Le rôle du Ministère de l’Intérieur et des Maires fraudeurs dans le hold up électoral du siècle

Le 24 février 2019, en pleine matinée, au moment où les sénégalais se ruaient massivement dans les centres de vote pour accomplir leur devoir civique, la Direction Générale des Elections du Ministère de l’Intérieur, adressait 2 notes estampillées « TRES URGENT » aux gouverneurs, aux préfets, et aux sous-préfets : 

  1. La 1ére note enjoignait les Présidents des bureaux de vote, de permettre à tous les électeurs inscrits sur les listes électorales et n’ayant pas trouvé leurs noms sur la liste d’émargement, de voter dans le dernier bureau de vote du centre,
  2. Plus grave, la 2éme note avec les messages autorisait le vote des électeurs, même en cas de non-conformité entre carte d’électeur et liste d’émargement.

Ces 2 notes codées prises par le Ministère de l’Intérieur, en plein jour du jour du scrutin, sont totalement illégales, altèrent la sincérité du scrutin, et violent de manière flagrante les dispositions du Code électoral. Tous les présidents de bureaux de vote disposent d’un bréviaire avec la liste limitative des électeurs pouvant voter dans un bureau lorsque que leur nom ne figure pas sur la liste d’émargement « il s’agit des membres du bureau de vote inscrits sur une liste électorale, des délégués de la Cour d’Appel, des journalistes et chauffeurs de l’Administration en mission, des militaires et paramilitaires en opérations (ils doivent être munis d’un ordre de mission spécial), des autorités administratives affectées, des contrôleurs et superviseurs de la CENA». Une lecture attentive des 2 notes permet de constater qu’il s’agit d’une décision unilatérale du Ministère de l’Intérieur (l’éviction de la CENA est confirmée par le fait qu’elle a reçu une simple ampliation des 2 notes). Utilisant le prétexte fallacieux de faciliter le vote des électeurs (ce qui est faux), le Ministre de l’Intérieur a autorisé et validé des milliers, voire des dizaines de milliers de votes irréguliers le jour du scrutin, au profit du candidat Macky SALL (on imagine aisément les conséquences d’un tel laxisme volontaire, dans certaines zones, comme Matam, Fatick et d’autres localités). En réalité, la forte mobilisation des sénégalais le 24 février 2019 (non prévue) a créé la panique et conduit le régime à réajuster le jour du scrutin, le dispositif de fraude planifié en amont.

Dans l’émission, le Jury du dimanche 03 mars 2019, le porte-parole de la CENA, Issa SALL souligne son incapacité d’expliquer le gonflement inédit de l’électorat de certaines localités, avant de faire une révélation de taille : A GOUDIRY (Tambacounda), 7000 faux extraits de naissance ont été produits (la justice saisie est restée muette). Pourquoi la CENA a-t-elle attendu la fin du scrutin pour informer la presse de telles pratiques frauduleuses, d’une extrême gravité ? Dans une contribution intitulée « Cartes d’électeurs : La responsabilité pénale du Directeur de la DAF et des Maires fraudeurs » transmise aux médias le 11 novembre 2018, j’alertais nos concitoyens sur le fait, qu’à la page 35 du rapport de la MAFE, les Experts de l’Union Européenne attiraient l’attention sur le risque de fraude massive aux élections de 2019 en ces termes « dans plusieurs localités, des certificats de complaisance ont été délivrés frauduleusement par des maires afin d’opérer des transferts d’électeurs fictifs dans leurs circonscriptions ». La MAFE insistait notamment sur « la production massive de faux extraits de naissance, de nature à influencer les élections de 2019 ». Ce qui frappait, c’est le caractère massif de la fraude. Il ne s’agit pas d’une localité (Goudiry, proche du Mali), mais de plusieurs localités et de plusieurs Maires. Cette révélation extrêmement grave des Experts de la MAFE sur le risque de fraude électorale en 2019, est confirmée par les déclarations du porte-parole de la CENA. Il existe plus de 550 communes au Sénégal : il suffit tout juste de produire, 7000 faux extraits de naissance, dans 50 communes pour obtenir 350 000 électeurs (en avance). Le 24 février 2019, aucun couac majeur n’a été noté parce que le régime disposait déjà d’un stock de plusieurs centaines de milliers d’électeurs inscrits illégalement grâce à la production industrielle de faux extraits de naissance par des Maires fraudeurs, occasionnant l’édition par milliers de vraies fausses cartes d’électeurs par la DAF.

Si le scrutin du 24 février n’a pas encore livré tous ses secrets en termes de fraude industrielle, une chose est certaine : le hold up du siècle a été rendu possible grâce à la complicité active du Ministère de l’Intérieur (DGE et DAF), de plusieurs Maires fraudeurs, et l’incroyable passivité de la CENA.

Un crime n’est jamais parfait : même dans la fraude, ils étalent leur incompétence. 5 ans et TCHAO PANTIN !

Seybani SOUGOU – sougouparis@yahoo.fr

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