vainement pour que Yusef Maisonet, imam et avocat de son état, soit autorisé à l’accompagner dans ses derniers instants.

« Je suis avocat et imam, je suis prêt à me porter volontaire pour accompagner Domineque Hakim Ray ! », a répété avec force Yusef Maisonet, mais en pure perte. Il s’est heurté à la surdité du pouvoir local, pour la plus grande satisfaction de Steve Marshall, procureur général de l’Alabama, qui est sorti de sa réserve pour exulter : « Depuis 20 ans, Domineque Ray avait échappé avec succès à la sentence capitale, alors qu’il a assassiné une fille de Selma âgée de 15 ans ».

Reconnu coupable du meurtre de Tiffany Harville, une adolescente de 15 ans, commis en 1995 à Selma, c’est dans le couloir de la mort où il a expié son crime pendant 20 ans, avant que la Cour suprême des Etats-Unis finisse par décider de procéder à son exécution (par 5 voix contre 4), que Domineque Ray s’est converti à l’islam, répondant au prénom d’Hakim.

« Sa foi a une importance cruciale dans sa vie », ont clamé ses avocats qui, jusqu’à la veille du châtiment suprême, nourrissaient encore le fragile espoir d’obtenir gain de cause. Ils n’ont pas eu de mots assez forts pour dénoncer une « violation caractérisée du premier amendement de la Constitution des Etats-Unis ».

« Nous maintenons qu’il s’agit bien d’une discrimination religieuse parce que les condamnés à mort chrétiens sont autorisés à être assistés par des guides spirituels de leur choix jusqu’au dernier moment. Un droit, un privilège qui sont déniés aux détenus musulmans », s’est indigné pour sa part Ali Massoud, coordinateur des affaires gouvernementales au sein du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), dans l’Alabama.

« Pour les condamnés à mort chrétiens, on ne voit aucun problème à ce que les aumôniers catholiques entrent avec eux dans la salle d’exécution. Souvent, ils prient, agenouillés, près du détenu qu’ils assistent », a-t-il précisé.

Son impuissance à faire revenir la Cour suprême à de meilleurs sentiments a plongé dans la consternation l’avocat Spencer Hahn. « Domineque était un fervent musulman et un être humain qui ne se trouvait aucune circonstance atténuante pour son crime. C’était un fils, un père, un frère. Il voulait juste bénéficier d’un traitement équitable avant de quitter ce bas monde », s’est-il désolé, au lendemain d’une exécution qui a laissé un goût amer à certains, et transporté de joie de nombreux autres, dans le très conservateur Etat de l’Alabama.

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom