Zlec : « c’est une affaire qui va occuper l’Afrique pendant plusieurs décennies »

La Zone de libre-échange africain (Zlec) entre en vigueur ce jeudi 4 juillet. Sa "phase opérationnelle" sera lancée ce dimanche à l'occasion du sommet de l'Union africaine à Niamey (Niger). A terme, l'idée est de permettre l'émancipation économique du continent en favorisant au maximum les échanges entre pays africains. Mais les défis sont multiples. Entretien avec Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur, aujourd'hui chercheur à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

 L’Afrique lance aujourd’hui ce qui devrait être la plus grande zone de libre-échange au monde. Quel est son intérêt pour le continent ? 

Pierre Jacquemot : La Zlec lancée aujourd’hui renvoie à un projet très ancien qui remonte aux années 60 et à ce que l’on appelait à l’époque le panafricanisme, avec ses hérauts comme Kwame Nkrumah le Ghanéen. Le rêve d’une Afrique du Caire à Johannesburg et de Dakar à Djibouti. C’était ce souhait d’organiser une vaste Union africaine avec un volet économique dans lequel il était question de libre-échange des marchandises, des services, des personnes, des capitaux. L’intérêt est de sortir de marchés trop étroits, fragmentés et à des échelles restreintes sur lesquels les entreprises ne peuvent pas développer leur productivité et leurs gains. En outre, ces marchés sont plein de contraintes tarifaires ou non, qui nuisent aux échanges régionaux et continentaux.
Il s’agit donc d’un objectif de développement économique par le libre-échange.

Mais l’Afrique compte déjà des zones de libre-échange…

Il y en a huit reconnues par l’Union africaine. Les plus avancées sont la SADEC en Afrique australe et la Communauté d’Afrique centrale. Chacune d’elles a un pilote, à savoir l’Afrique du Sud pour la première et le Kenya pour la seconde. En revanche, certaines ne sont pas du tout avancées. C’est le cas de l’Union du Maghreb arabe où il existe encore cette frontière infranchissable entre le Maroc et l’Algérie, qui empêche tout échange. En terme de circulation des marchandises, voire de politique économique commune, on a donc des niveaux d’intégration très divers.

Vous évoquez les relations entre le Maroc et l’Algérie et leurs conséquences. Cela pose la question de l’aspect politique d’une union économique. 

Ce qui se passe cette semaine à Niamey correspond à ce que l’Europe a connu en 1957 avec le Traité de Rome. 62 ans après, voyez où l’on en est avec une Europe à 27, un membre qui sort, avec d’autres qui renâclent à jouer les règles communes. Cela donne une bonne indication des défis qui attendent la Zlec. On lance un projet qui va mettre des décennies à se construire. Les difficultés ne sont pas seulement économiques et ne relèvent pas uniquement de décisions consistant à lever les nombreux obstacles.
Il y a des divergences politiques évidentes entre certains pays. Le cas du Maroc et de l’Algérie est une bonne illustration : les deux pays ont tout intérêt à ouvrir leurs frontières et développer leurs échanges mais ils n’y parviennent pas depuis plusieurs décennies. Il y a d’autres exemples qui sont de nature à rendre difficile ce grand projet d’intégration. Je pense à des zones fragiles comme la Centrafrique, les Grands Lacs avec les Kivu en République démocratique du Congo, mais aussi le Sahel. 

Récolte de coton dans un champ au Burkina Faso.

TV5MONDE 

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