Macky Sall-Idrissa Seck : Autopsie d’une relation faite de complexes et de haines…

Tout est dans cette phrase par laquelle Idrissa Seck a présenté Macky Sall à Khalifa Sall, alors ministre sous le régime d’Abdou Diouf, un jour de 1999: « Lui c’est Macky Sall, un de nos jeunes qui dirige la cellule des cadres. » Treize ans plus tard, par un de ces bouleversements dont l’Histoire a le secret, le « jeune » est devenu président de la République, coiffant au poteau le « grand » qui n’a même pas pu accéder au second tour de l’élection. Pour celui qui se rêvait quatrième président du Sénégal et le proclamait urbi et orbi, ce coup du destin a été un vrai choc.

Le premier contact entre Idrissa Seck et Macky Sall président, au domicile de ce dernier, à Mermoz, est révélateur du complexe de supériorité du premier envers le second. Idy a parlé à Macky comme s’il lui donnait des ordres, lui disant, en substance: « Il vous revient de choisir, au cours de votre mandat, que nous soyons alliés ou adversaires… Si vous me consultez avant de poser des actions, je les défendrai. Si vous ne me consultez pas, et que j’ai un point de vue contraire, je le donnerai… » C’est peut-être ce jour-là que le très politique Macky Sall a compris que les jours de son compagnonnage avec Idrissa Seck étaient comptés.

D’autant que, lorsque le nouveau président a voulu le placer à la tête d’une institution de la République, à l’image d’un Moustapha Niasse et, plus tard, d’un Ousmane Tanor Dieng, son vrai-faux allié lui a opposé un refus poli. Hors de question pour cet ego fort de se retrouver sous son « ex-boy » dans l’ordre protocolaire ! Pareil supplice lui est insupportable.

La méfiance s’est donc très tôt installée entre les deux hommes. De sorte qu’ils n’ont vraiment pas collaboré. En dehors d’un voyage qu’il a effectué, au lendemain de la chute de Kaddafi, auprès des autorités libyennes, dans le but de les inviter à financer des projets de développement au Sénégal, Idrissa Seck n’a pas été « utilisé » par Macky Sall.

Au bout d’un an, ce qui devait arriver arriva… La rupture intervint par un violent coup de sang du premier qui, comble du crime de lèse-majesté !, a choisi le jour du premier anniversaire de l’accession du second au pouvoir pour lui dénier tout bilan à travers les ondes télévisuelles et radiophoniques cumulées du groupe Futurs Médias.

Le vernis protocolaire de la vraie-fausse alliance a craquelé. Les haines enfouies au tréfonds des deux protagonistes ont fini par triompher des apparences. Idy ne pardonnera jamais à Macky d’avoir été, à la tête du ministère de l’Intérieur puis de la primature, l’un des hommes sur lesquels s’était appuyé Abdoulaye Wade pour le liquider. Macky ne pardonnera jamais à Idy de lui avoir pourri son mandat, mais aussi de l’avoir fait poireauter plus d’une année à la porte du gouvernement, au lendemain de l’alternance de mars 2000, malgré ses allées et venues au domicile de ce dernier, au Point E.

Aujourd’hui, la donne a changé et les cartes ont été redistribuées. Mais Idrissa Seck peine à voir en Macky Sall plus que ce « jeune » en quête de poste qui faisait le pied de grue chez lui, en compagnie d’Ousmane Masseck Ndiaye. Il lui a d’ailleurs rappelé, lorsque Macky a décrit la procédure de validation du traité de partage gazier signé avec la Mauritanie, qu’il n’a rien à lui apprendre, lui qui fut son chef au sein de l’Etat et du Parti démocratique sénégalais qu’ils partageaient.

De même, comme sous le coup d’un complexe mal refoulé découlant de leur passé commun, Macky Sall sur-réagit aux actes d’idy, trahit par cet excès une sur-estimation de son adversaire… Il suffit que l’opposant décoche une flèche pour que le chef de l’Etat monte lui-même au créneau afin de lui répondre. Non sans mettre en branle toute l’armada de ses boutefeux, de ses alliés en mal de reconnaissance, de ses affidés dans les médias…

Une mauvaise stratégie qui a fini d’installer dans l’opinion un face-à-face frontal entre les deux hommes. Le calcul cynique de l’opposant porte ses fruits, lui qui ne se trompe point de cible, multiplie les tirs groupés sur le chef de l’Etat pour susciter réactions et effet de comparaison. C’est la loi de Condorcet: pour être important, il faut s’attaquer à plus important que soi. Le défi lancé par Idy à Macky d’accepter un débat public avec lui est illustratif de cette stratégie.

Entre Macky Sall et Idrissa Seck, la bataille est lancée et sera de plus en plus sanglante. Si le chef de l’Etat part avec des avantages comparatifs certains, Seul Dieu, le maître des jours à venir, sait, au soir de l’élection de 2019, qui sortira victorieux de ce duel. Au-delà, le sang ne s’arrêtera pas de gicler dans ce combat à mort. Les deux hommes n’auront pas fini de solder tous les comptes.

Cheikh Yérim Seck
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