Trafic de bois précieux au Sénégal : Un Suisse, complice de Yahya Jammeh, a dépouillé les forêts de la Casamance

Le citoyen helvétique Nicolae Bogdan Buzaianu aurait exporté illégalement 315 000 tonnes de bois de rose en provenance de la région méridionale de Casamance.

C’est l’ONG Trial International, créée en 2002 à Genève, qui a déclenché l’alerte en adressant en juin 2019 une dénonciation pénale au ministère public de la Confédération. Elle accuse un homme d’affaires suisse, Nicolae Bogdan Buzaianu, domicilié dans le canton de Fribourg, d’avoir abattu illégalement en Casamance, entre 2014 et 2017, 315 000 tonnes de bois précieux. Soit un business juteux de 163 millions de dollars. Il aurait été organisé avec la complicité de l’ancien président de Gambie, Yahya Jammeh, contraint de fuir son pays en 2017, après sa défaite aux élections présidentielles. Trial International n’a rendu publique cette dénonciation qu’en mars, afin de « donner à l’autorité de poursuite pénale le temps nécessaire pour examiner les preuves et prendre des mesures décisives à l’encontre de M. Buzaianu ».

Licence d’exportation du bois de rose

Toutefois, cet homme d’affaires d’origine roumaine, naturalisé suisse, semble avoir quelque peu déserté Fribourg pour Nicosie, à Chypre. Que lui reproche-t-on exactement ? Nicolae Bogdan Buzaianu aurait possédé la moitié de la société gambienne Westwood, via BP Investment Group FZE, une société basée à Dubaï. L’autre moitié serait détenue par l’ancien président gambien Yahya Jammeh, via l’entreprise Kanilai Worni Family Farms. Westwood obtient une licence exclusive pour exporter du bois de rose. Un bois tropical précieux très prisé en ébénisterie, en particulier en Chine (le principal importateur). C’est une espèce protégée. Le problème, c’est que cette essence rare a disparu de Gambie.

Financer la guérilla

Qu’à cela ne tienne, Westwood va se servir chez les voisins en Casamance, région sénégalaise en proie à un conflit armé. Pour cela, elle traite avec le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), qui tient des portions de territoire. Celui-ci a besoin d’argent pour entretenir la guérilla. « Exploiter des ressources naturelles issues d’une zone de conflit porte un nom : il s’agit de pillage. Et aux yeux du droit international humanitaire, le pillage constitue un crime de guerre », dénonce Montse Ferrer, conseillère juridique senior et coordinatrice responsabilité des entreprises de Trial International. Ce pillage n’est pas seulement une affaire de gros sous mal acquis. La déforestation provoque surtout une baisse des précipitations et accentue la désertification de la région.

Le trafic se poursuit-il ?

Plus grave, ce commerce illégal permet au MFDC d’acheter des armes et de poursuivre les combats contre le pouvoir sénégalais. Mais depuis la chute de Yahya Jammeh, et son exil en Guinée équatoriale, il n’est pas certain du tout que ce trafic ait totalement cessé, laisse clairement entendre RFI. Selon le site d’investigations suisse Gotham City, Nicolae Bogdan Buzaianu et Yahya Jammeh possédaient d’autres sociétés minières, logistiques et touristiques, « comme la Mineral Company of The Gambia, Westport Logistics ou BPI Tourism & Services Co, contrôlées par le neveu de Nicolae Buzaianu ». En 2017, Westwood a été placée sous administration judiciaire, soupçonnée de blanchiment. À la suite du communiqué de Trial International (« Westwood : trafic de bois précieux en Casamance »), diffusé le 23 mars, le ministère public suisse a répondu qu’il étudiait bien le dossier. On peut espérer qu’il ne s’y penchera pas trop longtemps. Quant à l’avocat de Nicolae Bogdan Buzaianu, joint par la SonntagsZeitung de Zurich, il se contente de dire que son client « rejette toutes les accusations ».


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