Boeing 737-MAX : de nouveaux éléments très troublants sur la certification

C’est une enquête rarissime qui s’ouvre aux États-Unis: après deux accidents qui ont fait 346 morts à moins de cinq mois d’intervalle, la justice américaine a décidé de faire la lumière sur les relations entre Boeing et les autorités fédérales chargées de certifier ses appareils notamment du Boeing 737-MAX .

Une autocertification par… Boeing ?

Dès le lendemain de l’accident, au moins une personne impliquée dans le dossier a été assignée à fournir divers documents à la justice, selon le Wall Street Journal. Une autre enquête, menée par le Département [ministère] américain des Transports, tente de démontrer si la certification de l’avion s’est faite dans les règles. Elle porte notamment sur le système de stabilisation de l’avion destiné à éviter le décrochage, dit « MCAS ».

Boeing comme la FAA (l’autorité civile américaine en matière d’aviation) ont assuré publiquement, ce lundi, que tout avait été fait dans les règles. Mais il est rarissime qu’aux États-Unis un accident d’avion débouche sur une enquête pénale – contrairement à ce qui se fait en France. Le dernier cas remonterait à 1996, selon Scott Hamilton, expert aéronautique chez Leeham Company. 

Dans les règles ou non, certains éléments sont troublants. D’abord, la FAA aurait examiné le 737-MAX comme « une variante » de son prédécesseur, le 737-NG. Et ne l’aurait donc pas inspecté dans son intégralité – ce qui n’est pas inhabituel dans le secteur.

Mais il y a plus gênant : confrontée à des coupes budgétaires, la FAA a délégué la certification de certains éléments, comme le fameux MCAS… à des employés de Boeing.

Autrement dit, Boeing aurait « autocertifié » son nouvel avion, dernier-né de la gamme 737, l’appareil le plus vendu au monde. Au moment de la catastrophe d’Ethiopian Airlines, le constructeur américain avait engrangé 5011 commandes, et en avait livré 350.

Risque de décrochage

Or le système MCAS a été spécialement conçu pour le 737-MAX afin de compenser le fait que ce nouvel aéronef dispose de moteurs plus lourds que ceux du 737 NG et qu’il présentait, de ce fait, un risque plus élevé de décrochage.

Malgré cela, il semble qu’aucune autorité civile ne l’a validé avant sa mise sur le marché, puisque c’est Boeing lui-même qui l’aurait « certifié ».

Peter DeFazio, le président de la commission parlementaire des Transports à la Chambre des représentants, envisage, lui, de lancer une enquête sur la certification du 737 MAX, selon des sources parlementaires, ajoutant que des auditions publiques de responsables de la FAA ne sont pas exclues.

Le 29 octobre 2018, un B737-MAX de Lion Air s’était abîmé en mer de Java 13 minutes après son décollage, faisant 189 morts. Le 10 mars dernier, un B737-Max d’Ethiopian Airlines avec 157 personnes à bord s’est écrasé 6 minutes après le décollage d’Addis-Abeba.

Les deux accidents, encore inexpliqués, sont très similaires, selon les premiers éléments de l’enquête. Ces deux catastrophes ont conduit les autorités aériennes du monde entier à interdire provisoirement de vol la flotte des 737-MAX, une décision inédite pour un avion entré en service il y a moins de deux ans.


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