jeudi, 19 septembre, 2019

Meghan Markle : mépris à caractère raciste sur la personne

L’ancienne actrice, épouse du prince Harry, fait l’objet d’attaques sous tous les prétextes dans la presse populaire britannique, qui lui reproche de manquer à l’étiquette. Des critiques qui laissent souvent entrevoir un arrière-fond raciste.

Pas assez distinguée, pas assez humble, pas assez royale, pas assez anglaise ou, disons-le franchement, pas assez blanche ? Meghan Markle, duchesse de Sussex, a tout faux. Elle sourit trop, ou pas assez. Se montre trop, ou pas assez. Se la joue trop, ou pas assez. L’ancienne actrice américaine, devenue membre de la famille royale britannique après son mariage avec le prince Harry, fait l’objet depuis plusieurs mois d’une campagne hostile de la presse populaire britannique. Campagne d’où transpirent de forts relents racistes.

La lune de miel est déjà terminée, un peu plus d’un an après le mariage aux allures de conte de fées de Meghan et Harry et trois mois après la naissance du petit Archie Harrison Mountbatten-Windsor. En cause ? La prétention supposée de Meghan, fermement décidée à protéger sa vie privée et à agir comme elle l’entend.

Parfaite Kate

La décision du couple de quitter le palais de Kensington, en plein Londres, pour aller s’installer dans un manoir (au nom trompeur de Frogmore Cottage) à Windsor avait déjà été lourdement critiquée. Notamment parce que les lieux ont dû être rénovés à grands frais, dont une grande partie payés par le contribuable britannique. Pourquoi donc le couple a-t-il choisi de s’exiler à au moins 25 kilomètres de l’autre couple royal hot du moment, le prince William, numéro 2 dans la ligne d’accession au trône et frère aîné de Harry, et son épouse, Catherine ? Pour la presse populaire, ça ne fait pas un pli. Le déménagement a évidemment été orchestré par Meghan Markle, forcément jalouse de sa belle-sœur. La parfaite Kate aux boucles et aux sourires impeccables a en effet tout bon. Elle s’est révélée royale comme il faut : sage, discrète, si bien élevée et si anglaise, ravie de couper des rubans ici et là.

Le choix du couple de ne pas autoriser les caméras de télévision au baptême de leur fils, de ne pas communiquer les noms des parrains et marraines, a aussi fait grincer des dents sur le thème : «Comment osent-ils, ces privilégiés, réclamer un minimum de vie privée ?» Et puis, le coup de grâce est arrivé ce mois-ci. Meghan Markle a eu l’outrecuidance d’être la rédactrice en chef invitée du numéro de septembre du luxueux magazine Vogue. La jeune femme de 37 ans, actrice vedette de la série américaine Suits et activiste convaincue avant son entrée dans la famille royale, a choisi la couverture du numéro. Et y a affiché les photos de 15 femmes issues du monde des arts, de la politique ou du sport, toutes activistes pour une cause ou une autre, photographiées par le célèbre Peter Lindbergh. Ces femmes représentent des «forces pour le changement», explique Meghan dans un éditorial. On y retrouve des personnalités aussi diverses que la jeune Suédoise militant pour la défense du climat Greta Thunberg, la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, ou encore l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. Et un seizième espace laissé libre, pour «vous encourager, vous, lecteur, à utiliser votre propre plateforme pour changer le monde»,écrit la duchesse.

Contrairement à la princesse Kate, qui avait accepté de poser sagement en une de Vogue il y a quelques années, Meghan Markle a préféré s’abstenir. «Mais pour qui se prend-elle ?» ont, en gros, résumé une bonne partie des habituels râleurs des médias populaires. Ils ont relevé une erreur fatale : la duchesse a presque commis un crime de lèse-majesté en ne proposant pas la photo de la reine Elizabeth II en une de Vogue. C’est vrai que comme «force du changement», la souveraine se pose là…

Tribunes assassines

Les critiques vont plus loin : elles se doublent de références douteuses à ses origines afro-américaines. La journaliste Sarah Vine, épouse de Michael Gove, tenant du Brexit et désormais numéro 2 du gouvernement de Boris Johnson, s’est fendue d’une série de tribunes assassines dans le Daily Mail (c’est sa spécialité). La dernière, intitulée «mon conseil à Meghan Markle : Nous, Britanniques, préférons les vrais royaux aux royaux de la mode» est une avalanche de conseils acides et condescendants teintés d’un venin et d’un racisme frappants. «En tant que membre prééminent de la Famille Royale [avec les majuscules, ndlr], vous allez devoir aussi apprendre à comment vivre avec le « great » public Britannique [re-majuscule]. Et ça, ma chère Meghan, représente sans conteste votre tâche la plus ardue.»

Depuis la révélation de sa relation avec Meghan, le prince Harry a mis en garde la presse britannique contre toute attaque raciste contre sa compagne. Depuis la mort tragique il y a vingt-deux ans de sa mère, la princesse Diana, dans un accident de voiture à Paris alors qu’elle était poursuivie par des paparazzis, le jeune homme a des relations tendues avec les journalistes. Dans le numéro de Vogue édité par sa femme, Harry, très engagé dans les questions environnementales, interviewe la célèbre éthologue Jane Goodall. Au détour de ses questions, il souligne «le préjudice inconscient» raciste souvent présent dans les esprits. «La manière dont vous avez été élevé, l’environnement où vous avez grandi, suggère que vous avez un point de vue – un point de vue inconscient – qui vous fait naturellement regarder quelqu’un d’une manière différente», dit-il, avant d’ajouter : «C’est à ce moment-là que vous devez vous interroger sur votre attitude.»

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