Macky récompense le vice (Par Yoro Dia)

«On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leur vertu.» Ainsi parlait Napoléon Bonaparte. On a tout à fait l’impression qu’il parlait du Sénégal, ce pays où l’Etat semble gouverner les hommes par leurs vices comme le masla.

L’exemple de «Terme Sud» illustre à merveille le mal qui ronge le pays. Des militaires occupent des logements de fonction, ne sont plus en fonction, refusent de quitter les lieux et empêchent ainsi aux ayants droit de jouir de leurs droits, vont en justice, perdent naturellement la partie et par une stratégie de victimisation, parviennent à transformer la victime (l’Armée) en coupable idéal.

Le combat classique de David et de Goliath et avec naturellement l’opinion qui se met du côté de David le faible. En démocratie, la «fabrique de l’opinion», comme dit Loïc Blondiau, et l’avoir avec soi pour qu’elle mette la pression sur le gouvernement afin de le faire reculer, est un b.a.-ba qu’on apprend en communication. Donc, c’est de bonne guerre pour les déguerpis de Terme Sud qui l’ont utilisé. Par contre, ce qui n’est pas bien pour la guerre pour la résurrection de la vertu citoyenne (rampe de lancement de tous les pays émergeants), c’est la décision du chef de l’Etat, chef de l’Armée, de leur octroyer huit cent millions. Cet acte de générosité confirme l’idée qu’on gouverne mieux les hommes par le vice. Par cet acte, le chef de l’Etat sanctionne tous les militaires vertueux qui ont libéré leurs logements de fonction à la fin de leur service, et encourage le vice qui consiste à resquiller un logement de fonction, ou des voitures de fonction.

Avec cette décision, l’Etat valide a posteriori une pratique courante chez des ministres, des universitaires, de hauts fonctionnaires à occuper leur logement et garder leur voiture de fonction bien après avoir quitté leurs fonctions. C’est un précèdent dangereux. Et les déguerpis de Terme Sud vont faire des émules dans tous les secteurs et on demandera au Président régler la note.

Avec ce vice, le patrimoine bâti de l’Etat va fondre comme neige au soleil et l’Etat va continuer à dépenser des milliards pour acheter des véhicules de fonction. L’opposition aussi encourage le gouvernement par le vice, dans une surenchère émotionnelle et politicienne avec la majorité. Aussi bien le chef de l’Etat que son opposition se comportent comme s’il n’y avait pas une décision de la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays, en encourageant chacun de son côté et à sa manière le vice.

Terme Sud permet de comprendre comment le gouvernement, par le vice, est responsable du grand désordre qui sévit dans notre pays, avec la privatisation totale des espaces publics, l’encombrement humain des trottoirs, la privatisation des ronds-points et des terre-pleins. Le désert du désordre ne cesse d’avancer parce que le vice de l’incivisme et de l’incivilité est toléré, et la vertu citoyenne considérée comme un anachronisme ou un comportement de Martien.

Parmi les prérequis de l’Emergence, il y a naturellement la stabilité politique, l’Etat de droit, la sécurité juridique et judiciaire, les investissements…, mais il faut y ajouter un bulldozer. Le bulldozer de la vertu qui va raser toutes les citadelles bâties par le vice du fait accompli. L’Etat est souvent mis volontairement devant le fait accompli parce qu’on compte sur le vice du masla pour une tolérance a posteriori. Aujourd’hui, nous avons presque tous les prérequis de l’Emergence. Il ne nous reste que le bulldozer pour raser les zones de non-droit, réminiscences de l’ancien monde.


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