Ousmane Sonko, la dernière trouvaille des marionnettes

Ousmane Sonko rend visite au Khalife Général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké

Lors de l’une mes vadrouilles en banlieue dakaroise, j’avais, en 2008, assisté à une scène qui, malgré le temps, n’a jamais réussi à quitter mon esprit. Ce jour-là, j’avais à l’arrêt Double-Less de Guédiéwaye, aperçu une femme nue, courant en toute vitesse, passer devant mon véhicule et s’engouffrer dans une maison de l’autre côté de la rue.

Surpris et choqué par cette scène insolite, je me suis aussitôt garé et suis allé m’enquérir de sa situation, auprès de la famille qui venait de l’accueillir et de la vêtir. Là, j’appris qu’ayant constaté la longue absence de son épouse, le mari, un jaloux maladif qui soupçonnait sa femme de fricoter avec le boutiquier, avait décidé de vérifier que son épouse n’avait pas entretenu de relation adultérine avec le commerçant.

Face aux dénégations répétées de l’épouse, l’homme avait décidé de procéder à un constat physique. Et pour cela, il avait dénudé sa femme, dans la rue, et comptait ausculter son intimité avec ses mains. C’est pour refuser cette ultime humiliation publique que la femme s’était sauvée pour se réfugier chez les voisins. Et ces derniers, choqués par cette indécence, avaient pris fait et cause pour la dame. Et sont allés bastonner le mari qui, comme son épouse bafouée, avait compté sur ses jambes pour sauver sa peau.

La société sénégalaise est foncièrement contre l’adultère. Et la femme coupable de cette forfaiture est -comme sa descendance- condamnée à la marginalisation pour l’éternité. Mais, pire que l’adultère, les Sénégalais sont foncièrement opposés à tout ce qui pourrait ressembler à une injustice, à un procès d’intention, à la stigmatisation et au déshonneur. Et savent se montrer redevables envers les personnes victimes de ces actes mesquins. Abdoulaye Wade, Idrissa Seck en 2007 et même Macky Sall ont tous bénéficié de cette solidarité sénégalaise.

A tout point de vue, le drame de cette dame de Guédiéwaye, me rappelle le traitement médiatique que subit -aujourd’hui- Ousmane Sonko insulté qu’il est, calomnié et ostracisé parce que, simplement, il a deux épouses voilées et a aussi décidé de ne pas se rendre aux obsèques de Bruno Diatta. Alors que l’intéressé, lui-même, a déclaré que « le temps ne lui permettait pas de prendre des dispositions » pour être devant le palais, des inquisiteurs d’un autre âge veulent que le peuple voit, en cette absence synonyme -à leurs yeux- de trahison, les contraintes d’une obédience religieuse à laquelle appartiendrait Ousmane Sonko.

« Il est Ibadou Rahmane, c’est un terroriste« , répètent-ils en boucle depuis. Et tout cela alors qu’on a pas encore fini de débattre des raisons profondes de la visite d’un gendarme de Ziguinchor, à la mère du candidat de Pasteef, « pour vérifier la liste de ses parrains. »

Comme si le secret de ses prières, le nom de ses références religieuses, le nombre de ses épouses, l’heure à laquelle il va au lit, s’il dort nu ou habillé avait la moindre importance pour juger de la crédibilité ou non de son projet national, des fouille-culottes, après s’être certainement entre-écoutés, pour accorder leur violon, sont montés au créneau pour nous bassiner avec ce discours indigne d’un Sénégalais: « Sonko est un salafiste, il ne reconnaît pas nos références religieuses, il est contre l’islam confrérique etc. »

Et pour ce seul « crime », Ousmane Sonko est la cible de tous les partisans et courtisans du palais. De l’ancienne pitre attitrée du clan Wade, l’inconsistante Fatou Thiam, à Ahmeth Khalifa Niasse, longue est la liste de ces prestidigitateurs de peurs qui, pour plaire au palais, se croient obligés de mentir de la sorte.

En disant que « on peut considérer que Sonko a atteint le maximum de ses réserves d’électeurs. En obtenant 33.000 voix correspondantes au nombre de wahhabites et salafistes au Sénégal » et à considérer que seuls ces citoyens-là soient intéressés par le projet de Pasteef,  Ahmeth Khalifa Niasse montre clairement qu’il n’y a pas de périls en la demeure. Et démontre par la même occasion que leurs employeurs n’ont pas besoin de les engager à stigmatiser un homme qui n’intéresserait pas les millions d’électeurs qui sont inscrits sur le fichier électoral.

S’il est vrai que le péril islamiste est une réalité mondiale qui doit interpeller chacun de nous, l’idée de croire qu’un président islamiste, à la tête de ce pays, puisse faire basculer tout le Sénégal dans le terrorisme relève d’une myopie de l’esprit. De la mauvaise foi pure et simple. Il est de la responsabilité de chacun de nous de veiller à la sécurité du Sénégal, de faire de son mieux pour que ce pays ne bascule pas dans l’insécurité et l’intolérance.

Mais on n’y parviendra pas en mélangeant tout, en stigmatisant des individus qui n’ont pas la même manière que nous de traiter leurs femmes en publique, en érigeant des cas impopulaires en loi générale, en laissant quelques mercenaires de la plume et du verbe, nostalgiques du péril rebelle, menacer les libertés les plus fondamentales en se permettant de fouiner et de mettre sur la place publics des faits et pratiques qui relèvent de la vie privée de Ousmane Sonko. Sous Abdou Diouf, c’était Abdoulaye Wade le danger. Sous Abdoulaye Wade, c’est Idrissa Seck -avec la déseckysation- puis Macky Sall qui étaient des menaces pour ce pays. Et maintenant, on nous demande d’apprendre à nos enfants à avoir peur de Ousmane Sonko et de son projet national parce que ses épouses sont couvertes? Quelle belle connerie!

Avec la coordination de ces tirs groupés ciblés sur le patron de Pasteef et sa présumée appartenance à une mouvance islamique, on assiste à la renaissance du terrorisme au Sénégal. Si le terrorisme est l’emploi de la terreur à des fins politiques, religieuses ou idéologiques, l’agitation du chaos que fait Cheikh Yérim Seck, Ahmeth Khalifa Niasse et de tous leurs caudataires moutonniers de la présumée appartenance religieuse d’Ousmane Sonko, relève d’une tentative éhontée de manipuler les masses. De faire peur aux électeurs et de fausser le choix de leur libre arbitre. ça s’appelle du terrorisme intellectuel.