Allemagne : Annegret Kramp-Karrenbauer portée à la tête la CDU pour remplacer Merkel

L’ancienne ministre présidente de la Sarre a été élue de justesse pour succéder à Angela Merkel à la tête du parti conservateur.

La chancelière allemande Angela Merkel, à droite, félicite Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente du parti nouvellement élu, à l'issue de l'élection à la convention du parti de la CDU CDU à Hambourg, dans le nord de l'Allemagne, le vendredi 7 décembre 2018. (Photo AP / Markus Schreiber )

Le désir de stabilité l’a emporté sur l’envie de rupture. En élisant Annegret Kramp-Karrenbauer à la présidence de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), vendredi 7 décembre, les 1 001 délégués du parti conservateur allemand, réunis en congrès à Hambourg, ont fait le choix de la continuité : des trois prétendants à la succession d’Angela Merkel à la tête de la CDU, l’ancienne ministre présidente de la Sarre était la candidate de la chancelière, même si celle-ci s’était gardée d’appeler explicitement à voter en sa faveur.

Pour Mme Merkel, qui présidait la CDU depuis avril 2000, cette victoire est un soulagement. Il y a encore quelques semaines, la chancelière allemande se voyait rester présidente de la CDU jusqu’à la fin de la législature, en 2021. Mais le revers du parti aux élections régionales dans la Hesse (27 %, – 11,3 points par rapport à 2013), le 28 octobre, l’avait contrainte à revoir ses plans et à annoncer, contre toute attente, qu’elle ne briguerait pas de nouveau mandat à la tête de la CDU au congrès de Hambourg. Au risque de passer la main à l’un de ses adversaires en interne.

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Ce scénario a failli se produire. Vendredi, il s’en est en effet fallu de peu qu’un vieux rival de la Mme Merkel, Friedrich Merz, ne soit élu à la tête de la CDU. Agé de 63 ans, cet ancien député reconverti dans les affaires depuis son départ du Bundestag, en 2009, n’a été devancé que de 35 voix par Mme Kramp-Karrenbauer, qui l’a emporté avec seulement 51,7 % des voix au second tour. Un troisième candidat était en lice : Jens Spahn, 38 ans, ministre de la santé. Eliminé au premier tour, cet avocat d’un « conservatisme moderne » défendait lui aussi une ligne en rupture avec celle de la chancelière, plus libérale sur le plan économique et plus droitière sur la question migratoire.

Des discours décisifs ?

Membre de l’aile gauche de la CDU, elle a plaidé pour l’instauration d’un salaire minimum, ainsi que pour la taxation à 53% des plus hauts revenus.

Sur les questions de société, ses positions sont plus conservatrices. Elle s’est notamment opposée à la publicité sur l’avortement et a suscité une polémique en 2015 en jugeant que le mariage homosexuel risquait de favoriser l’inceste et la polygamie, mais prône la parité homme-femme dans les conseils d’administration des grandes entreprises.

Le ministre des Finances Peter Altmaier s’est dit “convaincu que la CDU a de meilleures chances de remporter une élection avec Annegret Kramp-Karrenbauer”.

Friedrich Merz a dirigé le groupe parlementaire CDU de 2000 à 2002, mais a été devancé cette année-là par Angela Merkel dans la course à la présidence du Parti et ne siège plus au Bundestag depuis 2009.

Il préside depuis 2016 le conseil de surveillance de BlackRock Deutschland. Une perquisition a été menée récemment au siège de la société à Munich, dans le cadre d’une enquête pour évasion fiscale, mais il n’est lui-même soupçonné d’aucune malversation, selon le parquet de Cologne.

Il est partisan de la “Leitkultur” (culture principale), c’est à dire l’assimilation des étrangers par l’adoption des valeurs et traditions allemandes. Le président du Bundestag et ancien ministre des Finances Wolfgang Schäuble s’est rangé cette semaine derrière sa candidature.

L’homme d’affaires âgé de 63 ans a soulevé un tollé le mois dernier en proposant de remettre en cause l’accueil des étrangers “persécutés politiquement”, qui est inscrit dans la loi fondamentale.

Il a par ailleurs reproché à la direction de la CDU de s’être contentée d’un “haussement d’épaule” lorsque le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a fait son entrée au Bundestag et dans la totalité des assemblées régionales. Sur le plan européen, il est partisan d’une plus grande contribution de l’Allemagne au budget de l’Union.

Les délégués de la CDU sont pour la plupart des pragmatiques, ce qui pourrait faire les affaires d’Annegret Kramp-Karrenbauer. Friedrich Merz bénéficiera, lui, du fait que 296 d’entre eux, soit près de 30%, sont originaires comme lui de Rhénanie du Nord.

D’après un dirigeant de la CDU ayant requis l’anonymat, beaucoup sont encore indécis et les discours des candidats pourraient être décisifs.


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