Sous l’apartheid, Billy Monk immortalisait les nuits underground de l’Afrique du Sud

Dans les années 1960, le photographe aux mille vies baladait son appareil photo dans les bulles de résistance à l’Apartheid.

Le photographe Billy Monk semble avoir vécu mille vies. The Container, la galerie tokyoïte qui présente l’exposition “Defiance and Decadence Under Apartheid”, comprenant une vingtaine de ses œuvres inédites, raconte qu’il fut tour à tour “restaurateur, mannequin, braconnier d’écrevisses, contrebandier, petit criminel, plongeur de diamants et, pendant quelque temps, videur de la célèbre boîte de nuit underground ‘The Catacombs'”.

Figure légendaire des nuits sud-africaines, Billy Monk compile les mystères. On ignore sa date de naissance et les circonstances de sa mort, survenue en 1982 alors qu’il se rendait à sa première expo solo, restent fumeuses. Il se raconte que son assassinat serait lié à une histoire de trafic de diamants.

Dans les années 1960, l’Afrique du Sud est secouée par les conséquences de l’apartheid, qui régit le pays depuis plus de dix ans. En mars 1960, 69 manifestants noirs sont tués lors du massacre de Sharpeville, un épisode de brutale répression policière.

Billy Monk n’était pas photoreporter ; cependant ses images de la nuit sud-africaine, des concerts de jazz et des soirées de débauche partagées par Noirs et Blancs sont des sujets de société tant elles nous plongent dans les bulles de résistance formées par celles et ceux qui refusaient ce régime raciste.

Le photographe immortalisait sans différence “des chalutiers tout sourire et des prostituées, […] un marin alcoolisé […] ou une étudiante des beaux quartiers venue se dévergonder”, raconte Craig Cameron-Mackintosh, le directeur de la collection Billy Monk. Les images, montrant des Noirs et des Blancs, étaient interdites de diffusion pendant l’apartheid.

Près de cinquante ans plus tard, les monochromes de Billy Monk ont droit à une seconde chance. Ses photographies sont toutes aussi décadentes et explosives qu’à l’époque, mais leur joyeuse façade rappelle cependant une sombre portion de l’Histoire.


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