Pédophilie : Un chirurgien français soupçonné de plus de 250 viols et agressions

Un chirurgien, qui a exercé à Vannes, Lorient et Quimperlé, dans les années 1990 et 2000, est renvoyé devant les assises de Saintes pour viols sur mineures. À l’intérieur de carnets terrifiants, les enquêteurs auraient retrouvé près de 200 noms d’enfants.

Un chirurgien de Jonzac (Charente-Maritime), qui a exercé en Bretagne, est en détention provisoire depuis mai 2017 pour des faits de viols et agressions sexuelles sur mineures à la maison d’arrêt de Saintes. C’est ce qu’a révélé, lundi 19 août, le quotidien La Charente libre.

Un premier procès doit se tenir d’ici la fin de l’année ou en début d’année prochaine, concernant quatre jeunes victimes, selon le journal Sud-Ouest. Une de ses nièces « âgée de 4 ans »dans les années 1990 ; une autre enfant de la famille, en Touraine ; une autre alors hospitalisée dans son service de Loches en Indre-et-Loire et une autre fillette par laquelle l’affaire est partie : une voisine de Jonzac, âgée de 6 ans à l’époque.

Le médecin pourrait être impliqué dans le plus grand scandale pédophile de France. Tenus depuis les années 1990, ses journaux intimes contiendraient plus de 200 noms, selon La Charente Libre. Autant de victimes potentielles. Il y racontait dans le détail et dessinait des abus sexuels, commis sur des enfants, mais aussi ses fantasmes.

250 victimes ?

Grâce à ces écrits, les enquêteurs remontent jusqu’à ces patients. Certains ont vécu des années sans savoir qu’ils avaient été abusés. C’est le cas de ce trentenaire morbihannais, contacté par la gendarmerie fin juin 2019. « On m’a dit que quand j’avais 11 ans, un médecin chirurgien avait abusé de moi, écrit-il sur un groupe qu’il a créé sur Facebook. Je me suis senti sali, très mal, et je pose des tas de questions sur mes blocages, mon caractère… Il a pris des notes personnelles sur des carnets sur chacune de ses victimes. » Son frère aurait lui aussi été contacté par la gendarmerie, victime du même chirurgien. Ensemble, ils ont créé un groupe pour tenter de rechercher et de rassembler les autres victimes. Actuellement, le groupe compte 39 membres. « On serait 250 personnes à avoir été victimes selon la gendarmerie. »

« Il écrivait beaucoup »

Incarcéré depuis mai 2017 à la maison d’arrêt de Saintes, à la suite d’une plainte pour viol sur une petite fille de 6 ans (sa voisine), le sexagénaire était spécialisé en chirurgie viscérale à l’hôpital de Jonzac de 2008 à 2017. Auparavant, il a officié en Touraine, mais aussi dans des hôpitaux bretons, notamment à Vannes, Lorient et Quimperlé. Il aurait exercé à Vannes de 1990 à 2004, à Quimperlé et Lorient de 2004 à 2008.

Il aurait agressé sexuellement des mineurs, parfois « en phase de réveil », lors de séjour à l’hôpital.

Si toutes ces pages noircies sont le récit de trente ans de pédophilies et non de fantasmes, ce serait l’un des plus gros scandales pédophiles en France.

Dans La Charente Libre, l’avocat saintais du docteur confirme l’existence de ces carnets et de noms inscrits. « Il écrivait beaucoup », avance à nos confrères Thibault Kurzawa, qui rappelle la présomption d’innocence de son client. Selon lui, il ne s’agit pas forcément d’aveux circonstanciés.

Y a-t-il autant de victimes que de noms ? C’est ce à quoi s’attellent les enquêteurs, notamment en Bretagne.

Poupées, perruques et sextoys à son domicile

Elle se fonde sur des carnets découverts chez lui en perquisition, où plus de 200 noms apparaissent, comme l’a révélé La Charente Libre. « Des dizaines de victimes potentielles ont été identifiées et entendues, pour des faits parfois très anciens », indique une source proche de l’enquête. Avec cette difficulté : « Toutes ne se souviennent pas de ce qu’elles ont subi, et certaines n’ont pas encore déposé plainte. »

Retour à Jonzac, il y a deux ans. Très vite, le soupçon d’une affaire d’exhibition sexuelle laisse place à celui de violences sexuelles sur sa petite voisine. Car l’enfant révèle des gestes perpétrés à travers le grillage, dont une pénétration, que corroborent les constatations médicales. En garde à vue, Joël Le Scouarnec – qui nie tout viol — admet son attirance pour les mineures et évoque sans détour sa première condamnation.

La perquisition de son domicile révèle qu’il possède de nombreux contenus pédopornographiques, mais aussi des poupées, cachées sous un plancher, des perruques, des sextoys… Et ces carnets, où il écrit et dessine, dont les titres évoquent sans ambiguïté des récits pédophiles : « Avec mes petites danseuses, mes lettres pédophiles, petite fille précoce, petites filles de l’île de Ré ».

De lui-même, lors d’un interrogatoire, le médecin avoue d’autres agressions sexuelles, commises notamment à l’époque où il exerçait à Loches, en Touraine. Certaines sur ses nièces et une voisine, d’autres sur des enfants hospitalisés dans son service – des scènes de ce type figurent dans ses carnets. Six victimes, nées entre 1977 et 1990, sont identifiées et localisées mais les faits sont prescrits pour trois d’entre elles. Les fillettes étaient âgées de 4 à 10 ans au moment des faits.

Pour l’heure, dans le cadre de l’instruction initiale, Joël Le Scouarnec n’a été que brièvement entendu sur ses carnets. « Il affirme qu’il s’agit d’écrits romancés de ses fantasmes, aussi nauséabonds soient-ils », rapporte son conseil. La localisation des personnes qui y figurent reste le premier défi posé aux enquêteurs de Poitiers.

Convaincue de l’existence d’autres victimes, Me Francesca Satta, avocate de la famille de la fillette de Jonzac, souligne aussi que « les faits remontent dans le temps » et qu’« il est parfois compliqué de vouloir entrer dans le processus judiciaire ».

Pierre, lui, se félicite que la chape de plomb sur ce dossier se fissure, afin que d’autres paroles se libèrent. Et se dit « fier » de sa petite fille : « Qu’elle ait réussi à parler, à dénoncer, c’est un exploit ! Sans elle, cet homme serait encore en liberté. »

Retrouver les autres victimes

Confronté à leurs témoignages, voire à des photographies qu’il a prises, Joël Le Scouarnec reconnaît les agressions sexuelles, pas les pénétrations. Une position qu’il entend défendre au procès, avance son avocat, Me Thibaut Kurzawa : « Il ne conteste pas le caractère déviant de son comportement. Il assume ses responsabilités et cherche à comprendre ses actes et à se soigner en prison. »

« Mon nom figurait dans ces cahiers »

Ouest-France a pu s’entretenir avec une victime potentielle mardi 20 août. La première, qui a près de trente ans aujourd’hui, réside près de Lorient. Elle a été contactée et auditionnée par les gendarmes fin juin. « Ils m’ont parlé de mon opération d’une péritonite en 2002 par ce chirurgien. » C’était à la polyclinique du Sacré cœur à Vannes. Elle avait alors 11 ans. « Mon nom figurait dans ces cahiers. Le passage me concernant raconte très en détails de quelle façon il m’a violée et sa déception de ne pouvoir recommencer car je ne suis pas seule. Je n’ai pas de souvenir de ces actes. Il y a beaucoup de questions auxquelles j’attend aussi des réponses. » Cette audition a été un « vrai choc » pour elle. « De voir l’ampleur que ça commence à prendre est un nouveau choc, ça rend l’horreur de ce qui s’est passé vraiment réelle. » Elle a déposé plainte pour viol sur mineure.

Une autre victime potentielle, qui avait été opérée par lui à l’hôpital Bodélio de Lorient en 2004, a été auditionnée en novembre 2018 par les gendarmes de Lorient.


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