Maux et mots d’une répression à venir à Ndingler : la linguistique prémonitoire du communiqué Macky-Aly Nouilles (Par Amadou Bâ)

Quelle ne fut ma joie à l’annonce de la restitution des terres aux paysans de Ndengler, qu’elle ne fut ma colère après la lecture du Communiqué scabreuse de Aly Ngouille Oryx, truffé de mises en garde sur la future ligne dure que sera celle du Gouvernement pour éviter l’effet papillon au niveau national.

Le Gouvernement n’a pas cédé, et tient à le faire savoir en utilisant des “mots” soigneusement choisis pour rappeler la main de fer dans le gant de velours.

Faisons de la linguistique politique pour décortiquer les germes d’une future radicalisation de l’État pour sécuriser, au delà de Ndengler, les investissements des lobbies de l’agrobusiness.
Oui Ndengler et les 300hectares de Sedima sont lilliputiens par rapport aux 10000 hectares de Afri Partners dans la Vallée du Fleuve annulés par la Cour suprême.

1) Dans le premier paragraphe, Macky minimise l’ampleur de la contestation.

Son communiqué nous dit qu’elle n’est ni d’ampleur, ni unanime puisqu’il n’y a relevé qu”une opposition d’une partie des habitants”. Autrement dit, le Gouvernement laisse entrevoir que les vociférations à Ndengler ne sont l’oeuvre que d’une minorité agissante et bruyante, mais l’oeuvre de tous les habitants du village, lesquels, dans leur grande majorité, seraient pour accueillir ce projet mirifique de Sedima qui leur procurera bien-être et travail.

Pour être plus clair, le communiqué sussure que la minorité agissante ne défend pas fondamentalement les intérêts de la majorité silencieuse, ou à tout le moins, n’en a pas reçu un mandat explicite.

2) Toujours dans ce premier paragraphe, le Communiqué insiste plus que de raison sur la localisation géographique de Ndengler, qui ne serait pas dans l’assiette foncière de Sindia qui a délivré l’affection à Sedima.
En mettant l’accent sur l’appartenance géographique de Ndengler à Ndiaguanio et l’arrondissement de Fissel, le Communiqué, de façon subliminale, donne raison et valeur à la cartographie satellitaire diffusée par Sedima qui incorpore les terres incriminées dans le village de Djilakh donc de Sindia et non de Ndengler.

Dans ce conflit de limes romains sur la frontière entre les deux villages pour situer géographiquement les champs disputés, le choix de Macky est clairement identifié.

Les revendications ancestrales des habitants de Ndengler sont contredites par Google earth, le nouveau cartographe mis à l’honneur par Sedima.

3) Dans le deuxième paragraphe, le Communiqué se fait plus clair sur les OBJECTIFS de la médiation de l’État et révèle en filigrane, les contours de la future solution définitive qui sera proposée ou imposée.

Aly Nouilles nous dit que les concertations engagées entre les paysans et Sedima poursuivaient deux buts:
D’abord, faire tout pour permettre aux paysans “l’accès” aux champs pour la campagne agricole. Voilà le couperet politique contre les demandes de restitution des habitants.

La médiation ne visait donc pas permettre aux paysans de “re-posséder” leurs terres, mais un vulgaire “accès” à celles-ci pour l’hivernage. Le ton est donné. Aucune médiation n’est en cours pour une quelconque “RESTITUTION” mais uniquement pour autoriser un vulgaire et précaire “DROIT D’ACCÈS”, provisoire et révocable après l’hivernage.

À l’inverse, s’agissant de Sedima, l’ambition et la volonté de l’État est des plus nobles et consiste à ” SÉCURISER ” ses investissements (by any means necesary). La timbale est décochée, Macky sera aux côtés de l’Agrobusiness et la sécurité de ses investissements mirobolants qui lui permettront d’atteindre les chiffres de l’autosuffisance alimentaire promis mais jamais réalisés.

Ce ton comminatoire ne laisse aucun doute sur une quelconque reculade à espérer dans la préservation du titre foncier Sedima.
Macky veut éviter l’effet de contagion. Si l’État cède à Ndengler et ses 70 hectares, Djilakh réclamera ses 224 hectares aussi; et c’est tout le montage financier de Sedima auprès des banques et Partenaires étrangers qui s’écroulera comme un château de cartes.

C’est cela la hantise de Macky; l’effet boomerang qui enflammera tout le Sénégal et fera fuir tous les lobbies de l’agrobusiness, les financiers sans scrupules des campagnes électorales.

4) Le quatrième paragraphe est l’insulte suprême.
Macky y montre une condescendance sans limite aux revendications paysannes.

Il les “invite” à retourner dans leurs “champs originels” pour seulement la campagne agricole en cours.
Donc leurs “champs originels” pour Macky, mais plus leurs “champs actuels” puisque Sedima en est devenu le Propriétaire LÉGAL, par la Volonté et Désir de son Décret qui lui a conféré un titre foncier, le graal de la propriété au Sénégal.

Et pour montrer que l’État n’a quasiment aucun moyen juridique de contrainte vis à vis de Sedima ou ne mettra pas en vigueur ces moyens, Macky “invite” seulement Sedima et non le “contraint” à stopper ses travaux sur cette partie de son titre foncier contestée par Ndengler pour permettre aux paysans un droit d’accès de pèlerinage hivernal sur leurs terres “originelles”.

Ce Communiqué devrait ébouriffer tous les défenseurs de notre souveraineté foncière face aux nouveaux prédateurs locaux et étrangers. Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde, disait justement Camus, et ce Communiqué est une déclaration de guerre en différé.

Si la mobilisation faiblit à Ndengler, cette solution provisoire d’accès aux champs et non restitution des terres spoliées sera l’Alpha et l’oméga de la doxa gouvernementale pour étouffer toutes les contestations à venir au niveau national.

Source : Amadou Bâ


PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom