Toulouse : Un patient accuse de négligence le Docteur Charbonier, un médecin anesthésiste qui dit communiquer avec l’au-delà

A la suite de la dénonciation d’un patient qui a subi une opération chaotique, le Procureur de la République de Toulouse a ouvert une enquête sur le Docteur Jean-Jacques Charbonier, médecin anesthésiste, bien connu des lecteurs de Mediacités pour ses activités d’hypnose censées permettre un contact avec les morts.

“Imaginez car c’est inconcevable : j’ai assisté à ma propre opération ! J’ai senti les trocarts transpercer ma peau et qu’on manipulait mes intestins de l’intérieur. Je ne pouvais ni parler, ni bouger. François Cuello se rappellera longtemps de son kyste bosniak au rein gauche. Le 17 avril 2019, il a fait l’objet d’une intervention chirurgicale à la clinique Croix-du-Sud pour retirer cette masse bénigne. Mais cet habitant d’Aureville, au sud-est de Toulouse, explique qu’il a “souffert le martyre” alors que le robot pénétrait sa peau.

En cause, selon lui, un problème d’anesthésie délivrée par le Dr Jean-Jacques Charbonier. “Je n’étais que sous curare, ce produit qui permet d’immobiliser les muscles. Il manquait l’analgésique ! Et quand le médecin qui m’opérait a compris qu’il y avait un problème, impossible de trouver le Dr Charbonier. C’est une infirmière anesthésiste qui a dû intervenir”, assure-t-il. Après trois heures en salle de réveil, le patient en informe sa compagne et sa fille. Leur raconte “cette pénombre grise”, ce sentiment de “se voir sur la table d’opération” avec des “énormes douleurs”. Elles l’encouragent à déposer plainte.

François Cuello s’exécute auprès de l’Ordre des médecins de Haute-Garonne (ODM 31) et écrit au procureur de la République qui décide d’ouvrir une enquête pour “non-assistance à personne en danger”, confiée à la Section de recherches (SR) de Toulouse. Lors de leurs investigations, les gendarmes découvrent par ailleurs des problèmes d’ordre fiscaux. Le médecin dont le contrat n’a pas été renouvelé par la direction de la clinique Croix-du-Sud, n’aurait pas déclaré ses revenus en bonne et due forme.

Une absence problématique

En revanche, la version du Dr Charbonier est aux antipodes de celle avancée par ce patient qui se dit aujourd’hui “traumatisé”. “Je me suis absenté 5 minutes pour aller uriner ! Ce Monsieur, opéré d’une néphrectomie, a été victime dès le début d’un saignement anormal qui a provoqué une chute très importante de la tension. Son cœur allait s’arrêter. Alors j’ai fait ce que n’importe quel confrère aurait fait à ma place : j’ai stoppé les gaz anesthésiques et je lui ai injecté des produits vasoconstricteurs pour que sa tension remonte.

Il dit la vérité sur sa période de conscience qui a été très brève mais il en rajoute ! En réalité, je lui ai sauvé la vie. Je préfère le voir rouspéter après moi que dans un cercueil mais je n’ai commis aucune erreur. Mon assurance en convient. Et il est étonnant de constater que l’Ordre des médecins ne s’était pas associé à cette plainte avant de changer d’avis. On veut ma peau ! C’est injuste… Pour ma famille et moi-même”, regrette le Dr Charbonier.

Pour l’heure, l’enquête se poursuit à la SR de Toulouse, tant sur le volet médical que financier. En interne, l’anesthésiste toulousain est sous le coup de deux procédures disciplinaires. Mais le Professeur Stéphane Oustric, à la tête de l’ODM 31, a refusé de s’exprimer sur le fond des procédures engagées. “Instruction en cours, c’est le procureur qui a le dossier en mains”, dit-il. Dans un courrier adressé par l’ODM 31 à François Cuello, il est mentionné que l’absence du réanimateur-anesthésiste au bloc “est plus proche du quart d’heure que des 5 minutes évoquées par le Dr Charbonier”. Par ailleurs, il n’apparaît nulle part que la tension du patient a chuté. S’agit-il d’un oubli ? Désormais, c’est à la justice de trancher.

“On le traîne dans la boue”

Son client en est persuadé : il fait l’objet d’un “acharnement” et d’une campagne de dénigrement collective. Me Romain Scaboro, son avocat, a la désagréable sensation que Jean-Jacques Charbonier a été “mis à mort”. Il nous explique pourquoi. “Il n’y a aucun élément qui laisse à penser qu’il y ait eu une éventuelle erreur médicale, ce qui n’enlève en rien les séquelles psychologiques que cet homme dit subir. Mais les aléas thérapeutiques, ça existe. Le Dr Charbonier lui a d’ailleurs témoigné son empathie car il aime les gens. Anesthésiste, c’est prendre en charge la douleur des patients : il faut de l’humanité pour exercer ce métier. À 63 ans, il n’a jamais eu aucun problème en 30 ans de carrière. Mais étonnamment, depuis que ses activités parallèles rencontrent du succès, son contrat n’est pas renouvelé, il fait l’objet de procédures disciplinaires et de poursuites pénales. Troublant comme coïncidence…

Ses travaux sur la TCH [transcommunication hypnotique] dérangent et on essaie de le faire passer pour quelqu’un qui mène des expériences, ce n’est pas acceptable ! On le traîne dans la boue et cette situation est très dure à vivre pour lui. Je ne sais pas si on peut contacter l’au-delà, je ne suis pas son agent. Mais un catholique pratiquant croit à des choses qui ne sont pas moins farfelues. Quand on parle résurrection, l’évêque n’est pas pour autant qualifié de charlatan !”


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