Sénégal : Voici la “mafia” du fer à béton et ses conséquences sur les bâtiments

La «Mafia» autour de la commercialisation du fer à béton de mauvaise qualité constitue de nos jours, une bombe a retardement qui expose la vie des habitants, en fragilisant les immeubles au Sénégal. Ce deal à haut risque contribue aussi à enfler le taux de chômage en contraignant les entreprises formelles du secteur de l’acier vers la faillite, Une situation alarmante mise à nue.

Interviewé par l’Observateur, Ibrahima Sarr, responsable de la métrologie à la direction du commerce intérieur, fait des révélations  : “En 2016, il y avait une anarchie dans le secteur de l’acier. Beaucoup d’entreprises diminuaient le diamètre et la longueur du fer à béton, de 12 m jusqu’à 8 m. Au lieu d’une tonne de fer, ils donnaient 450 ou 500 kg. La tonne de fer béton était même vendue à 170 000 FCFA. Mais le consommateur ne voyait que du feu, car ne pouvant vérifier le tonnage.

“Maçons et entrepreneurs conseillaient même au consommateur de ne pas acheter du fer local. Parce que la qualité n’y était pas.” Poursuit t- il.

Selon Sarr, “Le gouvernement nous a instruits de mettre fin à cette anarchie et de proposer une réglementation. Nous avons mis en place un arrêté inter-ministeriel en 2016 qui stipule que le fer a béton doit être de diamètre normalisé et de longue 12m. C’est-à-dire qu’on ne peut pas faire du 5/5 pour les 7/6. Ce sont les diamètres normalisés 6, 8, 10, 12, 14, etc. Et quand vous importez du fer, on vous demande de faire la déclaration. On fait des prélèvements sur le fer à béton qu’on amène au Laboratoire qui atteste que le fer est conforme à la réglementation sénégalaise. Ainsi, on vous donne un certificat de conformité. Un document que vous présentez à la Douane pour pouvoir retirer votre fer. Sans ce document, le dédouanement est impossible. On a eu à bloquer au Port de Dakar 600 mille tonnes de fer pour une valeur marchande de 2 milliards de FCa, en 2017. Parce que le propriétaire a triché sur les longueurs. Nos services ont Saisi le fer et demandé sa réexportation.

Pour Ibrahima Sarr “Les gens savent que s’ils ne respectent pas la réglementation du diamètre et la longueur, ils s’exposent à des sanctions. Il y a une entreprise où on a saisi plus de 100 tonnes de fer en 2017, en raison de 400 000 FCfa la tonne. Non seulement elle a payé une amende, le tribunal nous a donné l’autorisation de confisquer le fer qui a été vendu, l’argent mis dans les caisses de l’Etat.”

“Chaque importateur a une marque distinctive qui nous permet de faire la traçabilité. On lui demande de mettre son Nom sur le fer pour qu’en cas d’infraction, on puisse remonter a la source. Le gros problème du fer, ce sont les exonérations, la mafia qu’on entend. Quand vous êtes éligibles à des exonérations et vous voulez investir au Sénégal, vous demandez à l’Etat d’exonérer les travaux de votre siège d’entreprise. Et quand vous avez besoin de 100 tonnes de fer pour faire votre édifice, vous demandez 250 à 300 tonnes de fer à béton. L’Etat vous exonère tout le matériel: ciment, fer, etc. Vous commandez les 300 tonnes de fer, mais consommez les 100 tonnes. Les 200 tonnes restantes, vous les revendez sur le marché. Ainsi, vous ne pouvez pas concurrencer un industriel qui a payé tous les droits pour le transfert.” poursuit-il.

Les autorités doivent donc revoir le problème des exonérations qui entraînent des pertes économiques. C’est très difficile de traquer ces gens-là. Beaucoup d’immeubles se Sont effondrés et il y’a eu des pertes en vies humaines.»


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