Flux financiers illicites : le trafic de drogue fait perdre plus de 50 milliards de dollars US à l’Afrique de l’Ouest

L’Afrique est le continent dont l’économie croît le plus rapidement après l’Asie de l’Est, mais aussi celui où la part la plus grande de la population vit dans des conditions d’extrême pauvreté. Les inégalités de revenus y augmentent tandis que le chômage et le manque d’opportunités économiques poussent certains individus à mener des activités illicites.

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Le Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, a estimé que les flux financiers illicites (FFI) en provenance d’Afrique pourraient s’élever à 50 milliards USD par an. C’est ce qui  ressort du nouveau rapport conjoint de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de la Banque africaine de développement, intitulé : « Flux financiers illicites : L’économie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest ». Ce rapport  publié  hier a été produit en collaboration avec la Banque mondiale, le NEPAD et le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA).

La sous-région de l’Afrique, sur laquelle se concentre ce document, verrait lui échapper une telle somme tous les ans, selon les estimations. Ce sont autant de ressources financières que les pays concernés ne peuvent mettre à profit de leur développement ou de leurs investissements domestiques. « Les économies criminelles et les FFI constituent une forte puissance négative qui contribue à la dégradation des moyens de subsistance et des écosystèmes.

Elle mine également les institutions, renforce les politiques clientélistes et favorise l’impunité, dans les pays de la région », souligne la note. En effet, cette publication  a passé  en revue  les différentes formes d’économies généralement considérées comme criminelles ou illicites qui sont répandues en Afrique de l’Ouest mais aussi les épargnes qu’elles génèrent et leur impact sur le développement.

Les stupéfiants, la contrefaçon, la piraterie, le trafic de migrants, les pourvoyeurs des FFI

Parmi ces activités, on peut citer les stupéfiants, avec un bénéfice annuel estimé à quelque 40 millions de dollars. Le trafic de cocaïne a un impact délétère sur le développement, moins en termes monétaires que par la corruption des décideurs qu’il nourrit dans la région. Pour ce qui est des produits, selon l’Union européenne, 60% de la valeur marchande de tous les médicaments en Afrique de l’Ouest seraient attribuables à des médicaments contrefaits ou de qualité inférieure.

Ainsi, les médicaments de qualité inférieure et contrefaits posent de très graves risques pour la santé. L’Afrique de l’Ouest, l’une des régions les plus touchées par le paludisme, est particulièrement vulnérable aux médicaments antipaludiques contrefaits. S’agissant de l’extraction illégale de pétrole et de minerais, le rapport  a indiqué  que le Nigéria perdait 100 000 à 250 000 barils de pétrole par jour en 2013, soit des pertes estimées à environ 3 à 8 milliards USD par an (Katsouris et Sayne 2013). Il est estimé que cette somme pourrait financer l’accès à l’électricité pour tous les Nigérians d’ici à 2030 (AIE, 2014).

Concernant la piraterie, les estimations du coût annuel en Afrique de l’Ouest varient entre 565 millions USD et 2 milliards USD, bien que le montant supérieur soit basé sur les estimations de détournement de pétrole originaire du Golfe de Guinée ou transitant par celui-ci (Osinowo, 2015). «  Entre 50% et 90% des diamants de la Sierra Leone sont trafiqués (Fanthorpe et Gabelle, 2013). En même temps, des cinq entreprises minières principales du pays, une seule a payé l’impôt sur les sociétés en 2011 », lit-on. Quant au trafic de migrants, il est devenu une activité illicite dominante à travers le Sahel, générant plus de 100 millions USD par an de flux financiers illicites pour l’Afrique de l’Ouest.

L’Afrique de l’Ouest, un maillon de la chaîne d’approvisionnement des marchandises et des services illicites

L’analyse de ce rapport sur la vulnérabilité de la région aux économies criminelles indique clairement que les FFI sont un problème pour le développement. La communauté internationale a tendance à s’appuyer excessivement sur les forces de police, le contrôle des frontières et les stratégies judiciaires en tant que principale riposte aux menaces transfrontalières et aux économies criminelles. Cependant, les fonctionnaires de police, à l’échelle régionale et internationale, interrogés pendant la préparation de ce document, ont souligné que les problèmes de développement limitent sérieusement leurs capacités à lutter efficacement contre les entreprises criminelles.

Parmi ces facteurs, il y a, entre autres,  l’instabilité, une présence étatique limitée, des frontières longues et poreuses. Pour obtenir des résultats dans la lutte contre les économies criminelles, il faut s’assurer du soutien des pays de transit et de destination, y compris des pays membres de l’OCDE. « L’Afrique de l’Ouest n’est qu’un maillon de la chaîne d’approvisionnement globale des marchandises et des services illicites. De nombreuses activités portent sur des marchandises produites ailleurs », précise la source. Cependant, il n’est pas crédible d’exiger des États d’Afrique de l’Ouest qu’ils combattent seuls ces économies.

Cette responsabilité doit être partagée par les pays d’origine, les pays de transit et les pays de destination. Il convient de noter que les marchés des pays membres de l’OCDE stimulent souvent la demande.

Rewmi

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