FRANCE : Le témoignage bouleversant d’une enseignante sur la violence à l’école

L’heure est aux aveux. Les témoignages de professeurs pleuvent sur Twitter avec le hashtag #PasDeVague. La vidéo de l’enseignante braquée par un lycéen de Créteil a libéré ce qui semblait être une chappe de plomb.

C’est le cas de Marie (son prénom a été changé). Professeur de lettres-histoire en lycée professionnel depuis 2014, elle a écrit au Figaro afin de témoigner des violences qui ont émaillé sa carrière depuis 2014, année où elle a pris son premier poste. Pour elle, la fin des incivilités ne passera certainement pas par des portiques de sécurité, par des policiers devant les établissements ou par l’interdiction des téléphones portables. Ce qu’elle réclame? Le soutien de la société, pas moins. Nous lui laissons la parole.

«Les incivilités qui nous touchent sont les mêmes que celles qui visent pompiers ou policiers, fonctionnaires divers et variés, tous détenteurs supposés d’une «autorité» de la République qui n’est plus reconnue par certains. Je vous passe les «salope», «pute», «connard/connasse», «sale prof» et autres gentillesses que j’entends régulièrement, contre moi ou mes collègues, mais surtout entre élèves. Un jour, un élève de première m’a menacée, debout et front à front en pleine classe, de me «casser la gueule avec ses potes en sortant». Il a menacé de la même manière une élève qui prenait ma défense. Les parents de la jeune fille ont porté plainte, et il a été exclu définitivement de l’établissement après un conseil de discipline.

«C’est une balle de paintball qui a explosé contre le tableau, puis une bille de souris d’ordinateur»Marie, enseignante dans un lycée professionnel

Une autre fois, des élèves de seconde ont lancé des écrous contre le tableau pendant que j’écrivais. J’ai fait un rapport, écrous à l’appui. Le tableau porte encore le trou d’un des impacts quatre ans plus tard. Quelques semaines plus tard, dans la même classe, c’est une balle de paintball qui a explosé contre le tableau, puis une bille de souris d’ordinateur (la grosse balle qui fait la roulette) qui m’a frôlé le visage. J’ai demandé à un CPE (conseiller principal d’éducation) de se déplacer, mais je n’ai eu qu’une AED (assistante d’éducation). Mes collègues ont dû intervenir pour que le CPE, puis la principale adjointe se déplacent et constatent les dégâts.

«Quand j’ai pensé démissionner, on m’a conseillé de renforcer mon autorité»

Ce n’est pas fini. Le chef d’établissement a demandé aux élèves d’écrire une lettre de dénonciation afin que l’élève ou les élèves coupables soient punis. Aucun ne l’a fait. Enfin, j’ai dû faire une heure de cours en plus pour rattraper celui qui avait été perturbé. Quand j’ai pensé démissionner, on m’a conseillé de renforcer mon autorité.

Nous avons changé de proviseur adjoint en 2015-2016. Mais rien n’a changé. Un jour, un élève de terminale a attrapé puis renversé le bureau (alors que j’y étais assise), car je ne voulais pas lui rendre une feuille. Ses camarades l’ont ceinturé le temps que je sorte chercher un surveillant. L’élève a été sorti de ma classe et emmené dans le bureau du chef d’établissement. Il a été finalement exclu définitivement pour avoir insulté et menacé le CPE (et son adjoint) dans son bureau.

«Les médias vont encore dire que nous sommes mal formés»

Si certains de nos élèves ne nous respectent pas ou plus, c’est à cause de l’image du professeur qui est renvoyée par la société»Marie, enseignante en lycée professionnel

Ces violences nous laissent tremblant, seuls, et nous font parfois regretter notre choix de devenir enseignant. Le problème est que ces actes semblent banalisés par notre société. Ils ne font l’objet que de quelques lignes en rubrique «faits divers» des journaux.

Les médias vont encore dire nous sommes mal formés. On va nous reprocher d’être incapable de tenir nos classes de «petits chenapans» un peu trop joueurs, que nous sommes des fonctionnaires trop payés, avec trop d’avantages et trop de vacances…

Nous souhaitons témoigner, montrer la réalité de nos conditions de travail, provoquer un sursaut chez ceux qui nous insultent et finalement le réveil de chefs d’établissement, d’inspecteurs, de recteurs, de notre ministère et de notre gouvernement qui, à leur manière, semblent fermer les yeux au profit de leur carrière ou au nom de la rentabilité. Nous souhaiterions simplement ne plus être traités de fainéants, de profiteurs ou autres adjectifs péjoratifs par des parents d’élèves, des amis, des voisins ou des inconnus simplement parce que nous sommes profs. Car si certains de nos élèves ne nous respectent pas ou plus, c’est à cause de l’image du professeur qui est renvoyée par la société.

«Nous avons simplement besoin de soutien»Marie, enseignante

La fin des incivilités ne passera certainement pas par des portiques de sécurité, par des policiers devant les établissements ou par l’interdiction des téléphones portables. Nous n’en avons pas besoin. Nous avons simplement besoin de soutien. Le soutien des parents, des citoyens, des journalistes et des politiques. Juste pour faire notre travail: offrir un enseignement à tous les enfants».

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