Saad Hariri à Paris : succès diplomatique de la France

Ancien élève de l’École spéciale militaire de St-Cyr puis de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d’un master II en relations internationales et stratégie sur la question des Chrétiens d’Orient, de leurs diasporas et la géopolitique de l’Égypte.. Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Cette année, il publie La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie aux éditions du Cerf.

Saad Hariri doit arriver samedi dans sa résidence parisienne. Sa libération, depuis Riyad, constitue un vrai succès pour la diplomatie française.

 On connaissait l’efficacité de l’ancien ministre de la Défense de François Hollande. Les bonnes relations qu’il cultive au Caire, à Abu Dhabi et dans toute la région, ne sont un mystère pour personne. Les autorités françaises ont été très prudentes, parlant modestement d’une «invitation de quelques jours». Ils ont pris leur temps et relayé sans état d’âme la version officielle selon laquelle Saad Hariri était libre de ses mouvements. Bref, la France au Levant n’est plus dans le spectacle et les anathèmes d’un Laurent Fabius. Elle n’est plus dans les effets d’estrade et les moulinets en conférence de presse. Elle s’est réveillée après les 18 mois de sommeil de Jean-Marc Ayrault. Et elle est efficace.

Entre la discrétion de Jean-Yves Le Drian et la séduction d’Emmanuel Macron, le couple exécutif fait, pour le moment, un sans-faute au Moyen-Orient

Entre la discrétion de Jean-Yves Le Drian et la séduction d’Emmanuel Macron, le couple exécutif fait, pour le moment, un sans-faute au Moyen-Orient. Lequel contraste avec le marécage des questions européennes. Emmanuel Macron a parfaitement saisi le tempo de la crise en se déplaçant aux Émirats auprès de Mohamed Ben Zayed, très influent auprès de Mohamed Ben Salmane. L’inauguration du Louvre d’Abu Dhabi a été l’occasion de négocier un passage à Riyad pour rappeler les Saoudiens à la raison.

La France a su capitaliser sur ses relations historiques à Beyrouth. Michel Aoun est venu récemment en visite à Paris et, coïncidence, le patriarche maronite Bechara Boutros Rahi, un ami de la France, s’est discrètement déplacé en Arabie. Le ministre des affaires étrangères lui a ensuite succédé pour garantir le dénouement de la crise.

La France récolte les fruits de sa nouvelle doctrine diplomatique au Moyen-Orient. Sa position plus équilibrée entre sunnites et chiites lui donne de l’air. La prochaine visite du Président, annoncée en 2018 à Téhéran, a sans doute fait réfléchir le prince héritier des Saoud. D’autant que la France ne méprise ni Donald Trump ni Vladimir Poutine. Elle était donc en mesure de recevoir le soutien de Moscou et de Washington au Conseil de Sécurité de l’ONU dans cette affaire. Elle réussit l’exploit de maintenir des relations avec le Qatar et l’Égypte, avec Mohamed Ben Salmane et Hassan Rohani. Et partant, elle s’est rendue indispensable dans ce Moyen-Orient où tout est compliqué mais rien n’est jamais irréversible et définitif. Le Liban est un pays où il faut parler avec tout le monde, sans a priori. Et saisir les opportunités.

Pour l’Élysée, la prochaine étape est de ramener Saad Hariri à Beyrouth pour qu’il démissionne en bonne et due forme.

Pour l’Élysée, la prochaine étape est de ramener Saad Hariri à Beyrouth pour qu’il démissionne en bonne et due forme.

Car le premier ministre a perdu sa crédibilité et sa capacité à diriger son gouvernement. Le Liban ne peut plus rien attendre de lui. Pour le Président Michel Aoun, qui s’est montré à la hauteur pendant la crise, il s’agit de trouver un nouveau premier ministre sunnite (comme le veut la règle) qui puisse faire l’intérim jusqu’aux élections législatives de 2018, en réunissant une coalition la plus large possible.

Le clan Hariri est désormais très affaibli et il faut écarter l’hypothèse d’un remplacement par un des frères de Saad. La compagnie de BTP (Saudi Oger) qui était le socle du pouvoir familial à Beyrouth est en faillite. Il reste aux clans sunnites à se réorganiser et à trouver un nouveau chef de file.

En attendant, la France est au centre du jeu. Elle a rendu au Liban sa dignité. Paris doit maintenant l’aider à tourner la page Hariri.

PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom