Les chiffrent du coronavirus ont bondis à 242 décès en 24h : Pékin dit-il la vérité sur l’ampleur de l’épidémie ?

Les autorités chinoises ont annoncé, jeudi, des bonds records de contaminations et de décès liés au coronavirus, désormais appelé Covid-19. Ces chiffres, qui alimentent les craintes d’une sous-estimation de l’épidémie de la part de Pékin, sont dus à une nouvelle définition plus large des cas d’infection. Suite à ces résultats, des personnalités influentes ont été démises de leurs fonctions.

Au total, plus de 48.000 contaminations ont été décomptées dans la province du Hubei (environ 60.000 en Chine continentale), tandis que le bilan des morts est passé à 1.310, dont 242 nouveaux décès sur la seule dernière journée. 

Les têtes tombent au Hubei. Et pas n’importent lesquelles.

Alors que les autorités locales paraissent totalement débordées par l’ampleur de l’épidémie de coronavirus, le président chinois Xi Jinping a décidé de placer un de ses proches à la tête de la province chinoise. Ying Yong, l’actuel maire de Shanghai qui avait travaillé avec Xi Jinping lorsque ce dernier était gouverneur de la province de Zhejiang, a été nommé au poste de secrétaire général du Parti communiste du Hubei, en remplacement de Jiang Chaoliang. Autre changement de taille, le plus haut responsable du Parti de la ville de Wuhan, capitale du Hubei, a également été remercié.

Ce grand ménage intervient quelques jours après l’immense vague de colère suscité par la mort du médecin lanceur d’alerte Li Wenliang , qui avait déjà débouché sur des changements à la tête de la commission de la santé du Hubei, épicentre du virus. Il s’accompagne aussi d’une nouvelle politique sanitaire destinée à resserrer les mailles du filet sur le virus.

Quelques heures avant le coup de tonnerre politique, les autorités sanitaires ont fait part d’une explosion du nombre de nouveaux malades. Plus de 14.840 nouveaux cas de contamination ont été détectés en 24 heures, soit dix fois plus que la veille, ainsi que 242 nouveaux décès, un chiffre là aussi jamais atteint depuis le début de la crise. Ces nouveaux chiffres portent le bilan humain en Chine à près de 60.000 cas confirmés et au moins 1.355 morts.

Fermeture des usines jusqu’au 20 février

L’accélération du bilan témoigne de la difficulté à saisir l’étendue et la gravité de l’épidémie de coronavirus en Chine, alors que les derniers jours témoignaient d’une réduction des nouveaux cas. Les nouveaux chiffres ne signifient pas que l’épidémie s’est forcément aggravée mais résultent d’un changement des autorités dans la façon de repérer les malades. Jusqu’à présent, seuls les cas confirmés par des kits de tests standards étaient comptabilisés. Mais alors que Wuhan fait face à une pénurie de tests, les autorités ont décidé qu’une radio pulmonaire pouvait suffire à diagnostiquer l’infection au virus. La méthode est moins précise mais, en ratissant large, les autorités de Wuhan espèrent ne laisser aucun malade dans la nature.

« Le but est d’isoler rapidement le virus, explique le docteur français Philippe Klein, actuellement à Wuhan. Les malades sévères sont placés dans les hôpitaux, les patients avec des symptômes minimes sont confinés dans des stades et centres d’exposition, et toutes les personnes en contact sont logées dans des hôtels réquisitionnés ». Les restrictions se sont encore renforcées ces derniers jours : seul un membre de la famille est désormais autorisé à sortir faire ses courses tous les trois jours. Signe que l’inquiétude reste forte, les usines et entreprises ne rouvriront pas comme prévu lundi prochain. Les autorités ont reporté l’échéance au 20 février.

Méfiance sur les chiffres

A tort ou à raison, ces changements dans le recensement des malades ne font que nourrir la méfiance sur les chiffres livrés par des autorités chinoises peu enclines à la transparence. Près de la frontière russe, une province a récemment enregistré une chute du nombre de malades après la décision de ne pas compter des patients testés positifs mais ne présentant pas de symptômes.

La reprise en main politique du Hubei intervient alors que Xi Jinping lui-même a déclaré, mercredi, que les efforts de confinement commençaient à porter leur fruit. « Par un travail acharné, l’épidémie connaît une évolution positive », a déclaré l’homme fort de Pékin, après une réunion des plus hauts dirigeants du régime. L’OMS a tempéré l’optimisme de Pékin, jugeant « beaucoup trop tôt pour tenter de prédire le commencement, le milieu ou la fin de cette épidémie », selon Michael Ryan, chef du département des urgences sanitaires de l’OMS.


PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom