Rattrapée par ses textos, les chances de Gertrude Bourdon, pour dénonciation contre sa vie privée, sont minces

Embarrassée par des textos compromettants, la candidate libérale Gertrude Bourdon, que Philippe Couillard promet à la tête du ministère de la Santé, croit avoir été « piégée » par la CAQ et l’entourage de François Legault.

L’ex-PDG du CHU de Québec, qui s’est sentie « attaquée » par tout ce qui s’est dit et écrit à son sujet depuis une semaine, reproche à l’entourage de M. Legault d’avoir diffusé « des échanges privés » qui auraient dû « rester privés », a-t-elle répété, en déplorant que sa « liberté » ait été « bafouée ».

L’énoncé

Gertrude Bourdon affirme que sa « liberté individuelle est bafouée », car « des échanges privés doivent rester privés ». L’entourage du chef libéral Philippe Couillard a généreusement fait circuler, hier, de larges extraits du Code civil. Plusieurs éléments du chapitre sur le « respect de la réputation et de la vie privée » pointent vers le cas de Mme Bourdon. Ainsi, « utiliser une communication privée » avec une personne, ou encore « sa correspondance, ses manuscrits ou ses autres documents personnels » sont des actes qui « peuvent être notamment considérés comme des atteintes à la vie privée », indique le texte de loi. Est-ce le cas ici ?

Les faits

Pour en avoir le cœur net, L’Heure juste a consulté son vaste réseau d’experts éclairés sur une quantité phénoménale de sujets.

Professeur de droit à l’Université de Montréal, Pierre Trudel estime que « les probabilités de succès seraient très faibles » si Mme Bourdon décidait de poursuivre la CAQ pour atteinte à sa vie privée.

Son cas est un bon exemple de situation où l’intérêt public peut justifier la publication d’échanges de ce type entre deux parties, selon M. Trudel.

« Le public a un intérêt légitime à être informé de ses façons de faire ou, dans ce cas-ci, de la teneur de conversations qui, d’après ce que j’en comprends, portaient sur un projet de se présenter avec un parti, avant qu’elle décide d’en choisir un autre », dit-il.

M. Trudel croit que les chances qu’un tribunal conclue que ces informations sont d’intérêt public « sont très fortes ».

« Ça permet au public d’évaluer la sincérité de la personne ou comment elle a réfléchi son engagement dans la vie publique », estime-t-il.

Les caquistes ne sont pas les seuls à diffuser à l’occasion des textos.

En février, le ministre de la Santé Gaétan Barrette, qui deviendra président du Conseil du trésor si les libéraux sont réélus, avait diffusé un échange de messages entre le chroniqueur et ex-député péquiste Bernard Drainville et lui.

« Je ne sais pas qui a piégé qui, mais moi, ce que je dis, c’est que la vérité a ses droits », a répliqué le chef caquiste François Legault, depuis Saint-Amable, où il faisait campagne samedi.

M. Legault a aussi justifié le coulage des conversations privées effectué par son équipe. « C’est exceptionnel, mais […] je vais laisser les Québécois juger de sa façon de se comporter », a-t-il lancé lors d’une mêlée de presse.

« L’occasion de marquer l’histoire »

Dans un échange de textos avec Mme Bourdon dont notre Bureau parlementaire a obtenu copie, le chef de cabinet de François Legault, Martin Koskinen, a écrit, le 16 août : « Je crois sincèrement que nous aurons l’occasion de marquer l’histoire. »

Mme Bourdon, qui se savait sollicitée par la CAQ, a alors répondu : « Je le crois aussi. »

Deux jours plus tard, elle rencontrait M. Legault chez lui, à Montréal, pour lui annoncer qu’elle ne porterait pas les couleurs de la CAQ. Le jour même, La Presse écrivait pourtant sur Mme Bourdon comme si sa candidature avec l’équipe de François Legault était chose faite.

Le droit de magasiner

« Je voudrais simplement dire aux citoyens du Québec que vous avez le droit de comprendre, d’analyser et de faire votre choix libre le 1er octobre. […] Vous comprenez que, comme citoyenne, j’ai pu me sentir piégée », a déclaré Mme Bourdon, samedi matin, en marge du dévoilement d’engagements en santé aux côtés de Philippe Couillard.

Lors de l’annonce de sa candidature avec les libéraux dans Jean-Lesage, vendredi, Mme Bourdon disait pourtant qu’elle n’avait « rien négocié avec personne ». « J’étais en échange, en discussion avec M. Legault », a-t-elle assuré, en expliquant qu’elle voulait simplement « comprendre c’est quoi, la bibitte ».

« Vous l’avez lu le texto. J’ai dit, oui, on va marquer l’histoire. À ce moment-là, je savais […] que j’allais rencontrer M. Legault pour lui dire que je n’irais pas à la CAQ », a indiqué Mme Bourdon, samedi.

 

Source: journaldemontreal.com

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