Pollution (Par Demba Ndiaye)

On a acheté des votes, pourquoi on n’achèterait pas des parrains – Le parrainage est un prétexte pour un hold-up et une victoire au premier tour en 2019

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On essayait de survivre avec cette modernité et son corollaire de rentabilité assassine ; on réfléchissait aux moyens de sauver l’humanité de ses dérives et folies matérielles. Voire matérialistes. Et on avait oublié l’autre pollution : politique.

Bien évidemment, on n’est pas contre la politique ! Qu’on le veuille ou non, c’est elle qui régente notre vie. Même les hypocrites, qui pourfendent à longueur de journées les « politiciens », font de la politique, mais de manière hypocrite : la politique du ventre, rentière des crises (sociales ou politiques) et des faiblesses des politiciens usés par le temps et des habitudes devenues improductives.

Ainsi de cette cacophonie sur le parrainage. Parrains du projet (gouvernants), adversaires aléatoires aux motifs de rejet kaléidoscopiques (opposition et une partie de la société civile), tous ont, semble-t-il, décidé de s’attaquer à nos neurones et de s’asseoir sur les multiples demandes sociales pour une année mensongèrement décrétée « année sociale ».

De social, il sera question d’achat de votes, avec des projets et programmes miraculeusement concoctés en cette année pré-électorale. En fait, ce qu’ils auraient dû faire tous les jours, tous les ans, pour honorer leur contrat moral avec les Sénégalais, ils le brandissent aujourd’hui comme des magiciens, pour soulager, voire sauver des populations exsangues.

On bombe le torse avec l’augmentation des bourses familiales, qui signifie augmentation de la pauvreté, et donc des pauvres ; on nous prend la tête avec la Cmu, qui non seulement ne soigne pas mais aggrave la descente aux enfers des hôpitaux et autres officines médicales en creusant davantage leurs déficits, en augmentant leurs dettes, donc en accentuant leur statut de « mouroirs ».

On veut sauver l’année scolaire à défaut de réformer le système scolaire, après avoir été (involontairement ?) à la base de sa descente aux enfers par des engagements démagogiques et jamais respectés. Et avec la dernière trouvaille, la DER (!?), on veut faire de tous les Sénégalais et toutes les Sénégalaises en âge des voter, des auto-entrepreneurs, à défauts d’entrepreneurs.

Parrainage. Ce mot est devenu une « logorrhée généralisée » comme une diarrhée déferlante. « Parrainage : qualité, fonction de parrain ou de marraine » nous dit Le petit Larousse. De parrain : nm (lat. pater, père. Homme qui présente un enfant au baptême). »

Plus loin seulement, il sera question de politique. « Polit. En France, soutien écrit apporté par un élu à un candidat de son choix, en vue de l’élection présidentielle. » On ajoute : « Chaque candidat doit réunir 500 signatures sans qu’il y ait plus de 50 pour un même département ou collectivité d’Outre-mer. »

On remarquera une chose importante : contrairement à ce qui se passe chez nous chez nous, les partis ne sont pas seulement les dépositaires de la fameuse formule « concourt au suffrage universel », ceux qui n’ont pas de partis, concourent aussi par leurs actions et activités au fonctionnement de la société, de la République. Alors, si chez nous, on veut imposer des parrains à tous les candidats et non plus seulement aux candidats indépendants, c’est-à-dire sans partis, il faut changer la Constitution. Et pas seulement par un vote mécanique d’une majorité mécanique, issue d’élections législatives « calamiteuses ».

Et puis, cessons l’hypocrisie : on a acheté des votes, pourquoi on n’achèterait pas des parrains ? Pourquoi, des militants milliardaires d’un parti, qui ont permis la victoire du parti présidentiel, ne pourraient pas acheter non seulement des milliers voire des millions de parrains, mais ils pourraient aussi acheter des parrains pour qu’ils ne parrainent pas de concurrents sérieux ? Comme la formule « un Sénégal pour tous »  le « parrainage pour tous » est le dernier mensonge du pouvoir pour accréditer l’idée d’une égalité biaisée!

Cela dit, les opposants au parrainage et qui veulent démontrer leur force, devraient se débarrasser du mythe du 23 juin 2011 et fonder leur propre mythe : celui du 19 avril 2018 ! Agir au présent, rêver le futur, et laisser le passé (qui appartient à tout le monde) là où il est : dans les archives de l’histoire.

Il faut écrire sa propre histoire, au présent des luttes d’aujourd’hui. Pour mériter l’Histoire, il faut la forger dans les épreuves et écueils du présent. Le parrainage est un prétexte pour un hold-up d’une victoire au premier tour en 2019. Tout le reste est de la pollution sonore.

dndiaye@seneplus.com

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