TURQUIE: ce que l’on sait de la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi

Que s’est-il passé derrière les murs du consulat saoudien à Istanbul ? Les autorités turques ont demandé à fouiller le bâtiment, lundi 8 octobre, un peu moins d’une semaine après la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui n’a plus donné signe de vie après s’être rendu à la représentation diplomatique pour des démarches administratives. La France se dit « préoccupée » et demande des éclaircissements « le plus rapidement possible ». Franceinfo revient sur cette mystérieuse affaire.

Que s’est-il passé ?

Les faits remontent au 2 octobre. Jamal Khashoggi se rend au consulat saoudien à Istanbul, où il vient régler des formalités en vue de son remariage avec une Turque. Selon sa fiancée, qui avait pour consigne d’alerter les autorités turques au cas il tarderait à revenir, il n’est jamais ressorti. Une version confirmée par les autorités turques. Selon Ankara, rien ne dit que le journaliste est bel et bien ressorti du consulat, tandis que pour Riyad, il en est ressorti après son rendez-vous.

D’après la police turque, qui soupçonne un assassinat, un groupe de quinze Saoudiens s’est rendu au consulat alors que Jamal Khashoggi s’y trouvait. Arrivés à Istanbul à bord de deux avions, mardi, ils sont repartis le même jour, a déclaré la police, citée par l’agence de presse officielle Anadolu. Pour les autorités turques, le journaliste a été tué dans le consulat, ce que dément l’Arabie saoudite. « Je ne crois pas que Jamal ait été tué, a écrit la fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, sur Twitter. J’attends une confirmation officielle du gouvernement turc pour y croire. »

Qui est Jamal Khashoggi ?

Ce journaliste de 59 ans a couvert de multiples conflits, notamment la guerre en Afghanistan. Il a également été le rédacteur en chef de deux grands journaux saoudiens, Al Arab et Al Watan. Si, dans un premier temps, il a soutenu le prince héritier Mohammed ben Salmane lors de sa prise de pouvoir en 2016, il a par la suite critiqué l’intervention saoudienne au Yémen, la concentration du pouvoir dans les mains du prince ainsi que la monarchie.

En 2017, Jamal Khashoggi s’est exilé aux Etats-Unis, après une campagne d’arrestations de dissidents, dont des prédicateurs et des intellectuels. Il contribue notamment aux pages d’opinions du Washington Post. En septembre de cette même année, le journaliste écrivait ainsi : « Quand je parle de peur, d’intimidation, d’arrestations et d’humiliations publiques d’intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d’Arabie saoudite, êtes-vous surpris ? »

En signe de soutien, le Washington Post a décidé de laisser vide l’espace qui aurait dû être occupé par la tribune de Jamel Khashoggi, dans son édition du 5 octobre. Le quotidien a depuis pressé les autorités américaines d’« exiger des réponses » de la part de l’Arabie saoudite.

Que répond l’Arabie saoudite ?

Le consulat saoudien a d’abord démenti sur son compte Twitter les informations « dénuées de fondement » selon lesquelles le journaliste y aurait été tué. Dans un entretien à l’agence Bloomberg (en anglais), le prince héritier Mohammed ben Salmane a affirmé que Jamal Khashoggi était effectivement « entré » dans le consulat mais qu’il en était sorti peu après. Il a même invité les autorités turques à « fouiller » le consulat. « Nous n’avons rien à cacher », a-t-il précisé.

Quelles sont les réactions depuis la disparition du journaliste ?

Les autorités turques ont demandé à fouiller le consulat saoudien à Istanbul. S’exprimant pour la première fois sur cette affaire, dimanche, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré attendre « avec bon espoir » le résultat de l’enquête avant de se prononcer. Mais la Turquie cherche à éviter une crise diplomatique d’ampleur, explique Le Monde.

« Si les informations sur l’assassinat de Jamal sont vraies, c’est un acte monstrueux et incompréhensible », a déclaré dans un communiqué Fred Hiatt, directeur de la rubrique opinions du Washington Post« Jamal était – ou, comme nous l’espérons, est – un journaliste courageux et engagé. Il écrit par amour pour son pays et a une foi profonde en la dignité humaine et la liberté », poursuit-il.

Le département d’Etat américain a indiqué samedi n’être « pas en mesure de confirmer » le sort de Jamal Khashoggi mais suivre « la situation de près »« Comme d’autres membres de la communauté internationale, nous avons demandé et nous attendons des éclaircissements des autorités saoudiennes sur le sort de monsieur Khashoggi », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne. Paris « suit la situation avec la plus grande attention », souligne-t-on au ministère français des Affaires étrangères, sans autre commentaire.