Faut-il relever la dernière provocation de Marlène Schiappa ? Malheureusement, oui

FRANCE – Attaquer une Église qui traverse l’une des plus graves crises de son histoire entretient le buzz. Le fait du jour : l’affaire Schiappa.

La secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes lâche, dans un entretien relu et validé à Valeurs actuelles, qu’il existe « une convergence idéologique » entre la Manif pour tous et les « terroristes islamistes », sans les mettre « sur le même plan », précise-t-elle. On n’est plus chez Hanouna, là ! On peut s’élever contre les slogans agressifs de la Manif pour tous, s’opposer aux positionnements idéologiques et radicaux de certains membres de ce collectif, mais de là à établir un tel parallèle ! Pourquoi une telle agressivité, qui plus est dans un contexte de tensions sociales déjà incandescent ? Mme Schiappa devrait retrouver une raison dont elle se montre si férue, et vite. Les promoteurs de la Manif pour tous ont-ils commis des attentats qui ont provoqué des meurtres de masse encore présents dans tous les esprits en France ? En appellent-ils à renverser la République ? Ces mots émanant d’une ministre sont choquants, scandaleux, honteux. Des crachats.

On n’est plus dans le débat, ni dans la provocation, ni dans le combat politique, ni dans une quelconque défense de la laïcité, mais dans l’insulte. Et sur ce plan, les catholiques en ce moment en France sont servis. Ces jours-ci, plusieurs églises ont été souillées, profanées ici, dans une indifférence quasi générale. On ne va pas mettre « sur le même plan » comme dirait Marlène Schiappa ces mots et actes immondes avec ce qui va suivre, mais tout cela participe d’un même contexte délétère. Au moment où le pape François réunit ses évêques à Rome pour un sommet contre la pédophilie, sortent opportunément le film de François Ozon sur l’affaire Preynat-Barbarin et le livre-choc de Frédéric Martel, Sodoma, sur l’homosexualité au Vatican. Ces deux œuvres sont de bonne facture, nous les avons soutenues dans Le Point. Elles lancent des débats parfaitement légitimes et graves, dont les premiers à se saisir sont nombre de fidèles catholiques, partout en France. Mais ces deux auteurs sont aussi de bons communicants, et communiquer à notre époque, c’est provoquer.

Spectre de la censure

Leurs travaux respectifs, donc, soutenus par de gros moyens promotionnels, n’échappent pas à la loi du genre. Frédéric Martel a réalisé une enquête longue et sérieuse au Vatican, publiée dans vingt pays en même temps, mais il assortit son récit d’extrapolations délirantes en brocardant des dignitaires de l’Église, dont le pape Benoît XVI, et de suspicions tendancieuses sans aucun fondement – sur l’archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit, par exemple. Buzz, buzz, buzz ! François Ozon, talentueux cinéaste et aussi orfèvre en marketing, a volontairement laissé les noms des personnes accusées dans son film – quand ils modifiaient ceux des victimes –, alors même qu’elles n’ont pas été jugées, au mépris donc de la présomption d’innocence.

Évidemment, comme Ozon pouvait s’y attendre, les protagonistes se sont plaints en justice, les magistrats ont autorisé la sortie du film, déjà largement promu, mais, en attendant, l’affaire est propulsée à la une de l’actualité, on brandit le spectre de la censure par l’Église, on refait l’histoire depuis l’interdiction de La Religieuse de Rivette, etc. Peu importe que les responsables du clergé ne soient intervenus d’aucune manière dans cette affaire, tétanisés qu’ils sont de participer au débat public… Alors que l’Église traverse l’une des plus graves crises de son histoire contemporaine, les catholiques, qui depuis des siècles ont en grande partie façonné notre culture collective et ont été parmi les premiers à s’engager dans les heures sombres de notre histoire, vont-ils devoir aujourd’hui en France raser les murs ?

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