(VIDEO) Esclavage : la ville de Bordeaux reconnait enfin son rôle de port négrier

Pendant des années, Bordeaux a été accusée d'ignorer son passé de port négrier. La ville rattrape aujourd'hui ce retard en annonçant plusieurs initiatives mémorielles à l'occasion de la commémoration nationale, jeudi, de l'abolition de l'esclavage.

Entre 120 00 à 150 000. C’est le nombre d’esclaves africains qui ont été déportés vers les Amériques sur des bateaux affrétés par des armateurs bordelais. Pendant longtemps, cette histoire a été tue. La ville de Bordeaux avait fait table rase de ce passé négrier. Alors que jeudi 10 mai, pour la 13e année consécutive, la Métropole commémore à Paris le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, la ville continue de repenser son passé négrier.

L’aboutissement d’un long travail mémoriel

Bordeaux vient d’annoncer l’adoption de dix initiatives imaginées par une commission de réflexion sur la mémoire de l’esclavage et de la traite négrière lancée en 2016. Parmi elles : nommer des rues d’après des abolitionnistes ou esclaves ayant vécu à Bordeaux, apporter un éclairage historique sur les rues portant le nom de six négriers attestés ou encore créer un prix de la ville récompensant une thèse ou une publication scientifique sur la question de l’esclavage.

« C’est un aboutissement de notre travail depuis dix ans sur cette question », a salué auprès de l’AFP Karfa Diallo, le fondateur de Mémoires et Partages qui, avec d’autres associations, pousse depuis une vingtaine d’années les politiques locaux à regarder ce passé en face, tout en regrettant néanmoins que ne soient concernées par les panneaux explicatifs, que « les rues qui honorent des armateurs, et non les rues renvoyant à ceux, plus nombreux, qui possédaient des plantations et exploitaient les esclaves ».

Se construire un avenir commun

A l’écart du centre touristique, le square qui accueille la statue devrait d’ailleurs être « aménagé » et « valorisé », avec une plaque biographique et la liste des bateaux négriers partis de Bordeaux. Là aussi, une démarche saluée par les associations, dont l’A.Cosmopolitaine, qui promeut la culture antillaise. « Nous souhaitons plus d’informations pour le public, non pas pour demander des réparations, mais pour mieux construire notre avenir commun« , souligne Olivier Saint-Léger, son vice-président.
En 2009, l’inauguration, au Musée d’Aquitaine, de quatre salles d’exposition permanente consacrées à cette histoire longtemps refoulée, avait constitué un premier pas.
A l’époque, la promulgation de la loi Taubira sur la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité (2001), la désignation du 10 mai comme jour de commémoration par le président Jacques Chirac (2005), avait nourri un débat national auquel Bordeaux n’avait pu échapper.

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