URGENT – Les deux Corées vont cesser toutes leurs activités hostiles sur terre, mer et air

Lors d'une déclaration commune, Kim Jong-un et Moon Jae-in affirment leur engagement en faveur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Les deux Corées vont rechercher un «régime» de paix pour mettre fin à la guerre. Le président sud-coréen a déclaré vouloir se rendre cette année à Pyongyang.

À 9 h 30 précises (2 heures du matin, heure française), il a surgi du bâtiment stalinien gris de la Joint Security Area, ponctuel au rendez-vous, dans un costume Mao sombre. Sourire crispé, visiblement ému, Kim Jong-un a franchi d’un pas décidé la ligne de démarcation, au cœur de la zone démilitarisée (DMZ), pour serrer la main du président sud-coréen Moon Jae-in. « Il est bon de vous rencontrer », lance-t-il, sous un ciel ensoleillé. Image historique. Pour la première fois, un leader nord-coréen franchit cette ligne qui déchire les deux Corées, toujours techniquement en guerre, depuis 1950 et un conflit qui fit 3 millions de victimes.

Dès les premières secondes, le jeune dictateur brise la glace en entraînant son homologue un pas en arrière. Les deux hommes échangent une nouvelle poignée de main, cette fois en Corée du Nord, bousculant le protocole. Un geste inattendu, à forte puissance symbolique, visant à afficher le désir de paix de « l’homme fusée », qui multipliait les essais atomiques et balistiques jusqu’à l’an dernier. Dans le centre de presse, les journalistes sud-coréens applaudissent, submergés par une vague d’émotion inattendue qui traverse tout le pays. Ce troisième sommet intercoréen, encore impossible il y a seulement quelques mois, prend de court une opinion méfiante, ravivant des émotions enfouies sous les cendres de la désillusion, au fil des crises qui ont ponctué la dernière décennie. Soudain, l’espoir d’un rapprochement durable flotte dans l’air à Séoul, redonnant vie au rêve lointain de réunification.

Nouveau chapitre

« À partir de ce moment, Panmunjom n’est plus un symbole de division, mais de paix », jure Moon, cheville ouvrière du spectaculaire rapprochement enclenché à l’occasion des Jeux olympiques de Pyeongchang en février. À l’orée des discussions, Kim promet des échanges « honnêtes et francs » en vue d’obtenir des « résultats » durables, pour écrire un nouveau chapitre de « paix », comme il l’a indiqué sur le livre d’or. D’entrée, il tente de répondre au scepticisme de l’opinion sud-coréenne, qui se souvient que les espoirs des précédents sommets, en 2000 et 2007, ont fait long feu. Cette rencontre a des allures de dernière chance pour deux pays frères qui ont grandi séparés par les barbelés de la DMZ pendant sept décennies.

Le Maréchal, accompagné de sa sœur cadette Kim Yo-jong et de huit autres dignitaires, poursuivra les discussions toute la journée avec Moon. Au menu, de possibles pourparlers en vue d’un traité de paix et des projets de coopération culturelle et économique. Mais un sujet brûlant plane sur la rencontre et plombe l’horizon de ce rapprochement : le nucléaire. Quelques semaines avant un sommet explosif avec Donald Trump, Kim donne des gages de sa volonté de dénucléariser la péninsule. Le 21 avril, il s’est engagé à cesser ses essais atomiques et de missiles intercontinentaux, tout en réaffirmant son statut de puissance nucléaire. Une attitude ambiguë qui menace l’avenir des négociations avec l’Amérique, et donc le rapprochement intercoréen. Mais Donald Trump a décidé de ne pas gâcher la fête de cette journée sans pareille sur la DMZ. Quelques minutes après la poignée de main historique entre Moon et Kim, la Maison-Blanche envoie un message de soutien à ce rapprochement spectaculaire. À Panmunjom, tous les espoirs sont permis, au moins aujourd’hui.