Voter Sénégal ! (Par Demba Ndiaye)

Y’a-t-il plus bel engagement ? Argumenter, confesser, proposer, s’engager devant un peuple qui n’est plus depuis longtemps crédule, mais toujours en attente de lendemains meilleurs

C’est comme une réminiscence tenace ; un souvenir indélébile : 19 ans après, comment on aborde une campagne électorale que tout le monde prévoit violente, voire sanglante. En se basant sur des propos tout compte fait éculés, parce que familiers : le pays va connaître le feu et le sang, pronostiquent ils.

Je cherchais un sujet et un titre, tout en regardant les candidats à la présidentielle défiler a la RTS pour leur premier enregistrement.  Entre la peur du premier jour face à la petite lucarne, en réalité, la peur du « comment je suis », mon cerveau enregistrait la même phrase répétée pour chacun des cinq gladiateurs électoraux : « la paix », « prier pour la paix, etc. » ;  Et me suit alors revenu la « Une » de Sud quotidien du début de la campagne présidentielle de 2000.

Il est environ 23h quand il débarque à la rédaction et demande : « alors, c’est quoi votre Une ? » On lui dit : « la paix seulement », « voter en paix », « sauver la démocratie » etc. Et dans un coin du bureau du Dir Pub, je dis : « il y a aussi Voter Sénégal ». Silence, puis « c’est ça notre une ». Ce visiteur tardif de la rédaction, c’était BT, Babacar Touré. Ça lui arrivait ainsi de revenir à la rédaction comme ça. Ainsi donc nous titrâmes « Voter Sénégal ».
19 ans après, alors que je cherche un sujet et un titre, alors que je regarde la ronde de nos cinq gladiateurs et que j’entends, comme une lointaine litanie, chacun parler de paix, je me dis, seul le « vote Sénégal » garantit, justifie, mérite la paix.

Ce dimanche de démarrage de campagne, les candidats, avec de forts efforts sur soi, ont fait montre de….pacifistes et de responsables face à leurs concitoyens, qui décideront de celui qui va porter, réaliser leurs rêves et espoirs. Voter Sénégal ! Y’a-t-il plus bel engagement ? Argumenter, confesser, proposer, s’engager devant un peuple qui n’est plus depuis longtemps crédule, mais toujours en attente de lendemains meilleurs.

Ne plus jurer, ne plus aligner des slogans et promesses qui, semble-t-il, n’engagent que les crédules et autres connards qui y croient. Je crois pouvoir affirmer que notre peuple, de plus en plus, n’est plus l’un ou l’autre. Et qu’il ne veut plus de messie ni de vendeur de rêves. Mais juste de faiseur du possible.

Allez, d’aujourd’hui au 24 février, vivons pour et votons Sénégal. Hé, vous, boites à rêves pour les prochaines trois semaines, convainquez que vous ne vendez que le possible. Parce que voyez-vous, le rêve et le possible ne sont pas antinomiques. Juste les longitudes et latitudes du possible. De l’humain.

 

Demba Ndiaye
Journaliste chroniqueur
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