SIDA : des chercheurs de Pasteur sont parvenus à éliminer des cellules infectées par le virus

SIDA – Une équipe de l’Institut Pasteur a publié des travaux qui permettent d’envisager dans le futur une possible rémission des patients contaminés par le virus

Les traitements actuels contre le VIH sont à prendre “à vie” car les antirétroviraux ne parviennent pas à éliminer les réservoirs du virus logés dans les cellules immunitaires.

Empêcher l’infection des cellules

Les chercheurs ont remarqué que le virus n’infectait pas tous ces lymphocytes T CD4 et, jusqu’ici, ils ne comprenaient pas pourquoi. Dans cette étude, ils sont parvenus à identifier les caractéristiques des lymphocytes T CD4 qui se font préférentiellement infecter par le virus, et dont l’activité métabolique permet au virus de se propager.

Ces cellules ont la particularité de consommer davantage de glucose pour produire de l’énergie. Les expériences ont montré que plus l’activité métabolique de la cellule est forte, plus sa consommation en glucose est élevée, et plus elle est susceptible d’être infectée par le VIH. D’où l’idée des scientifiques de bloquer l’activité de ces lymphocytes, ceux qui se font préférentiellement infecter par le virus. Quand leur activité est bloquée, ces cellules résistent à l’infection et, à terme, cela permet d’éliminer le VIH. En laboratoire, les lymphocytes sont parvenus à bloquer l’infection grâce à des inhibiteurs d’activité métabolique, déjà explorés en cancérologie.

Ces travaux représentent un pas important vers la considération d’une rémission possible grâce à l’élimination des cellules réservoirs.Communiqué de l’Institut Pasteurà franceinfo

“C’est une première étape intéressante mais nous ne sommes pas au stade où ça peut être applicable à l’homme dans un futur proche. Il faut poursuivre les recherches et cette publication est un espoir supplémentaire” vers une guérison du sida, a réagi sur franceinfo le spécialiste des maladies infectieuses et professeur à l’hôpital Saint-Louis à Paris, Jean-Michel Molina. Ces travaux “sont extrêmement importants car ils apportent des informations tout à fait intéressantes sur les cellules réservoirs du virus qui, chez les personnes sous tri-thérapie, persistent malgré le traitement, et qui obligent les personnes à prendre le traitement toute leur vie.”

La marche vers la guérison encore “très haute”

Pour autant, souligne le Pr Jean-Pierre Molina, la marche reste “très haute”avant une possible guérison du VIH. “On n’en est pas là encore aujourd’hui. C’est une première étape importante qui ouvre la voie à des progrès futurs mais on est loin d’une application à l’homme, même si on a une piste tout à fait intéressante.” Les limites, selon Jean-Pierre Molina, tiennent notamment au fait que les travaux ont été “menés en laboratoire sur des cellules qui sont infectées de façon artificielle par le virus, même si les résultats ont été également observés sur des cellules de patients manipulés en laboratoire.” “Ça laisse entrevoir des pistes intéressantes”, assure-t-il, “mais il va falloir confirmer, en laboratoire puis chez l’homme”.

Des essais cliniques pas avant “quelques années”

Les chercheurs de Pasteur ont réussi “ex vivo” (sur des cultures de cellules) à bloquer l’infection grâce à des molécules inhibitrices de l’activité métabolique déjà utilisées en cancérologie. “On a vu dans notre travail que les cellules qui s’infectent par le VIH ont des caractéristiques d’un point de vue énergétique qui ressemblent aux cellules tumorales, donc on pourra utiliser les mêmes types d’outils”, explique le chercheur Asier Saez-Cirion.

La prochaine étape pour l’équipe de Pasteur va consister à “identifier les molécules qui nous donnent un effet optimal, après il faut passer à des essais pré-cliniques dans des modèles et en utilisant l’expérience en cours sur les essais cliniques dans le traitement de certains cancers pour choisir des molécules qui soient tolérables par le patient et efficaces”, selon le chercheur.

Ces travaux constituent un pas vers une possible rémission pour les patients (on ne détecte plus de cellule infectée) grâce à l’élimination des cellules réservoirs. Mais “il faudra sans doute quelques années avant qu’on puisse commencer à vraiment tester ces approches dans un vrai essai clinique de phase 3 qui pourrait nous donner un résultat sur l’efficacité”, précise Asier Saez-Cirion.


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