Martin Luther King a-t-il encouragé un viol ? La polémique fait rage aux Etats-Unis

Le leader des droits civiques américains, Martin Luther King, n’était pas le saint qu’on imagine, affirme son biographe David Garrow. Mais il ne fait pas l’unanimité.

Même les icônes sont mortelles. Elles ne sont plus, en tout cas, à l’abri d’une chute de leur piédestal. On a appris ainsi il y a quelques années que Gandhi, le héros de la décolonisation indienne, aimait partager son lit et ses baignoires avec des jeunes disciples – pour éprouver sa chasteté, disait-il.

Désormais, c’est au tour du plus honorable disciple du Mahatma, Martin Luther King, d’en prendre pour son grade. Vénéré pour sa lutte non-violente en faveur des droits civiques des Noirs américains, son magnifique discours « I have a dream », semi-improvisé le 28 août 1963, pour son prix Nobel de la paix l’année suivante et pour son martyre tragique, sous les balles d’un Blanc raciste en 1968, le pasteur King n’était peut-être pas l’homme irréprochable que l’on imagine.

Celui qui l’affirme n’est pas le premier venu, puisque l’historien David J. Garrow, 66 ans, a été récompensé par le prix Pulitzer en 1987 pour sa biographie de King (non-traduite en français). Mais le souci, c’est qu’il appuie ses dires sur des documents secrets du FBI.

Ragots crapoteux

On pourrait imaginer que puisque c’est le FBI et puisque c’est secret, c’est fiable. Mais c’est méconnaître la stratégie du maléfique J. Edgar Hoover, seigneur et maître du Bureau fédéral des 1924 à 1972. Tous ceux qui ont lu les romans de James Ellroy le savent : l’homme avait l’habitude de forger et propager des ragots crapoteux pour salir les personnalités qui dérangeaient les autorités, en mêlant des turpitudes réelles à de pures inventions.

Le FBI a ainsi massivement diffamé King afin que, désespéré, celui-ci finisse par se loger une balle dans la tête (ce qu’il n’a pas eu le temps de faire). Le Bureau a ainsi affirmé qu’il était un « communiste de cœur », ce qui aux Etats-Unis, vaut quasiment un passage sur le bûcher – imputation, en l’occurrence, récusée par Garrow.

Cette fois, ce n’est pas d’un choix politique du charismatique pasteur qu’il s’agit, mais d’agissements à caractère sexuel. Selon des documents du FBI, rapporté par Garrow au magazine britannique « Standpoint », l’homme, marié et père de famille, aurait eu une vie de « libertin » (l’adjectif est de Garrow) souvent alcoolisé, nouant des aventures avec une quarantaine de femmes, dont des prostituées, et organisant même des parties fines. De cette multitude de liaisons, serait même né un enfant adultérin, à Los Angeles.

Élément gênant

Le caractère coureur peut surprendre de la part d’un pasteur baptiste, mais il était déjà connu de ceux qui s’intéressent à King. Et au fond, il ne regarde que lui. Mais il est un élément gênant – s’il s’avère exact – qui a été exhumé par Garrow : une conversation (espionnée par des micros placés par le FBI) qu’il aurait tenue en 1964 dans un hôtel avec un autre pasteur baptiste, Logan Kearse.

King et Kearse, qui étaient accompagnés de paroissiennes, auraient ainsi discuté avec goguenardise pour savoir à laquelle d’entre elles « conviendrait à des actes sexuels naturels et contre-nature » – on laisse le lecteur imaginer ce que recouvre cette appellation.

L’une des paroissiennes ciblées a apparemment protesté contre la tentative de Kearse, ce qui ne l’a pas retenu. King aurait assisté à la scène à l’hôtel, ricané et même « proposé des conseils » au violeur en pleine action. Il aurait discuté avec plusieurs pasteurs sur la manière dont cette femme pouvait être « initiée » à des actes qu’elle ne désirait pas. Et King lui aurait même glissé que se soumettre à son violeur « sauverait son âme ».

Géant de l’histoire

Vrai ? Faux ? « J. Edgar Hoover doit bien rigoler dans sa tombe », a déclaré au « Post » Clarence B. Jones, qui fut l’avocat de King et, ulcéré, dément toutes ces allégations. La plupart des historiens interrogés par la presse anglo-saxonne trouvent aussi que les preuves présentées par Garrow – des résumés anonymes, écrits à la main, de retranscriptions de bandes d’écoute dont on ne sait même pas si elles existent encore – manquent de robustesse.

Martin Luther King dont, aujourd’hui encore, la mort est célébrée par un jour chômé aux Etats-Unis n’est pas une personnalité mineure, mais un géant de l’histoire yankee du XXe siècle. Salir la mémoire d’un homme aussi éminent sur la base de documents fragiles est, disent-ils, plus que léger.

L’affaire est en tout cas si sulfureuse que l’historien Garrow après avoir, en vain, proposé son papier à de nombreux titres de presse (dont le « Guardian ») a dû le faire atterrir dans « Standpoint », revue conservatrice et peu prestigieuse. Cela ne sert pas sa cause. 

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