Espagne : Voici l’histoire de la mort des 2 frères sénégalais asphyxiés dans une ferme

Alassane et Abdoulaye Diallo, deux cousins âgés respectivement de 21 et 26 ans, sont morts asphyxiés dans une ferme à Yegen. Les victimes, qui vivaient ensemble dans la province de Grenade, en Espagne, ont été tués dans leur sommeil.

Un ressortissant sénégalais nommé Moussa, 30 ans, travaillait depuis quatre mois pour le compte d’un propriétaire de ferme à Cortijo la Zulla à Yegen (Grenade). Pour dix heures de travail, il faisait la cueillette de tomates et d’haricots et était payé 45 euros par jour. Il n’avait pas de contrat. Il vivait dans une sorte de grange à l’intérieur du domaine. Début septembre, son patron lui a demandé de lui chercher plus d’immigrants pour l’aider dans une campagne de récolte.

Quelques jours plus tard, le propriétaire conduit Moussa à Roquetas de Mar où vivaient ses trois frères. Ils ont ramené avec eux les deux frères Abdoulaye et Alassane Diallo, âgés de 21 et 26 ans respectivement, et sont retournés à la ferme. Le 23 octobre, ils sont retrouvés morts sur leur lit. Ils ont inhalé du monoxyde de carbone alors qu’ils dormaient dans la grange qui servaient à garder des outils et des produits phytosanitaires toxiques.

Ils se levaient toujours à six heures du matin. Alors que Moussa est allé les chercher, il les a découvert sans vie, allongé sur le matelas où ils dormaient sur le sol froid. Affolé, il a couru pour avertir le propriétaire. Après constat de la mort des deux frères, le propriétaire lui dit de partir au risque que la garde civile allait arriver et ensuite l’arrêter pour défaut de papier et complicité d’homicide involontaire.

Déclaration devant le juge

Après le drame, Moussa a téléphoné à son frère aîné et lui a raconté ce qui s’était passé. Quelques heures plus tard, le grand frère nommé Mamadou Diallo, 45 ans, est venu à Yegen et ensemble, ils se sont rendus au siège de la Garde civile. Ils ont raconté aux agents la même chose qu’ils avaient dit hier lundi au chef adjoint du tribunal d’Órgiva, qui a demandé à ce que l’affaire soit instruite.

Avec une voix brisée, Mammadou avoue. “Ça fait très mal. Deux personnes très jeunes sont mortes comme ça, dans la même pièce. Le 19 septembre, cet homme les a pris ici dans ma maison et après la mort, il dit qu’il ne les connaît pas comme s’il s’agissait de vulgaires chiens ! “. 

Moussa n’a pas retrouvé tout son esprit et rappelle du moment où il a retrouvé ses frères sans vie . “C’était très difficile de se souvenir de tout à nouveau devant le tribunal. Il se désole de les avoir emmené travailler là-bas.”

Moussa avait rencontré le propriétaire “EG” en 2018 à la gare routière de Roquetas de Mar. Il l’avait recruté pour venir travailler dans sa ferme sachant qu’il n’avait pas de papiers. L’immigrant travaillait  pendant une saison après l’été, mais l’homme n’avait payé que la moitié de ce qu’il devait prétextant qu’il y avait eu de nombreuses tempêtes et que les jours concernés ne comptaient pas.

Malgré tout, en juin de cette même année, le propriétaire l’a rappelé et le sénégalais a accepté le poste , de même pour ses frères morts. Ils disent qu’une douzaine de personnes de nationalités différentes travaillaient dans la même ferme, même si seuls les trois subsahariens y dormaient. 

Quand la communauté sénégalaise a eu echos des conditions de vie, ils était consternés explique As Mané Kante, un ami compatriote de la famille Diallo. ” Les deux étaient mariés et avaient des enfants. L’un avaient trois enfants et l’autre deux . Le premier arrivé était Moussa et le propriétaire l’avait hébergé dans une cabine qui n’avaient pas de lumière, seulement un panneau solaire . Ils avaient une douche mais l’eau n’était pas potable. S’ils voulaient boire, ils devaient aller la chercher dans un réservoir.” Sur les 45 euros qu’ils ont gagnés en travaillant dix heures par jour, EG en déduisait les frais pour la nourriture et pour le dortoir.

Ce que le propriétaire de la ferme a tenté de cacher 

À 11 h le 23 octobre 2019, EG a appelé la Garde civile pour l’avertir qu’il avait trouvé deux corps sans vie dans une cabine de sa ferme. À leur arrivée, les agents lui ont demandé s’il connaissait le défunt, mais il a répondu non , qu’il ne connaissait même pas leurs noms, qu’il leur avait donné refuge deux jours auparavant car ils n’avaient nulle part où se réfugier.

Mais les Gardes civiles n’ont pas cru à version des faits. Des agents scientifiques ont inspecté l’intérieur de cette cabine et lorsqu’on lui a demandé s’il avait touché quoi que ce soit, l’homme a répondu qu’il n’avait sorti qu’un bocal de métal avec des braises

Le même jour de l’après-midi, Moussa et à Mamadou Diallo se sont présentés au siège de la garde civile et prétendaient  être frères des défunts qui travaillaient pour EG depuis le 19 septembre. Ils n’étaient pas enregistrés à la Sécurité sociale car ils se trouvent en situation irrégulière en Espagne. Ils résidaient à Roquetas de Mar, où ils travaillent  avant de participer à la campagne de récolte de fraises à Huelva. 

Moussa dormait dans une grotte, à environ 50 mètres de la cabine. Le 22 octobre, les trois frères avaient terminé leur journée à 18h30. Ils ont dîné ensemble dans la cabine et après avoir regardé la télévision, ils se sont couchés. À six heures du matin, il est allé les chercher. Il a trouvé la porte et les fenêtres fermées et ses deux jeunes frères étaient morts.

Le propriétaire aux initiales “EG” a été arrêté pour présumé meurtre et non respect des droits de travailleurs le 29 Octobre passé.  Il a été remis en liberté provisoire, avec obligation d’aller de se présenter le 1er de chaque mois.  Il notait dans un cahier les sommes d’argent qu’il leur donnait en main et ce qu’il avait escompté, pour la nourriture et pour dormir dans la maison de l’outillage où Abdoulaye et Alassane avaient été retrouvés morts. Jusqu’à ce matin fatidique, il n’avait remis que 400 euros à Moussa et les enquêteurs avaient retrouvé la décharge.

Après avoir été libéré, le propriétaire de la ferme s’est déplacé à Roquetas de Mar pour aller remettre à Moussa et Mamadou en main l’argent qu’il devait  à ses défunts frères. Une montant de 990 euros pour Abdoulaye, 740 euros pour Alsassane et une contribution de 250 euros pour couvrir les les frais funéraires. 

Jusqu’à aujourd’hui, les corps n’ont pas été enterré et en attente d’être rapatrié.  Les frères Moussa t Mamadou veulent qu’on les aident à ramener les dépouilles de leurs frères au Sénégal. Le consulat du Sénégal avait offert son aide pour le rapatriement mais jusqu’à aucun acte n’a été posé. 


PARTAGER

FAIRE UN COMMENTAIRE

SVP faire un commentaire !
SVP entrer ici votre nom