Aïssata Tall Sall, pourquoi avez-vous osé cet avenir ?

Le peuple s’est immunisé contre cette pratique dont il n’a jamais eu assez de forces pour s’indigner, mais votre transhumance, Maître, a redessiné les contours de la répugnante plaie. On aura tout vu et tout compris des motifs et motivations des leaders qui sont passés à la trappe du président Sall, mais on n’aurait pu jamais s’attendre à un tel retournement de veste de votre part. Cela ne devrait point choquer, je le reconnais, tant votre manière de s’opposer est républicaine pour ne pas dire charmante.

L’élégance, Maître, vous l’aviez embrassée dans toutes ses formes et cela vous allait à ravir. Si un certain peuple s’offusque de votre « tour », c’est simplement dû à l’immensité de l’estime et du respect qu’il vous vouait. Comprenez son indignation.

Maître, pourquoi vous ? Je n’ose pas vous dire que vous n’en n’aviez pas le droit. Mais comment avez-vous osé faire un coup de transhumance pareil à cette population qui vous admirait au point de vous surnommer la Ségolène Royal du Sénégal. Vous vous en défendiez et pourtant votre courage et engagement auraient pu et ont pu vous placer à un niveau de responsabilité qui n’a rien à envier à cette dame française.

Dame de fer, qui a croisé le fer avec Ousmane Tanor Dieng pour l’impertinence de son choix et sa boulimie de pouvoir, votre choix d’aujourd’hui relève de l’inconsistance et de l’inconstance. Cette transhumance, à quelques jours d’une élection très indécise, est à la limite irréfléchie.

Pendant 7 ans vous vous disiez : « je ne vais pas manger de ce plat » et avez laissé filer toutes les fois où vous auriez pu troquer votre position contre un poste. Alors, dites-nous, Maître, pourquoi vous ?

Vous avez osé l’avenir et après la présidentielle, vous vous attendez sûrement à un retour de l’ascenseur pour s’exulter : « Oh, j’ai l’avenir ». Maître, de quel avenir parliez-vous et qui devait mériter toute une audace pour être scruté ? Ma foi, il prévaut la même situation qui prévalait quand vous en étiez arrivé à la création de votre mouvement.

Vous aviez osé défier Ousmane Tanor et le PS qui vous ont expulsée. Vous aviez osé inviter le parti à un congrès qui ne s’était jamais tenu, des primaires qui peut-être vous auraient placée à la tête du parti de Senghor.

Douze ans d’opposition à Wade, c’est cela l’audace. Sept ans d’opposition à Macky Sall alors que les postes étaient à portée de main, c’est aussi de l’audace. Mais rejoindre le même Macky Sall en moins d’un mois de l’élection est un joli suicide, Maître.

Votre déclaration, les semaines dernières, selon laquelle vous receviez des pressions maraboutiques pour rejoindre Macky Sall n’était qu’un ballon de sonde. Pourtant, si vous aviez bien lu la réaction des gens à qui cette communication était destinée, vous auriez su que votre transhumance allait créer une véritable onde de choc.

On vous en veut, moi personnellement je vous en tiens rigueur, parce que vous n’êtes pas comme les autres qui sont déjà partis. Vous en êtes différente car vous n’êtes pas faits de la même étoffe. Vous êtes différente parce que vous incarniez l’éthique et l’esthétique dans la politique.

Avec cette décision, il faut dire que la femme qui pourrait mettre fin à la phallocratie car ayant un avenir rayonnant dans le champ politique a franchi le Rubicond. Elle a cédé aux pressions maraboutiques ou familiales, peu importe, le résultat est cette indignation totale. Maître, n’ignorez pas qu’on subit sa famille mais on choisit ses amis !

Khalifa Ababacar Gaye

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