Ex-otages français au Bénin : La fausse affirmation de Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères et Florence Parly, ministre des Armées, parlent à la presse lors de l'arrivée des trois ex-otages français libérés dans la nuit du 9 au 10 mai par les forces spéciales dans le nord du Burkina Faso. A Villacoublay, samedi 11 mai 2019 - 2019©Jean-Claude Coutausse pour Le Monde

Alors que quatre otages, dont deux Français, ont été libérés vendredi 10 mai par l’armée française des mains de leur ravisseur au Burkina Faso, des zones d’ombre demeurent.

Les deux touristes français enlevés dans le nord du Bénin le 1er mai et libérés le 10 mai au Burkina Faso, au prix de la vie de deux militaires français, ont-ils pris des « risques majeurs » en voyageant dans le parc de la Pendjari, une réserve naturelle, comme l’a affirmé, samedi 11 mai sur Europe 1, Jean-Yves Le Drian ?

Ce qu’il a dit

Le ministre des affaires étrangères a assuré que Patrick Picque et Laurent Lassimouillas avaient fait fi des conseils aux voyageurs publiés sur le site de son ministère :

« La zone où étaient nos deux compatriotes était considérée depuis déjà pas mal de temps comme une zone rouge, c’est-à-dire une zone où il ne faut pas aller, où on prend des risques majeurs si on y va. »

Et M. Le Drian n’a pas hésité à leur faire porter, en creux, la responsabilité de la mort de deux officiers mariniers français, les maîtres Cédric de Pierrepont, 33 ans, et Alain Bertoncello, 28 ans,qui étaient respectivement chef de groupe et membre du commando Hubert, l’unité d’assaut de Saint-Mandrier (Var) composée de nageurs de combat :

« La plus grande précaution doit être prise dans ces régions pour éviter que de tels enlèvements n’aient lieu et pour éviter des sacrifices de nos soldats (…). Il faut que tous ceux qui veulent faire du tourisme dans ces pays s’informent auparavant de ce qu’on appelle les conseils aux voyageurs” mis en place et entretenus régulièrement par le Quai d’Orsay et qui indiquent les zones sûres, celles à petit risque et celles à gros risque. »

Dans Le Parisien du dimanche 12 mai, le ministre a même insisté :

« Nous nous réjouissons du retour de nos deux compatriotes… mais il est vrai qu’ils ont été enlevés dans une zone clairement déconseillée à tous les voyageurs. C’était donc un risque majeur de s’y engager. »

Lire le récit de la libération des otages  : Une opération de sauvetage complexe, deux militaires français tués

Pourquoi c’est faux ?

Comme l’a remarqué le journaliste de Marianne Thomas Vampouille, le parc de la Pendjari, dans lequel ont été kidnappés les deux touristes, n’était pas classé en « zone rouge » depuis « pas mal de temps » : il n’a même été classé comme « formellement déconseillé »… que neuf jours après leur enlèvement, le jour de leur libération.

Un examen de l’historique de la page du site du ministère des affaires étrangères permet assez facilement de constater que le parc n’est mentionné explicitement, dans le texte et sur la carte mise en ligne, que depuis la dernière mise à jour, le 10 mai.

Le Quai d’Orsay estime désormais qu’« en raison d’activités possibles de groupes armés et du risque d’enlèvement, il est formellement déconseillé de se rendre dans les zones frontalières du Burkina Faso, y compris les parcs nationaux de la Pendjari et du W [au Niger voisin], et les zones cynégétiques mitoyennes du parc de la Pendjari et de l’Atakora ».

Auparavant, une mise à jour du 7 avril, moins d’un mois avant l’enlèvement, avait certes élargi les « zones formellement déconseillées » du Bénin à la « zone frontalière burkinabée et nigérienne » :

« Compte tenu de la présence de groupes armés terroristes et du risque d’enlèvement, les déplacements à la frontière nord du Bénin sont formellement déconseillés. »

Mais la carte disponible n’indiquait en « zone rouge », du côté du parc de la Pendjari, que la frontière elle-même. Une bande recouvrant une partie du parc était également colorée en orange, c’est-à-dire « déconseillée sauf raison impérative ».

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