Mali : manifestation à la suite d’un crime rituel sur une fillette albinos

Le calme est revenu hier à Fana, localité située à une centaine de kilomètres de Bamako, au Mali, après la violente manifestation de ce dimanche 13 mai. Ramata Diarra, une petite fille albinos de cinq ans a été enlevée, éventrée et décapitée dans la nuit de samedi 12 mai à dimanche 13 mai 2018 à Fana, dans la région de Koulikoro. La ville entière est sous le choc... Les défenseurs des albinos dénoncent un "crime rituel" à l'approche de l'élection présidentielle du 29 juillet.

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Dans la cour familiale des Diarras, personne n’a le coeur à prononcer le moindre mot.  Ici, comme dans toute la ville de Fana, une localité située à 125 km au nord de Bamako, au Mali, le temps s’est arrêté dans la nuit de samedi à dimanche, la nuit où la petite Ramata , 5 ans, a été enlevée, arrachée au bras de sa mère Hawa à côté de laquelle elle dormait.

Un important dispositif de sécurité était visible ce lundi 14 mai matin à Fana. Les magasins sont restés fermés pour la plupart, malgré le calme précaire qui règne dans la ville. Tout a commencé samedi 12 mai dernier lorsqu’un homme s’est introduit nuitamment dans la famille de la petite Ramata Diarra pour l’enlever avant de disparaître dans la nature. Quelques heures plus tard, le corps de la fillette décapitée a été retrouvé.

L’acte a provoqué la colère des habitants de Fana. Des dizaines de femmes et des jeunes sont sortis pour manifester, mettant à sac la gendarmerie et d’autres bâtiments administratifs. Les manifestants ont également bloqué toutes les voies principales dans la ville. Cet assassinat est le deuxième en moins d’un mois à Fana. Une femme et son enfant ont été également assassinés il y a quelques semaines dans cette même localité. L’Association pour la promotion et l’insertion sociale de l’enfant atteint d’albinisme « SOS ALBINOS » a condamné l’acte et décide de porter plainte contre X auprès du Procureur de Koulikoro. L’association appelle les autorités à retrouver les auteurs de ce crime et les traduire devant les tribunaux.

Des enquêtes ont été ouvertes pour retrouver les auteurs de ce crime. Selon le maire de la localité, des suspects ont été identifiés et les investigations sont en cours. Toutefois la famille de la victime appelle les autorités régionales à plus de protection et réclame que justice soit faite.

L’association malienne pour la protection des albinos décide de porter plainte contre les auteurs avec l’accord de la famille de la victime. Selon elle, à l’approche des élections, “les albinos sont ciblés pour des sacrifices”. Les responsables de l’association exigent que les enquêtes soient accélérées afin de punir les coupables.

« Ils ont pris mon enfant, aux aurores, j’ai vu l’homme. Il a quitté la cour avec mon enfant, j’ai essayé de le poursuivre, mais je n’ai pas pu l’avoir. J’ai crié, j’ai crié, et les gens  sont sortis, les voisins aussi pour nous aider. Nous n’avons pas pu le rattraper », a confié la mère de la fillette, Hawa Touré, qui est revenue pour protéger sa seconde fille.

Il était vers 02h00 du matin dimanche quand la fillette, dite « Fanta » ou « Nan » a été enlevée. Elle « dormait dans une cour avec sa mère et sa soeur, elle-même albinos », a expliqué à l’AFP une source policière. « Des hommes armés l’ont enlevée et ont escaladé le mur avec elle », a précisé cette source.

« Nous avons cherché la fillette partout. Nous avons retrouvé son corps à côté d’une mosquée, mais sans la tête », a raconté un enseignant de Fana, Oumar Diakité. En réaction et pour dénoncer le manque de sécurité, des habitants de la localité ont attaqué dimanche et en partie incendié la gendarmerie locale, selon plusieurs témoins.

Oumar Sidy Coulibaly était la quand le corps de l’enfant a été retrouvé à 150 mètres de la maison familiale… Un corps éventré et décapité. « J’ai le coeur meurtri en tant que père de famille quand on voir des situations comme cela, c’est vraiment triste », a-t-il déclaré.

« Sacrifice rituel » avant les élections ?

Mahi Koita de l’association de défense des albinos a tenu a présenter en personne ses condoléances à la famille Diarra. Etre Albinos sur le continent, il sait personnellement à quoi cela expose… : à des sacrifices humains… Selon certaines croyances peristantes,  les organes d’alibnos apporterait richesses, élévation sociale ou encore succès en politique. « Les kidnappings, les assassinats, c’est surtout dans les périodes électorales », explique Mahi Koita  dit « Albi », secrétaire général de l’association malienne pour la protection des albinos, rappelant que l’élection présidentielle malienne est prévue en juillet prochain.

« Nous réclamons justice. Sa tête a été emportée. C’est un crime rituel », a déclaré de son côté à l’AFP le militant Mamadou Sissoko, secrétaire général de la Fédération des associations des personnes atteintes d’albinisme d’Afrique de l’Ouest (Fapao), qui s’est rendu sur place.

Au Mali, aucun suspect n’a pour l’heure été arrêté par la police, malgré la mobilisation des habitants de Fana qui ont dressé des barrages dans toute la ville pour empêcher le ou les coupables de s’échapper. Quant à la famille de Ramata, elle compte porter plainte dans les prochains jours avec l’aide d’association des droits humains.

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