Africa Check donne raison à Sonko et dément El Hadji Hamidou Kassé : le “Mensonge” d’état dévoilé !

Ousmane Sonko a longtemps sollicité un débat public avec le président Macky Sall. Certaines voix de la mouvance présidentielle se sont souvent levées pour expliquer qu’il est impossible qu’un débat public entre l’opposition et le président sortant soit organisé. Et l’un des défenseurs de cette thèse est El Hadji Hamidou Kassé, ministre chargé de la Communication à la présidence de la République du Sénégal.

Ce dernier, avait révélé qu’il « n’existe aucun pays où le chef de l’Etat sortant participe à un débat télévisé avec d’autres candidats dans le cadre d’une élection présidentielle. »

« Mais vous ne l’avez jamais vu dans un seul pays. Si vous pouvez me citer un seul pays où le chef de l’Etat descend sur les plateaux (et) dans les studios pour débattre avec d’autres candidats, vous me le dites », a-t-il affirmé dans des propos rapportés par plusieurs médias sénégalais.

« Il n’y a même pas encore de candidats officiels. S’il y avait des candidats, supposons qu’il y ait six, sept, huit, dix ou onze candidats, vous croyez que le chef de l’Etat peut abandonner ses tâches régaliennes pour aller sur les plateaux discuter ? Ça n’existe pas », a-t-il ajouté lors d’une rencontre le 20 novembre 2018.

Cette déclaration est-elle fondée ?

Quelles sont les preuves d’El Hadji Hamidou Kassé ?

Joint au téléphone par Africa Check, M. Kassé a dit : « Aujourd’hui, au moment où je vous parle, le président Macky Sall ne peut pas descendre sur les plateaux pour discuter tous les jours avec un de ses adversaires. Les gens disent qu’il faut que Macky Sall débatte avec Idrissa Seck, [Ousmane] Sonko, Karim Wade, Hadjibou Soumaré entre autres, mais pourquoi débattrait-il avec eux ? Le débat, il est à l’Assemblée nationale entre la majorité et la minorité. »

« Le rôle d’un chef d’Etat n’est pas de débattre avec des opposants. Le rôle du chef de l’Etat c’est de décider au nom de la Nation. Maintenant, ce sont les partis politiques qui peuvent débattre entre eux ».

« Sur quels critères le président devrait-il faire face à ses opposants ? Avez-vous déjà vu même un chef d’Etat sortant débattre avec des opposants ? Cela n’existe pas », a-t-il insisté.

En Ouganda, le président Museveni a débattu avec ses opoosants, lors d'un débat télévisé. Capture d'écran NTV-YouTube.
En Ouganda, le président Museveni a participé à un débat télévisé avec ses opposants. Capture d’écran NTV-YouTube.

Qu’en est-il ?

Un débat présidentiel télévisé est devenu une tradition pour beaucoup de pays africains qui ont adopté une telle pratique. Et ces discussions se tiennent pourtant loin de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, ne mettant pas nécessairement en jeu une majorité et une minorité.

C’est le cas en Ouganda où, le 13 février 2016, des télévisions et radios ont retransmis en direct un débat entre les huit candidats à l’élection présidentielle, y compris le président sortant Yoweri Musuveni.

Parmi les sept autres candidats, figurait également le chef de l’opposition ougandaise Kizza Besigye. Le débat s’est tenu à Kampala au Serena Hotel.

L’évènement a été salué par les médias ougandais comme une victoire pour la démocratie car le président Yoweri Musuveni acceptait pour la première fois de participer à un débat avec ses opposants.

Au Kenya, le débat entre candidats à l’élection présidentielle a été introduit en 2013. Et la première édition avait opposé huit candidats. Le président sortant n’était pas candidat à sa succession.

La deuxième édition organisée en 2017 a été boycottée par le président-candidat Uhuru Kenyatta.

Plus près du Sénégal, en Côte d’Ivoire, en 2010, le candidat-président Laurent Gbagbo et son challenger au second tour, Alassane Ouattara, actuel président de la République, se sont affrontés sur un plateau de télévision. Le débat a été qualifié de « courtois » par les observateurs.

Que se passe-t-il hors du continent ? 

Ailleurs dans le monde, au Mexique, par exemple, les candidats doivent au moins débattre trois fois avant la fin de chaque élection présidentielle.

Les Philippines sont une autre illustration avec le concept « Pilipinas debates » introduit en 2016. Cette série de débats médiatisés organisée par la Commission électorale philippine permet de confronter les candidats.

Et dans ces pays, la décision d’organiser un ou plusieurs débats télévisés entre différents candidats à l’élection présidentielle revient à des maisons et organisations de presse (comme au Kenya en 2017), à des commissions électorales nationales, à des organisations nationales ou internationales et souvent à des fondations.

En France, en 2012, au second tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy, président sortant, a débattu avec l’opposant François Hollande, candidat du Parti socialiste, sur un plateau de télévision.

Conclusion : il est plusieurs fois arrivé qu’un président sortant débatte avec ses challengers

El Hadj Hamidou Kassé affirme qu’ « il n’existe aucun pays où le chef de l’Etat sortant, candidat à l’élection présidentielle, affronte d’autres candidats dans un débat télévisé ».

En 2013, Yoweri Musuveni, président de l’Ouganda, candidat à sa propre succession, a pris part à un débat télévisé avec sept autres opposants. Trois ans auparavant, en Côte d’Ivoire, le président sortant Laurent Gbagbo s’est livré au même exercice.

Le Mexique, le Kenya, la France et les Philippines – la liste n’est pas exhaustive –  sont également des pays où se déroulent régulièrement des débats télévisés entre différents candidats à l’élection présidentielle.

En conséquence, l’affirmation est fausse.

Source : AfricaChek

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