Pour avoir tué plus de 400 mille américains, les opioïdes à l’origine d’un procès-fleuve dans l’Ohio

Faute d’un accord entre l’industrie pharmaceutique et les plaignants, un procès d’envergure regroupant 2.300 plaintes débute ce lundi à Cleveland (Ohio) pour déterminer les responsabilités dans la crise des médicaments opiacés. L’épidémie a causé la mort de 400.000 personnes aux Etats-Unis ces vingt dernières années.

A défaut d’accord, le tribunal jugera. Ce lundi s’ouvre à Cleveland (Ohio) le premier procès fédéral de la crise des opioïdes. Il regroupe les plaintes de 2.300 parties – des collectivités locales, des hôpitaux, des tribus indiennes -, qui accusent des laboratoires pharmaceutiques et des distributeurs d’avoir favorisé la diffusion massive de médicaments anti-douleur. Des traitements qui ont, en vingt ans, provoqué la mort de 400.000 personnes devenues dépendantes.

Le juge Dan Polster aura la lourde tâche de mener les débats, alors que la sélection de douze jurés a eu lieu en fin de semaine dernière. Les plaintes de deux comtés de l’Ohio, particulièrement touchés par les overdoses, seront examinées en premier pour tester le déroulement du processus.

Solder les contentieux

Jusqu’au bout, les parties prenantes ont cherché la voie d’un règlement global à l’amiable, encouragées d’ailleurs par le juge Polster. Deux laboratoires pharmaceutiques (Johnson & Johnson et Teva) et trois distributeurs de médicaments (Amerisource Bergen, Cardinal Health et McKesson) étaient prêts, selon la presse américaine, à mettre sur la table quelque 50 milliards de dollars pour solder les contentieux. La somme aurait été versée en cash et en médicaments sur une période de dix-huit ans. J & J a d’ailleurs négocié, de son côté, un accord avec les deux comtés de l’Ohio, avec un chèque de 20 millions de dollars. Un pharmacien, Walgreens Boots Alliance, est également visé par les plaintes.

L’âpre combat de l’Amérique contre les opioïdes

Si elles estiment toujours avoir respecté les règles en vigueur pour commercialiser leurs médicaments, ces entreprises voudraient tourner la page du scandale et redoutent l’incertitude liée à un procès. En août, le laboratoire Johnson & Johnson a de fait été condamné à une amende de 572 millions de dollars dans un premier procès intenté par l’Oklahoma – le groupe a d’ailleurs décidé de faire appel. Deux autres laboratoires (Purdue Pharma et Teva) avaient préféré négocier avec l’Etat et ont accepté de payer respectivement 270 et 85 millions de dollars. Depuis, Purdue Pharma, fabricant de l’OxyContin, s’est de son côté placé sous le régime des faillites dans le cadre d’un large accord avec une multitude de plaignants.

Traitements coûteux

Les collectivités locales et les hôpitaux dénoncent dans leurs plaintes des pratiques commerciales agressives de la part des laboratoires et le laxisme de certains distributeurs. Et veulent être indemnisés pour les traitements coûteux des malades dépendants aux opioïdes.

Selon la presse américaine, les tentatives de règlement à l’amiable ont notamment achoppé sur l’usage des fonds d’indemnisation, et en particulier leur répartition entre le niveau local et les Etats. Le niveau de rémunération des avocats aurait également créé des tensions. Il n’est toutefois pas exclu qu’un accord soit trouvé au cours des débats, alors que le procès doit durer plusieurs mois. 

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