France : Mort de Mahamadou Fofana, cousin d’Adama Traoré, dans “des circonstances floues”

Les examens menés sur l’homme mort après une course-poursuite montrent des abrasions au niveau du crâne d’aspect récent, ce qui conduit la famille à remettre en cause la version policière

Trois jours après la mort de Mahamadou Fofana à la suite d’une course-poursuite avec la police, l’autopsie de cet homme de 35 ans, présenté par la famille Traoré comme le cousin d’Adama Traoré, mort à la suite d’une course-poursuite avec les gendarmes en 2016, livre autant de réponses qu’elle pose de questions. La procureure de Versailles, Maryvonne Caillibotte, a annoncé, mercredi 16 septembre au soir, l’ouverture d’une information judiciaire « pour recherche des causes de la mort », confiée à un juge d’instruction.

Les conclusions de cette expertise, lues par les enquêteurs aux représentants de la famille et auxquelles Le Monde a pu avoir accès, confirment une partie de la version policière : les médecins penchent pour une mort par noyade, même s’ils ne peuvent pas en être absolument sûrs à ce stade, des examens supplémentaires anatomopathologique et toxicologique devant être menés.

Quelles sont les circonstances de la mort de Mahamadou Fofana ?

Tout débute par un coup de téléphone à la police pour signaler un vol de deux-roues à Marly-le-Roi, dans les Yvelines. Des policiers de la Bac, la brigade anti-criminalité, se rendent sur place et repèrent cinq hommes en train de charger une moto dans un fourgon. Vers 23 heures, ils prennent en chasse le camion, qu’ils rattrapent. Le conducteur stoppe alors l’utilitaire aux abords de la Seine. Un homme prend la fuite et se jette dans le fleuve, au niveau de l’île de la Loge. Essoufflé, il a tenté de faire demi-tour pour regagner la berge mais s’est noyé “à quelques mètres du bord, alors qu’un effectif s’était jeté à l’eau pour le secourir”, selon la version donnée par les forces de l’ordre.

Policiers et pompiers échouent à le ranimer. La mort de Mahamadou Fofana est prononcée à 00h09. “Le pré-rapport d’autopsie a conclu à une mort par noyade”, a indiqué mardi soir le parquet de Versailles, précisant que les “examens complémentaires classiques” étaient en cours.

A-t-il sauté dans la Seine ?

Sur les réseaux sociaux, la famille Traoré a dénoncé des “circonstances floues” et met en doute la version selon laquelle Mahamadou Fofana aurait sauté à l’eau pour échapper à la police. Dans une vidéo postée dimanche sur le compte Twitter du comité de soutien à Adama Traoré, la sœur de Mahamadou Fofana déclare en tout cas ne pas croire “du tout à cette thèse. Mon frère a 35 ans, deux enfants, c’est un père de famille responsable”, dit-elleAssurant vouloir “rétablir la vérité”, elle a lancé “un appel à témoins pour savoir ce qui s’est passé entre 22 heures et tard dans la nuit dans la ville de Marly”.

L’avocat de la famille Traoré, Yassine Bouzrou, cité par l’AFP, assure que “des témoins étaient proches des faits et selon eux, Mahamadou Fofana n’a pas sauté à l’eau, sinon ils l’auraient vu ou entendu”. L’avocat estime donc pouvoir “remettre en cause la première version donnée par les policiers”. “Nous envisageons donc de déposer une plainte en demandant la désignation d’un juge d’instruction pour faire toute la lumière sur cette affaire”.

Le parquet confirme que l’enquête ne permet pas, pour le moment d’affirmer, “s’il s’est jeté à l’eau ou y est tombé accidentellement en prenant la fuite, les éléments de l’enquête sont en cours pour déterminer le plus précisément possible le déroulement des faits”.

Etait-il impliqué dans le vol ?

Quand il est mort, Mahamadou Fofana “tentait de se soustraire aux fonctionnaires de police qui le poursuivaient”, a fait savoir le parquet de Versailles, précisant que Mahamadou Fofana était surveillé par la police dans un autre dossier, une affaire de vol et recel en bande organisée et dont l’enquête est en cours. Le camion dans lequel il se trouvait avant de prendre la fuite porte de fausses plaques d’immatriculation et a été volé en 2017. A l’intérieur, il y avait deux motos, volées elles aussi, toujours selon les précisions du parquet. Yassine Bouzrou ajoute toutefois que “personne ne peut affirmer qu’il a volé une moto”.

Quelles suites pour l’enquête ?

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a été chargée d’une enquête pour déterminer les causes de la mort du jeune homme. Yassine Bouzrou a indiqué de son côté qu’il envisageait de déposer “une plainte, car seule une enquête menée par un magistrat instructeur indépendant pourra rechercher la vérité et déterminer comment Mahamadou Fofana est mort”.


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