François Hollande tacle sévèrement Macron : « A vouloir tout bousculer, tout s’est arrêté »

L’ancien président François Hollande, qui publie une édition augmentée de son livre « Les leçons du pouvoir », tacle sèchement dimanche son successeur Emmanuel Macron dans une interview au Parisien. 

« Diriger la France, je l’ai éprouvé, est un exercice difficile qui suppose de bien comprendre notre pays. Le résultat au bout de deux ans n’est bon ni pour la vitalité économique, ni pour la cohésion sociale », affirme M. Hollande. 

« À vouloir tout bousculer, tout s’est arrêté », poursuit-il: « Mais un mandat dure cinq ans, évitons de porter des jugements définitifs. Tout président peut toujours opérer des corrections, moi-même, j’en ai fait. Pour ma part, si j’interviens à l’occasion de la nouvelle édition de mon livre, c’est pour alerter ».

Pour l’ancien chef d’Etat, « les partis de gouvernement qui ont animé le débat démocratique pendant des décennies doivent prendre conscience de leur responsabilité » et « être de nouveau des alternatives crédibles et mobilisatrices, sinon le face-à-face entre le pouvoir actuel et l’extrême droite peut mal finir ». 

– « Menace » de l’extrême droite –

Ne « confond(ant) pas » l’extrême-droite et la France insoumise, M. Hollande met en garde: « La menace vient de l’extrême droite. Je l’affirme, un jour elle arrivera au pouvoir en France. En 2022 ou plus tard si l’on ne fait rien… ». « C’est un danger, ça n’est pas une fatalité. Ca dépend de nous », a précisé M. Hollande, dans un message transmis à l’AFP.

Interrogé sur ce qu’il aurait fait s’il avait été confronté à une crise telle que celle des « gilets jaunes » durant son mandat (2012-2017), M. Hollande rappelle la fronde fiscale des bonnets rouges qu’il avait subie en 2013.

Il saisit l’occasion d’enfoncer le clou contre Emmanuel Macron, qui fut son conseiller avant de devenir son ministre de l’Economie: « L’écotaxe dont j’avais hérité de mon prédécesseur n’était pas comprise, dans ses modalités comme dans sa gestion par un opérateur privé. J’ai donc pris la décision de la suspendre. Le recul est parfois préférable à l’entêtement. Ça m’a été reproché par certains à cette époque. Je constate que le gouvernement actuel a battu en retraite. Mais trois semaines trop tard. »

« Un ancien président ne devrait pas dire ça », a réagi la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa sur BFMTV, dans une allusion au livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui a fragilisé M. Hollande à la fin de son quinquennat. « Je crois que ce n’est pas à la hauteur de la fonction d’un ancien président de la République », a-t-elle fustigé.

Le livre « Les leçons du pouvoir », dont 150.000 exemplaires ont déjà été vendus, sera publié mercredi en édition de poche, avec trois nouveaux chapitres,  dont un aborde le mouvement des « gilets jaunes ».

M. Hollande y affirme notamment sa volonté de « contribuer à (la) renaissance » de la sociale-démocratie « dans les mois et années à venir », et critique la stratégie mise en oeuvre par le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure. « A chercher à tout prix le rassemblement avant de poser clairement la question de leur identité, les socialistes perdent un temps précieux pour formuler leur nouveau projet et réaffirmer leur volonté de gouverner un jour le pays en tirant les leçons des erreurs d’hier », cingle-t-il.

Il y esquisse de nouvelles idées, proposant notamment pour mettre en oeuvre la transition écologique « un triptyque (…): planification, nationalisation et autogestion ».

«Il faut exister»

Son successeur n’est pas le seul dans le viseur, son ancienne famille politique aussi. Ces derniers mois, son rapport avec le Parti socialiste n’est pas au top. Il n’a pas l’air très fan du premier secrétaire, Olivier Faure. On peut le comprendre. En janvier, ce dernier a présenté l’inventaire du quinquennat socialiste. Les reproches sont nombreux, notamment les réformes «sans projet de société vraiment explicite». Olivier Faure a également lâché le mot «trahisons» concernant la déchéance de nationalité et la loi travail.

Dans le Parisien, François Hollande commente également l’alliance entre le PS et Place publique pour les européennes. Pas enchanté, à le lire. Ça donne : «Si j’ai une certitude, c’est que pour convaincre les Français il faut être soi-même, afficher clairement son identité, assumer ce que l’on a été, y compris ses erreurs. Il ne faut pas se cacher, s’autoflageller, se fondre, il faut exister.» Une stratégie qui s’applique à lui-même : alors que toute une partie de la gauche le regarde de travers, il existe par lui-même.


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