Le 18 mai 1968 : au Sénégal on a frolé le coup d’état contre le régime de Senghor

L’année 1968 a été particulièrement difficile et demeure sans doute la plus dure sous le régime du président Senghor. Moins de 10 ans après l’indépendance, la jeune République du Sénégal tangue dans sa quête de quiétude politique et économique. Une farouche opposition contre la politique de Senghor, accusé d’être le vassal du président français, va déclencher les évènements de mai 1968 où les étudiants joueront un rôle majeur à partir du 18 mai.

Motivant sa décision par la situation économique difficile du pays, le gouvernement du président Senghor décide d’apporter une réforme sur les bourses. Au lieu de 12 mois, les mensualités vont passer à 10 mois et les montants revus à la baisse. Ces mesures seront catégoriquement rejetées par les étudiants qui décident à leur tour d’entamer un bras de fer. La première action menée contre le fractionnement des bourses intervient le 18 mars 1968. Dans la même logique, le 17 mai, face à l’entêtement du pouvoir, l’union des étudiants du Sénégal (UDES) distribue des tracts non seulement pour rejeter la réduction des bourses mais aussi pour exiger la diminution du train de vie du gouvernement de Senghor.

C’est dans ce contexte très tendu, de rupture de confiance, que la grève d’avertissement va être enclenchée à partir du samedi 18 mai. Malgré une réunion avec le ministre de l’éducation Amadou Makhtar M’Bow, l’UDES va camper sur sa position jugeant que le gouvernement n’a fait aucune proposition allant dans le sens de l’apaisement dans le secteur éducatif. D’ailleurs ces manifestations vont prendre une autre tournure à parti du 24 mai, date à laquelle les étudiants annoncent une grève illimitée. Le président Senghor durcit le ton le 25 mai et menace d’exclure les grévistes, de supprimer les bourses et de de faire usage de la force en cas d’occupation. Il est soutenu en cela par le bureau de son parti qui l’en recommande fortement.

Comme convenu, la grève va être enclenchée le 27 mai avec l’UDES qui fustige les choix politiques du président. Durant les 2 jours qui suivront, les campagnes de sensibilisation au niveau des lycéens et écoliers réussiront à bloquer tout le système de l’élémentaire à l’université. L’intervention musclée des forces de l’ordre (qui vont arrêter 353 étudiants) marquera un tournant décisif pour deux raisons. D’abord à cause de la fermeture de l’université, ensuite pour avoir provoqué l’ire des enseignants qui condamnent la violence et décrètent des mots d’ordre de grève générale. Après l’échec des négociations qui a impliqué jusqu’à l’ambassadeur de France, Senghor accuse les étudiants de vouloir singer les « toubabs », faisant référence au Mai 68 français. Pour faire face, il décrète l’état d’urgence, demande le renfort de la France, et instaure le couvre-feu. Des centaines d’étudiants sénégalais sont arrêtés et les étrangers expulsés.

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