Lettre à Idrissa et Abdoulaye Wade ! (Par Adama Gaye)

L’histoire n’est jamais faite, elle se fait et n’a jamais fini de se faire. En février 1991, venu au Sénégal en provenance de New York avec mon épouse, et après un entretien à ton domicile du Point E, Maître Wade, souviens-toi, tu me pris par la main, et me dit, en confidence: nous allons dans un gouvernement de majorité présidentielle élargie, je veux que tu viennes. Ce jour-là, tu avais aussitôt réuni autour de trois quatre personnes, notamment Jean-Paul Dias, Ousmane Ngom, Idrissa Seck et moi-même.

Après des jours de délibérations, ou n’avaient pas été conviés ni Aminata Tall ni Boubacar Sall, pourtant patron des députés de ton parti, je signais sous le titre: Ruptures, l’éditorial par lequel ton journal Sopi annonçait ce changement majeur. Souviens-toi aussi amicalement j’avais décliné une entrée au gouvernement bien qu’Abdou Diouf et toi en avaient discuté. Idrissa aussi était resté en dehors. Venu me voir à l’hôtel Al Afifa, en compagnie de son ami Oumar Diouf, qui me lit, tu m’avais dit: “Adama, toi et moi attendons le bon moment pour poser les marbres”. Tout Idy était dans ce propos.
Je répartis à Paris et continua d’exercer mon métier de journaliste dans la presse internationale. Entre-temps, malgré l’amitié politique et sociale qui t’avait amené, au bord de la piscine de l’hôtel AlAfifa à recueillir mes avis sur ton nouveau projet professionnel.
Quand l’alternance de l’an 2000 se produisit, nos chemins n’étaient plus si proches et le groupe que nous formions avec Wade-Père s’était dispersé. Nous connumes des fortunes diverses. Traversée de désert ou même prison te concernant. Accusations en tous genres, complots ou erreurs. Parfois bêtises.

Or voilà que, malgré ces vicissitudes, nous n’avons d’autre option face à la montée des périls que de faire l’union sacrée, de nous retrouver. Tu n’es sans doute pas le meilleur de nous mais les chemins du Seigneur étant insondables, tu te trouves en posture de mener le combat essentiel que notre peuple, avec d’autres composantes, se doit d’engager pour échapper à son étranglement sous la férule d’un régime criminel et crapuleux, corrompu.

J’en sais quelque chose car si Macky a détourné ses premiers milliards, c’est en s’appuyant sur mon introduction dans les milieux pétroliers. J’aurais du le suivre dans ses magouilles et être son copain d’escroquerie dans les bordels, bars et autres lieux mal famés. Tel n’est pas mon choix.

Idy, il y a toujours eu du respect entre nous deux.

En mars 2016, dans ta ville de Thies, tu avais tenu à ce que je sois avec toi, dans ta voiture pour faire le tour de ta ville. J’ajoute que je n’ai jamais senti en toi une hostilité quand j’ai formulé à ton endroit remarques et critiques parfois acerbes sans doute parce que tu sais que la liberté n’est pas négociable. Maintenant une nouvelle phase s’ouvre. Elle doit être belle. Pas en mode suivisme ou idéalisme dans le militantisme mais au nom de la compréhension qu’on ne peut rebâtir notre pays sans le respect que chacun de nous, toi en premier, doit aux autres.

Cela passe par l’observation d’une attitude humble, non arrogante, d’écoute, de partage, de leadership éclaté assis sur la mutualisation des talents et valeurs. Je suis persuadé que tu mesures ce que certaines attitudes fuyantes et distantes, de non disponibilité, t’ont coûté, y compris probablement la succession de Wade que tu aurais pu et du mieux conseiller au lieu de le laisser vendanger son acquis démocratique au profit des vautours qui n’en finissent de se nourrir des restes de notre pays.

Avoir aussi accepté de signer un abject Protocole de Reubeuss, sur fond de fonds dissipés, est une autre page sombre qu’il importe non seulement de jeter au diable mais de ne plus permettre.

Dans la vie, chaque être humain peut avoir une seconde chance. Celle qui s’offre à toi, en ces heures graves, procède de ce que nécessite fait loi. Nous n’avons pas le choix. Il nous faut débarrasser le Sénégal des sangsues qui l’ont paralyser. Des lors, même si tu as tes défauts et tares, c’est à toi de comprendre qu’en te soutenant des compatriotes comme moi souhaitons que tu t’élèves à la hauteur de cette mission. Que tu fasses de l’anti-Macky, lequel a cru que le mandat que les sénégalais lui ont confié en 2012 équivalait à une carte blanche pour piller notre pays avec sa famille et ses larbins.

De toi, j’attends que tu dises à tous, en commençant par ton fils, Ablaye, ton épouse, tes proches, tes militants et tout le Sénégal que le projet que nous voulons bâtir vise ni plus ni moins qu’à redonner vie au Sénégal dans une atmosphère salubre.

Il s’agit d’un redressement national, d’une définition de priorités autour de l’éducation, de la justice, de la santé, de l’équilibre social, ethnique, territorial, bref d’un État pour véritablement tous.

Il s’agit de reprendre en mains notre souveraineté. De jouir, à la place de forces exogènes et interlopes, de nos ressources naturelles.
Il s’agit de réhabiliter le label démocratique et national passablement terni par la gabegie d’un régime anti-national.

L’enjeu est majeur, vital. Il faut en mesurer l’ampleur. Je t’invite à ne pas laisser ressurgir les démons somnolents en toi, comme nous tous en avons. Aucune erreur ne sera tolérée.

Cette élection 2019 n’est pas un moment ou des chaises musicales sont déplacées. Ce n’est pas une alternance. Ce n’est pas le remplacement d’une machinerie par une autre.

C’est le temps d’une alternative de ruptures. Celle qui nous avaient fait nous réunir autour de Wade depuis les années 1980, mais qui, par les hommes, a été trahie. Il n’est plus question des mesquineries et de la capture de l’Etat à des fins privées ou pour des coteries religieuses, politiques, syndicales, patronales, amicales, familiales. Nous exigeons une autre gouvernance: moderne, meritocratique, au nom de l’intérêt général. Je ne soutiens pas la reconduction des pratiques qui ont hélas fini de faire de notre pays un tas de ruines, ou gambadent et jouissent les pires d’entre-nous au seul motif qu’ils sont sans vergogne, transhumants, griots, chefs de lobbies en tous genres.

Nous voulons un nouveau Sénégal. Pour ceux qui y vivent. Pour sa talentueuse Diaspora.

C’est une chance ultime de remettre le métier sur l’ouvrage, en vrai, qui me fait prendre le pari d’assumer le risque Idy et de lui donner ma carte.

J’invite Abdoulaye Wade à faire ce saut en arrière afin de régénérer un espoir démocratique et de développement que notre pays, terre de grande civilisation, mérite mieux que toute autre nation.

La bataille pour le Sénégal ne peut et ne doit être perdue.

En un mot, le moment de donner à mon pays encore plus est venu.

Mais pas aux voleurs de contrats pétroliers !

Je servirai le futur Président du Sénégal sur les bases décrites ici.

Adama Gaye

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