Philippines : au moins 18 morts dans un attentat terroriste contre une cathédrale

Ce double attentat, dimanche, a frappé la cathédrale de Jolo, sur une île du sud des Philippines qui demeure un bastion de l’organisation islamiste Abou Sayyaf.

Au moins 18 personnes ont péri dimanche dans un double attentat contre la cathédrale de Jolo, sur une île du sud des Philippines qui demeure un bastion de l’organisation islamiste Abou Sayyaf. Cette attaque, revendiquée par l’Etat islamique (EI), est intervenue deux jours après l’annonce de l’approbation massive, lors d’un référendum lundi dernier, de la création dans le sud de l’archipel de la région autonome Bangsamoro, dans le cadre du processus de paix avec l’insurrection musulmane.

«Acte terroriste»

La première bombe a explosé pendant la messe à l’intérieur de la cathédrale de Notre-Dame du Mont-Carmel, située dans le centre de Jolo, la plus grande ville de l’île du même nom, a déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Gerry Besana, porte-parole régional de l’armée. Une seconde explosion s’est produite à l’extérieur, sur le parking, quand arrivaient les militaires pour aider les blessés. Des photos diffusées par l’armée montrent les portes et les fenêtres de la cathédrale pulvérisées, ses bancs retournés. Un photographe de l’AFP présent sur les lieux a aussi vu de nombreux corps jonchant le sol. Le porte-parole du président philippin Rodrigo Duterte a condamné «un acte terroriste».

«Nous poursuivrons jusqu’au bout du monde les cruels auteurs de ce crime ignoble jusqu’à ce que chacun des tueurs soit amené devant la justice et mis derrière les barreaux», a déclaré dans un communiqué ce porte-parole, Salvador Panelo. Le pape François a «fermement condamné» ce double attentat, «un épisode de violence qui endeuille à nouveau cette communauté chrétienne», a-t-il dénoncé depuis le Panama, où il participait aux Journées mondiales de la jeunesse.

Bastion d’Abou Sayyaf

Le chef de la police régionale Graciano Mijares a de son côté fait état de 20 morts et 81 blessés. La deuxième bombe se trouvait dans le coffre d’une moto garée à l’extérieur de l’édifice. Les autorités ont indiqué que l’attentat pourrait être le fait du groupe islamiste Abou Sayyaf. «Quand vous parlez de terrorisme dans la province de Sulu, le premier suspect est toujours Abou Sayyaf mais nous ne pouvons exclure la possibilité d’autres responsables», a déclaré M. Besana. L’île de Jolo est un des principaux bastions d’Abou Sayyaf. Spécialisée dans les enlèvements crapuleux, cette organisation est aussi accusée des pires attentats dans l’archipel, en particulier celui contre un ferry qui avait fait plus de 100 morts en 2004.

Créé dans les années 1990 grâce aux financements d’un membre de la famille du chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden, Abou Sayyaf est une ramification extrémiste de l’insurrection séparatiste musulmane. Jolo fait partie de la région autonome Bangsamoro dont la création sur un territoire à majorité musulmane – alors que l’archipel est majoritairement catholique – vise à rétablir la paix après des décennies d’un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts. Le principal groupe rebelle, le Front Moro islamique de libération (Milf), avait signé en 2014 un accord de paix avec le gouvernement prévoyant d’octroyer l’autonomie à la minorité musulmane dans certaines parties de la grande île de Mindanao et des îles de l’extrême sud-ouest.

Le groupe local Abou Sayyaf montré du doigt

Dans un communiqué, le groupe État islamique (EI) a affirmé que deux kamikazes s’étaient fait exploser à l’intérieur de l’église et dans le parking à l’extérieur, selon le Centre américain spécialisé dans la surveillance de la mouvance djihadiste (SITE). Or, selon l’armée, la deuxième bombe se trouvait dans le coffre d’une moto garée à l’extérieur de l’édifice.

Dans un premier temps, les autorités avaient avancé la piste du groupe islamiste local Abou Sayyaf. «Quand vous parlez de terrorisme dans la province de Sulu, le premier suspect est toujours Abou Sayyaf, mais nous ne pouvons exclure la possibilité d’autres responsables», avait déclaré le lieutenant-colonel Besana. Spécialisée dans les enlèvements crapuleux, cette organisation est aussi accusée des pires attentats dans l’archipel, en particulier celui contre un ferry qui avait fait plus de 100 morts en 2004. Créé dans les années 1990 grâce aux financements d’un membre de la famille du chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden, il s’est depuis scindé en plusieurs factions dont certaines ont prêté allégeance à l’EI.

L’an dernier, le président Duterte avait décrété la loi martiale dans le sud du pays, après la prise de la ville de Marawi par des djihadistes se réclamant de l’EI en mai 2017. En septembre 2016, quinze personnes avaient été tuées dans un attentat à Davao, localité d’origine du président Rodrigo Duterte qu’il a longtemps dirigée, imputé au groupe islamiste Maute qui a prêté allégeance à l’EI.

Une insurrection qui a fait 150.000 morts

L’attaque de dimanche intervient deux jours après l’annonce de l’approbation par référendum de la création d’une région autonome dans le sud, en application de l’accord de paix conclu en 2014 avec les rebelles musulmans pour tourner la page de décennies d’une insurrection meurtrière. Des musulmans avaient pris les armes dans les années 1970 pour réclamer l’autonomie ou l’indépendance du sud des Philippines qu’ils considèrent comme leur terre ancestrale. Cette insurrection a fait 150.000 morts.

Le principal groupe rebelle, le Front Moro islamique de libération (Milf), avait signé en 2014 un accord de paix avec le gouvernement prévoyant d’octroyer l’autonomie à la minorité musulmane dans certaines parties de la grande île de Mindanao et des îles de l’extrême sud-ouest. Conformément à cet accord, 2,8 millions d’habitants de cette région ont été appelés lundi dernier à voter et 1,7 million se sont prononcés en faveur de la création de la nouvelle région autonome, a fait savoir vendredi la commission électorale.

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