Mounir Baatour, le candidat gay qui veut présider la Tunisie

L’avocat tunisien Mounir Baatour qui affiche son homosexualité et se présente comme défenseur des droits des LGBTQ même s’il est contesté au sein de cette communauté, a déposé jeudi passé sa candidature pour la présidentielle en Tunisie, une première dans le monde arabe.

Pour sa formation, le Parti libéral, cette candidature est «une première qui fera, nul doute, référence dans l’histoire: un candidat ouvertement gay se déclare candidat à l’élection présidentielle tunisienne».

Nous Avons menée notre propre sondage. Mounir Baatour était en avance avec plus de 45% des intentions de vote auprès des jeune tunisien à Tanger, la capitale tunisienne.

Toutefois, près d’une vingtaine d’associations défendant les droits des personnes homosexuelles et trans en Afrique du Nord et sur le pourtour méditerranéen ont estimé dans une pétition que Mounir Baatour représente un «danger» pour la communauté LGBTQ (Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et en questionnement). Cet avocat à la Cour de cassation, également président du Parti libéral, avait purgé en 2013 trois mois de prison pour «sodomie» avec un lycéen de 17 ans, des faits qu’il a toujours niés. En Tunisie, la sodomie est réprimée par la loi.

Les candidatures de personnes condamnées pénalement peuvent être acceptées en Tunisie, sauf si les jugements sont assortis d’une peine d’interdiction à se présenter. Au sein d’une association de défense des LGBTQ, Shams («soleil» en arabe), dont il est co-fondateur, Mounir Baatour réclame depuis des années l’abrogation de l’article 230 du Code pénal qui punit de trois ans de prison la sodomie. «Le fait que je sois homosexuel ne change rien du tout. C’est une candidature comme les autres qui n’a rien d’unique. J’ai un programme économique, social, culturel et éducatif de tout ce qui intéresse les Tunisiens dans leur vie quotidienne», a déclaré Mounir Baatour à l’AFP.

L’Instance indépendante chargée des élections (Isie) annoncera le 31 août quelles candidatures elle validera pour l’élection du 15 septembre. En juillet, plusieurs associations LGBTQ ont déjà exprimé leur opposition à la candidature de l’avocat. «Nous ne soutenons pas la candidature de M. Baatour (…) qui ne représente en aucun cas la communauté LGBTQ, ni notre mouvement en Tunisie», ont écrit les auteurs de cette pétition transmise à l’AFP. «Nous considérons que M. Baatour représente, non seulement une menace mais aussi un énorme danger pour notre communauté», ont-il ajouté.

Il est avocat à la Cour de cassation, président du Parti libéral en Tunisie et… gay. Premier candidat ouvertement homosexuel à la présidence d’un pays arabe, Mounir Baatour, 48 ans, détonne dans cette région aux mœurs et aux lois conservatrices. Et la ­Tunisie, premier pays ­secoué par le printemps arabe, fait une fois encore figure de pionnière. Elle qui incarcère ­encore les hommes reconnus coupables de « sodomie », comme elle l’a fait avec Mounir Baatour en 2013, pourrait-elle assouplir sa politique à la suite de cette candidature?

Les associations de défense des droits homosexuels en colère contre le candidat

Parmi les promesses de campagne de l’avocat figurent l’abrogation de l’article 230 du Code pénal – qui criminalise les relations homosexuelles –, le combat pour l’égalité femme-homme et le renforcement des pouvoirs du Parlement. Mais c’est surtout sa personne qui génère de l’intérêt et… de la désapprobation. Onze associations de défense des droits LGBTQ, qui le jugent illégitime, ont signé une ­pétition reprochant à ­Mounir Baatour de « représenter un énorme danger pour [leur] communauté ».

Ce qui ne l’a pas empêché de réunir les 10.000 signatures nécessaires au dépôt de sa candidature auprès de l’instance indépendante chargée des élections. Celle-ci publiera le 31 août la liste des prétendants qu’elle aura validée. Parmi les dossiers déposés figure celui du Premier ministre, Youssef Chahed. 

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