En Ethiopie, un crâne vieux de 3,8 millions d’années donne un visage à Australopithèque

Un nouveau candidat pour le panthéon préhistorique ? Un crâne d’Australopithèque vieux de 3,8 millions d’années et « remarquablement complet » a été mis au jour en Ethiopie, une découverte qui bouscule une nouvelle fois notre vision de l’évolution.

Une crête osseuse, des grosses canines et une constitution robuste. Un crâne d’australopithèque, vieux de 3,8 millions d’années, a été mis au jour en Ethiopie. « Ce crâne est l’un des plus complets des fossiles d’hominidés de plus de 3 millions d’années », explique à l’AFP Yohannes Haile-Selassie du Museum of Natural history de Cleveland (Etats-Unis), coauteur de deux études publiées mercredi 28 août dans la revue Nature (en anglais).

A titre de comparaison, Toumaï (un Sahelanthropus tchadensis), considéré par certains paléontologues comme le premier représentant de la lignée humaine, est vieux d’environ 7 millions d’années. Ardi (pour Ardipithecus ramidus, une autre espèce d’hominidé) aurait 4,5 millions d’années et Lucy, la très célèbre australopithèque, est âgée de 3,2 millions d’années. D’autres fossiles d’australopithèque, moins connus, datent d’au moins 3,9 millions d’années mais seules des mâchoires et des dents avaient été retrouvées

Cette espèce a été proposée en 1995 par la paléoanthropologue Meave Leakey après la découverte de 21 fragments de fossiles sur deux sites kényans – mâchoire, dents, morceaux de crânes… – datés entre 3,9 et 4,2 millions d’années. Mais rien dans ces restes, ni dans ceux trouvés depuis, ne permettait de donner un visage à cet homininé.

 « Nous travaillons depuis des années sur ce terrain, a raconté le chef de mission lors d’une conférence de presse téléphonique, mardi 27 août. Le 10 février 2016, nous avons trouvé ce crâne d’abord en deux grands morceaux, affleurant dans un terrain sédimentaire daté de 3,8 millions d’années. »

Un petit crâne appartenant à un adulte masculin

Découvert en février 2016 sur le site de Woranso-Mille, dans la région Afar en Ethiopie (à 55 km de là où a été découverte Lucy), ce nouveau fossile, appelé MRD, appartiendrait à un des tout premiers Australopithèques, appelés Australopithecus anamensis.

« Nous pensions que A. anamensis (MRD) se transformait progressivement en A. afarensis (Lucy) avec le temps », explique Stephanie Melillo du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology en Allemagne, coauteur des deux études. Mais voici que cette dernière découverte relance les dés révélant que les deux espèces se seraient croisées dans les savanes de l’Afar pendant environ 100.000 ans. Stephanie Melillo s’interroge :

« Cela change notre compréhension du processus d’évolution et soulève de nouvelles questions : étaient-ils en compétition pour la nourriture ou l’espace ? »

Même s’il est tout petit, le crâne devait être celui d’un adulte, a priori masculin. Des reconstitutions faciales réalisées à partir des caractéristiques du fossile présentent un hominidé aux pommettes projetées vers l’avant, à la mâchoire proéminente, au nez épaté et au front étroit.

A la surprise des chercheurs, le crâne s’avère être un mélange de caractéristiques propres aux Sahelanthropus comme « Toumaï » et aux Ardipithecus comme Ardi mais aussi à d’autres d’espèces plus « récentes ».

« Jusqu’à présent, il y avait un grand fossé entre les ancêtres humains les plus anciens, qui ont environ 6 millions d’années, et des espèces comme celle de ’Lucy’, qui ont deux à trois millions d’années », raconte Stephanie Melillo pour qui cette découverte « relie l’espace morphologique entre ces deux groupes ».

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