“Elle s’appelle désormais Aïcha” ! La conversion à l’islam de l’ex-otage Silvia Romano suscite la controverse en Italie

A peine avait-elle foulé le sol italien, dimanche 10 mai, et se jetait-elle, en larmes, dans les bras de ses parents bouleversés, devant des caméras qui n’en ont pas perdu une miette, que Silvia Romano intriguait les médias de son pays, et plus grave encore, s’attirait les foudres de la presse de droite, voire d’extrême droite.

Arborant un jilbab vert à sa descente d’avion très attendue, qui a fait crépiter les flashes, vibrer les smartphones et mis en émoi l’Italie, la jeune femme, tout juste revenue de l’enfer somalien où elle était aux mains de ses ravisseurs, le groupe islamiste Chebabs, depuis novembre 2018, n’aura pas tardé à faire l’objet d’une controverse. Une controverse qui est allée très vite crescendo, au fil des heures.

Outre son apparence extérieure très dérangeante pour beaucoup, le récit de la conversion à l’islam de cette ancienne bénévole engagée dans l’humanitaire, « sans conditionnement et de façon volontaire » selon ses dires, a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. De l’autre côté des Alpes,  ce sont les mêmes qui chantaient ses louanges lorsqu’elle était otage, qui jettent à présent l’anathème sur elle.

Après avoir loué l’efficacité des services secrets italiens et s’être félicités de la libération de leur jeune compatriote de 25 ans, les médias transalpins se sont longuement appesantis sur le fait qu’elle ait embrassé l’islam, alors même qu’elle était retenue prisonnière par des islamistes, en faisant planer la suspicion sur la sincérité de ses déclarations et, par voie de conséquence, sur son choix spirituel librement consenti.

Les souvenirs douloureux de sa captivité que Silvia Romano a égrenés péniblement ont ainsi été éclipsés par sa narration de sa conversion à la religion honnie. « Nous avons voyagé pendant environ un mois, d’abord à moto, puis, parfois, à pied. Nous marchions jusqu’à huit ou neuf heures par jour. J’étais désespérée, je pleurais sans arrêt, le premier mois a été terrible. Ensuite, on m’a déplacée tous les trois à quatre mois », a-t-elle raconté lors d’un point presse.

Mais celle qui se prénomme désormais Aïcha, et qui affirme qu’elle a décidé de prononcer la Shahada librement, après avoir lu le Coran, fait depuis 48 heures les gros titres sensationnalistes et se voit affubler de qualificatifs offensants par la presse de droite. « Musulmane et heureuse, Silvia l’ingrate », s’est empressé de titrer II Giornale, tandis que Libera Quotidiano a fait sa manchette en s’indignant : « Nous avons libéré une musulmane ».

Devenue au mieux suspecte, au pire une paria dans son propre pays, Silvia Romano n’aura guère eu le loisir de profiter de ses premiers instants de liberté recouvrée, auprès des siens.

Si l’on peut comprendre que son islamité jette le trouble en Italie – le quotidien de centre gauche La Reppublica s’est ému d’une « double victoire des Chebabs, à la fois sur le plan financier et de leur propagande, puisque la conversion de la jeune femme ne s’est pas faite sous la contrainte, comme elle l’a elle-même déclaré » – la décence aurait aussi voulu qu’on lui laisse le laps de temps nécessaire pour se réacclimater tranquillement, sans la moindre pression médiatique, avant de la livrer à la vindicte populaire. Et ce, quand bien même maintiendrait-elle qu’elle a embrassé l’islam en son âme et conscience.


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