Toumaï confirme que nous sommes tous des Africains

En 2002, la Mission paléoanthropologique franco-tchadienne (MPFT) décrit Toumaï. La découverte de cet hominidé de 7 millions d’années (7 Ma) montre tout le chemin parcouru depuis l’introduction par Jean-Baptiste de Lamarck, au début du xixe siècle, de l’idée qu’une espèce peut évoluer. Après Lamarck, la notion de l’existence d’autres formes humaines que la nôtre ne s’est imposée qu’avec la mise au jour en 1856 en Allemagne du premier fossile de Néandertalien. Trois ans plus tard, en 1859, Charles Darwin publia son œuvre magistrale et visionnaire Sur l’origine des espèces par la sélection naturelle, une véritable théorie de l’évolution. Puis, en 1871, dans son ouvrage L’Ascendance de l’homme, il affirma en outre l’existence de liens de parenté entre l’homme et les grands singes africains. Constatant que les genres Gorilla et Pan (chimpanzés) sont les plus proches du genre Homo, il estima, en quelque mesure, plus probable que nos premiers ancêtres hominidés aient vécu sur le continent africain qu’ailleurs. Cette prédiction de Darwin sera progressivement vérifiée par la paléontologie humaine puis finalement par la biologie moléculaire.

Ainsi, en 1967, Allan Wilson et Vincent Sarich de l’université de Californie, à Berkeley, démontrèrent notre très grande proximité génétique avec les chimpanzés : ils établirent que moins de 2 % de leur ADN diffèrent du nôtre. Cette proximité traduit le fait que les hominidés (la famille humaine) partagent un ancêtre commun avec les panidés (la famille chimpanzée).

La confirmation paléontologique de la prédiction de Darwin vint bien plus lentement. Dans le cadre de la quête de notre ancêtre, les découvertes de fossiles humains se sont succédé dès la fin du xixe siècle : d’abord en Europe (Néandertaliens, Cro-Magnon) ; puis en Asie (Homo erectus). En 1925, Raymond Dart décrit en Afrique du Sud l’enfant de Taung (2,5 millions d’années), le tout premier australopithèque connu (Australopithecus africanus). Enfin, en Afrique orientale, les nouvelles découvertes s’accumulent pour des âges compris entre 2 et 6 Ma  : Paranthropus boisei (2,4 Ma) en 1959, Paranthropus aethiopicus (2,3 Ma) en 1967, puis Lucy (3,2 Ma) en 1974 et ses frères pour la nouvelle espèce Australopithecus afarensis en 1978.

La communauté paléoanthropologique internationale prend alors conscience que notre histoire s’enracine profondément en Afrique. La distribution géographique singulière des australopithèques (Afrique australe et orientale), associée au fait que les plus anciens connus sont tous est-africains (3,6 Ma, Laetoli en Tanzanie), conduit Yves Coppens à proposer, en 1982, le paléoscénario East Side Story, c’est-à-dire l’idée que les préhumains bipèdes ont évolué dans une savane originelle située à l’est du Grand Rift africain.

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